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D’Abomey aux scènes africaines : L’itinéraire d’Espéra Donouvossi, un passeur de culture devenu chercheur

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Journaliste culturel, critique, opérateur culturel, gestionnaire de programmes internationaux et désormais docteur en politiques culturelles, Espéra Donouvossi a construit son parcours au fil des rencontres avec les artistes, les institutions et les communautés. Sa trajectoire, qui l’a conduit du Bénin à plusieurs pays d’Afrique et d’Europe, témoigne de sa conviction que la culture doit être pleinement intégrée aux dynamiques de développement des sociétés africaines.

Il y a des parcours qui se lisent comme une succession de métiers. Celui d’Espéra Donouvossi se raconte plutôt comme une quête qui, au fil des années, a changé de forme sans jamais changer de direction. Journaliste culturel à ses débuts, critique, opérateur culturel, gestionnaire de programmes internationaux et aujourd’hui chercheur en politiques culturelles, le professionnel béninois n’a cessé d’interroger la place de la culture dans les sociétés africaines et les moyens de lui donner une plus grande portée dans les politiques publiques.

Le mercredi 12 août 2026 marque une nouvelle étape de cette trajectoire avec la soutenance de sa thèse consacrée à la formulation participative des politiques culturelles dans la ville historique d’Abomey. Un travail de recherche qui prolonge, sur le terrain académique, des années d’expérience au contact des réalités culturelles africaines.

Du terrain à la politique culturelle, son itinéraire professionnel l’a progressivement éloigné d’une approche de la culture limitée à la production artistique ou à l’événementiel. Au fil des expériences, il s’est intéressé aux mécanismes qui permettent aux initiatives culturelles de naître, de se structurer, de trouver des financements, de toucher les publics et, surtout, de s’inscrire dans la durée.

Cette évolution l’a conduit du Bénin à l’Afrique du Sud, au Nigeria, au Burundi, au Rwanda, mais aussi à l’Italie, à la France et à l’Éthiopie. Il a notamment collaboré avec Africalia, Arterial Network, le Goethe-Institut, l’ICCROM et Expertise France, autant d’expériences qui lui ont permis d’observer la diversité des modèles de coopération et de gestion culturelle. « J’ai commencé au contact des artistes, des journalistes et des acteurs culturels avant d’évoluer vers la conception de politiques et la gestion de programmes internationaux », explique-t-il.

De cette expérience, il retient comme il se plait à le dire qu’une bonne politique culturelle ne peut être conçue uniquement depuis les bureaux des institutions. Elle doit aussi partir de la réalité de ceux qui créent, transmettent, préservent et font vivre la culture. « Ce parcours m’a appris que la connaissance du terrain et la capacité à transformer une idée en projet sont aussi importantes que la production intellectuelle », souligne-t-il.

Camille Amouro : dette et reconnaissance

Si dans cette trajectoire, il y a une figure qui occupe une place singulière, c’est bien celle de l’écrivain et intellectuel béninois Camille Amouro. Alors même ce célèbre metteur en scène de regrettée mémoire portait un regard critique sur le monde universitaire, c’est lui qui encouragea Espéra Donouvossi à entreprendre un parcours doctoral. Plus encore, les premières ressources documentaires qui nourriront sa réflexion sur les politiques culturelles proviennent de la bibliothèque personnelle de celui qui deviendra une figure tutélaire de son parcours intellectuel.

« Il y a quelque chose de paradoxal et de profondément beau dans cette histoire. Camille était très critique envers l’université, mais c’est lui qui m’a encouragé à faire cette thèse. Les premiers documents que j’ai lus sur les politiques culturelles venaient de sa bibliothèque », confie-t-il.

Cette histoire explique aussi la dimension particulière qu’il accorde à sa soutenance. Sa thèse est dédiée à Camille Amouro. Une manière, pour le chercheur, de rendre hommage à celui qui l’a poussé à franchir la porte de l’université, tout en lui transmettant les premières clés de compréhension d’un domaine devenu depuis le cœur de son engagement professionnel. « Cette soutenance est donc aussi une manière de lui dire merci », résume Espéra Donouvossi. La singularité de son profil tient précisément à cette capacité à évoluer entre plusieurs univers.

Communication, culture, coopération internationale, gestion de projets, recherche… Espéra Donouvossi s’est formé dans des contextes et des pays différents, au Bénin, en France, en Serbie, au Ghana et en Allemagne. Son parcours associe des qualifications en linguistique africaine, politiques culturelles, gestion de projets et d’institutions culturelles ainsi qu’en management de programmes. Il a également pris part à des initiatives conduites dans plusieurs pays et à des programmes impliquant plus de 50 pays. Cette dimension internationale lui donne une lecture particulière des enjeux culturels africains.

Loin de considérer le continent comme un espace culturel homogène, il s’intéresse aux réalités locales, aux différences de territoires et aux conditions dans lesquelles les communautés peuvent devenir de véritables parties prenantes des politiques qui les concernent. C’est précisément cette approche qui trouve son prolongement dans son travail doctoral consacré à la ville d’Abomey.

Abomey comme laboratoire

À travers l’étude de la ville historique d’Abomey et de ses Palais royaux, Espéra Donouvossi cherche à comprendre comment les politiques culturelles peuvent être formulées de manière plus participative, en associant davantage institutions, professionnels, communautés et détenteurs de savoirs. Son ambition dépasse ainsi le seul cadre d’une recherche universitaire. Elle touche à une question fondamentale pour de nombreux pays africains à savoir, comment construire des politiques culturelles qui partent des réalités des territoires et qui donnent aux communautés une véritable place dans la gestion de leur patrimoine ?

De la presse culturelle aux programmes internationaux, puis de la pratique professionnelle à la recherche, le parcours d’Espéra Donouvossi semble finalement dessiner un même fil conducteur. Sa thèse ne constitue donc pas un point final. Elle apparaît davantage comme une nouvelle étape dans un parcours commencé au contact des artistes et des acteurs culturels, et qui se poursuit aujourd’hui dans la réflexion sur les politiques publiques susceptibles de mieux accompagner leur action.

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