Le Comité des rites Vodun a entamé, dimanche 13 septembre, une tournée nationale de sensibilisation auprès de la communauté du Vodun. À Lokossa, la première étape des cinq villes à l’agenda, des centaines de dignitaires et fidèles des Vodun Hèviosso et Xwla Vodun ont écouté un exposé des comportements ou pratiques rétrogrades qui ternissent l’image du Vodun.
Acclamations, acquiescements. C’est un public admiratif et acquis que la délégation du Comité des rites Vodun a rencontré dans la grande salle de conférence de la préfecture de Lokossa devenue, à l’occasion, trop exiguë.
L’orateur principal, professeur Mahougnon Kakpo est flanqué notamment du professeur Dodji Amouzouvi et Bertin Sossa, membres du Comité des rites Vodun. Il développe, sans la nommer, la théologie du Vodun et pose, à chaque fois, un curseur curatif sur « les comportements dont le Vodun n’est pas demandeur » et qui sont alors à bannir face aux réalités du moment contemporain.
« Le Vodun refuse la mort. » « Il n’y a aucun Vodun qui n’existe que pour tuer. » « Le Vodun prône une hygiène de vie. C’est pourquoi dans le Vodun, on ne canonise jamais un voleur, un malfaiteur. » « Si aujourd’hui le Vodun est diabolisé, est-ce la faute au Vodun lui-même ou à ses adorateurs ? »
Ces mises au point, lancées comme autant de déflagrations par le professeur Mahougnon Kakpo, ont permis aux dignitaires du Vodun de renforcer leur connaissance pour une labellisation des rites et pratiques.
Parmi les sujets sensibles abordés avec les dignitaires du Vodun Hèviosso et Xwla Vodun , figure l’exposition du sang. Le président de séance n’a pas mâché ses mots : le sang fait partie des aspects instrumentalisés « pour assimiler le Vodun à la sorcellerie ». D’où cette question lancinante : comment en améliorer l’exposition, non seulement pour des raisons d’esthétique, mais aussi pour protéger la sensibilité du public ?
« Des comportements dont le Vodun n’est pas demandeur »
La rencontre avec les obédiences du Vodun Hèviosso et Xwla Vodun mis sur la table une évidence. « Il y a des comportements et pratiques dont le Vodun n’est pas demandeur mais qui ont cours et entachent son attractivité. » a déclaré le président du Comité des rites Vodun.
L’attractivité exige aussi, souligne-t-il, une reforme du parcours d’initiation. Exit les internements interminables, qui obligent les enfants ou jeunes, bien souvent, à dire adieux à l’école classique ou à leur avenir professionnel. Mahougnon Kakpo a insisté sur la nécessité de ne pas inhiber l’avenir des enfants. Il évoque d’ores et déjà l’alternative d’une initiation « pas un an en bloc ». Sans quoi, constate-t-il, certains parents, même Vodunsi, refusent de laisser leur enfant dans le Vodun.
Cérémonies annuelles, hygiène et état civil
Les cérémonies annuelles qui perturbent la pluviométrie, Mahougnon Kakpo les a également dénoncées. Il a prôné un usage responsable, éthique et républicain de « ce pouvoir que nous avons dans le Vodun ». Le Vodun d’aujourd’hui et de demain, c’est aussi, a-t-il poursuivi, une spiritualité où l’hygiène est au service du bien-être des pratiquants. La question des noms d’initiation face à l’état civil, l’exposition dégradante du Vodun sur les réseaux sociaux numériques ont été, en outre épinglés par le président du Comité.
Les changements, la réforme des pratiques n’est pas une option, a prévenu Mahougnon Kakpo. « Nous allons traquer les faux Hounnon », a-t-il annoncé. Ce travail de révélation du Vodun, de déconstruction du narratif mensonger à son encontre, est vital face à la nouvelle dynamique impulsée par le gouvernement pour faire du tourisme religieux autour du vodun, un catalyseur de développement socio-économique.
Recouvrer les noms authentiques
Mahougnon Kakpo a par ailleurs déploré la (nouvelle) habitude de dation. Il a encouragé les fidèles et dignitaires du Vodun a jeté les prénoms chrétiens et à revenir aux noms vecteurs d’identité et de valeurs.
« Un Vodunsi ne doit pas s’appeler Victor, Innocent… Non. Ne donnons plus aussi ces noms à nos enfants. Quand vous entendez un nom chinois, vous le savez. Mais nous, nos noms aujourd’hui ne renvoient pas systématiquement à nos origines. Il y a même des parents qui ignorent la signification des prénoms de leurs enfants. Vous laissez vos noms authentiques pour vous accrocher à ceux des autres. » Professeur Mahougnon Kakpo.
Ils ont dit
« Le Vodun est une authenticité qu’on doit révéler. Pour cela, nous devons bannir certaines choses. Nous devons tout faire pour que nos enfants, bien qu’initiés, continuent d’aller à l’école », Serge Agonsanou, secrétaire général national des Xwla Vodun du Bénin
« Ça me chagrinait beaucoup que, être Vodunsi soit synonyme de déscolarisation, d’analphabétisme. Parce que les initiations duraient 2 à 3 ans. On peut être Vodunsi et poursuivre ses études, on peut être Vodunsi et cadre de l’administration à la fois. On peut tout combiner pour l’évolution et la prospérité » Mianon Sètondji Nanlomè.
« Le désordre qui régnait était nocif. La nouvelle dynamique est très salutaire. Cela montre que le Vodun, notre héritage, est un trésor. Je remercie professeur Mahougnon Kakpo, Dodji Amouzouvi et tous les autres membres du Comité des rites Vodun. Les faussaires, les escrocs qui n’ont pas été consacrés ni initiés salissent l’image du Vodun. Que le gouvernement nous aide à les bouter dehors. », Sonon Enagniho, venu de Toffo
« La réforme du monde du Vodun est à l’actif des autorités. Infiniment merci à elles. Le Vodun végétait dans une vraie anarchie. Nous nous échinons à maintenir la flamme de l’héritage. L’appui du gouvernement nous facilite vraiment la tâche. Que les autorités gouvernementales nous aident à identifier et punir les criminels qui usurpent les fonctions du Vodun et dégradent notre lutte, notre réputation. », Sonon Baton Nasikindé, de la commune de Toffo.
