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Les jeunes et l’extrémisme violent dans le nord-Bénin : Quand la faim prend le pas sur la responsabilité citoyenne

Par Koladé Raymond FALADE
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Dans le nord-Bénin, la montée de l’extrémisme violent révèle une réalité complexe. Derrière certains engagements dans les groupes armés se cachent souvent la pauvreté, le chômage et la quête de survie. Dans cette tribune, Pierre Sabropa Youtotcha analyse le rôle de la précarité économique dans la vulnérabilité des jeunes et appelle à renforcer les réponses sociales et communautaires.

Les jeunes et l’extrémisme violent dans le nord-Bénin : Quand la faim prend le pas sur la responsabilité citoyenne

J’aborde cette réflexion avec humilité, en tant qu’apprenant dans le domaine de la recherche. Mon intention n’est pas d’apporter des réponses définitives, mais de partager une analyse sur un défi majeur auquel notre génération est confrontée : l’extrémisme violent.

Cette réflexion s’appuie sur plusieurs travaux de référence, notamment le Policy Paper n°1 du Dr Expédit B. Ologou, Les jeunes et la lutte contre l’extrémisme violent au Bénin (Friedrich-Ebert-Stiftung, décembre 2025), l’étude de l’Institut d’études de sécurité (ISS), Jeunes “djihadistes” au Mali : guidés par la foi ou par les circonstances ?, ainsi que l’analyse de l’IRIS intitulée Fin de l’USAID : conséquences internationales et multisectorielles (13 mars 2025).

Une lecture croisée de ces publications met en lumière une réalité préoccupante : dans les zones fragiles, la précarité économique demeure l’un des principaux moteurs de la radicalisation.

En 2016, alors que l’USAID était encore présente dans plusieurs pays de la région, un ancien combattant d’Ansar Dine à Tombouctou témoignait : « Je les ai rejoints pour faire vivre ma famille. Je n’avais pas de salaire, mais je bénéficiais d’aides ponctuelles. » Cette déclaration rappelle que, bien souvent, le recrutement dans les groupes extrémistes répond davantage à une logique de survie qu’à une adhésion idéologique.

Quelques années plus tard, le Dr Expédit B. Ologou souligne qu’au Nord-Bénin, « l’un des défis les plus alarmants engendrés par la montée de l’extrémisme violent est l’effondrement progressif du système éducatif dans certaines communes du septentrion ». Ce constat révèle que la vulnérabilité des jeunes ne résulte pas d’un seul facteur, mais de la combinaison de la pauvreté, du recul des services publics, de la perte d’opportunités et de l’affaiblissement du tissu social.

À cela s’ajoute un autre élément qui mérite toute notre attention : les conséquences du retrait de l’USAID et de l’arrêt de plusieurs programmes de stabilisation, notamment le Programme Régional d’Appui aux Pays Côtiers (PRAPC), mis en œuvre par CREATIVE Associates International.

Au-delà de son appui institutionnel, ce programme représentait une véritable opportunité pour les jeunes. Il finançait des initiatives locales, renforçait le leadership communautaire et soutenait des projets conçus par les jeunes eux-mêmes pour répondre aux défis de la pauvreté, de la faim, de l’exclusion sociale et des tensions communautaires.

Le PRAPC constituait une passerelle entre les communautés, les autorités locales et la jeunesse. Il contribuait à gagner la confiance des populations et à renforcer le sentiment d’appartenance citoyenne. Malgré les efforts de l’État central, la faiblesse des réponses au niveau local a parfois laissé s’installer un vide. Et lorsque le vide s’installe, le doute s’installe aussi. Puis viennent le découragement, la perte d’espoir et, finalement, la logique de la survie, où le ventre finit par prendre le dessus sur la responsabilité citoyenne.

Face à cette réalité, quelles réponses pouvons-nous apporter ?

Le Dr Expédit B. Ologou propose une piste particulièrement pertinente. Il rapporte les propos d’un jeune leader de la commune de Kandi : « Les initiatives de formation sont des occasions de brassage communautaire utiles à la promotion de la cohésion sociale. Le savoir-faire traditionnel de la production du fromage peul est ainsi proposé à l’apprentissage de jeunes femmes non peules… »

Cette approche montre que les solutions existent déjà au sein de nos communautés. Elles reposent sur la valorisation des savoir-faire locaux, des identités culturelles, des solidarités traditionnelles et des opportunités économiques partagées.

La lutte contre l’extrémisme violent ne peut donc pas se limiter à une réponse sécuritaire. Elle doit également être une réponse sociale, économique et culturelle. Tant que la faim, le chômage et le sentiment d’abandon continueront de fragiliser une partie de notre jeunesse, les discours extrémistes trouveront toujours un terrain favorable.

Investir dans les jeunes, soutenir les initiatives communautaires, renforcer les économies locales et valoriser notre patrimoine culturel ne sont pas des actions secondaires : ce sont des investissements stratégiques pour la paix. Car lorsqu’un jeune retrouve sa dignité, des perspectives d’avenir et une place reconnue dans sa communauté, il choisit plus facilement la citoyenneté que la violence.

Spécialiste, Jeunesse, Paix et Sécurité, Gestion des Conflits, Jeune Leader du Bénin de la Fondation Friedrich Ebert 2025, béninois engagé dans la prévention de l’extrémisme violent, Pierre Sabropa YOUTOTCHA œuvre depuis 2019 pour la promotion de la paix, de la cohésion sociale et du dialogue communautaire dans les zones sensibles du nord du Bénin. Il accompagne des initiatives soutenues par l’Association Le Cabaret du Citoyen, des organisations nationales et internationales telles que USAID, Creative Associates International, Strategic Stabilization Advisors (SSA) , Stake experts et le Guichet Sahel, avec une expertise centrée sur la mobilisation communautaire, la médiation sociale, la résilience des jeunes et la coproduction sécuritaire entre civils et forces de défense. À travers des dialogues communautaires, des formations de jeunes leaders, des concertations avec les leaders religieux et traditionnels ainsi que des activités de sensibilisation, il contribue activement à renforcer la confiance entre les communautés, prévenir les conflits et promouvoir des alternatives positives face aux risques de radicalisation et de violence. Son expérience couvre notamment les départements de l’Atacora, de la Donga et de l’Alibori, dans des contextes marqués par les défis sécuritaires liés à la crise sahélienne. Titulaire d’une Licence professionnelle en Lettres Modernes et de plusieurs formations certifiantes en sécurité humaine, aide humanitaire, leadership des jeunes, gestion des risques sécuritaires et protection des personnes vulnérables, Pierre Sabropa YOUTOTCHA combine engagement citoyen, capacités de communication et approche inclusive du développement communautaire. Polyvalent, écrivain, modérateur d’ateliers et maître de cérémonie, il utilise également les outils culturels et éducatifs comme leviers de sensibilisation et de transformation sociale auprès des jeunes et des communautés locales.

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