Commune de Dangbo. Il est 6 heures du matin. Dans une cour familiale, un enfant de huit ans enfile déjà ses sandales pour suivre son père dans les champs. La fraîche rosée du matin aux pieds, les mains dans la terre, le dos courbé sous le soleil ardent, il ne sait pas encore que ces gestes, répétés jour après jour, dessineront les contours d’un destin hors du commun. Cet enfant, c’est Valère Tadagbé Houansou qui, trente-deux (32) ans plus tard, est devenu l’un des ingénieurs agronomes les plus suivis d’Afrique francophone, avec plus de 2,5 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux numériques et un milliard de vues cumulées.
Valère Tadagbé Houansou est né dans une famille d’exploitants agricoles, le 23 décembre 1994 à Akpamè, dans la commune de Dangbo. Dans cette famille, on ne parle pas de carrière. On parle de récoltes, de saisons et de survie. À quinze ans, le jeune Valère effectuait déjà les mêmes travaux que les ouvriers adultes. Il accepte toutes les tâches rémunérées, parcourt les champs, sue sous le poids des récoltes, empoche quelques centaines de francs Cfa pour soutenir les siens et financer ses rêves d’étudiant.
Complexité du destin, c’est une scène anodine qui va le marquer le plus. Un jour, après une longue journée de labeur, il pose ses outils en même temps que les autres ouvriers. Son père le rappelle alors à l’ordre : « Un véritable leader poursuit sa mission même lorsque les autres abandonnent. » Cette phrase, Valère ne l’oubliera jamais.
Après avoir obtenu son baccalauréat en 2013, il choisit l’agronomie. Déjà imprégné par son enfance agricole, il veut apporter des réponses scientifiques aux défis qu’il a observés dès le cercle familial. À l’ex Université d’Agriculture de Kétou, il décroche une Licence en Horticulture, puis un Master en Biotechnologie et Production de Semences.
D’ailleurs, les amphithéâtres ne suffisaient plus à contenir son énergie. Étudiant, Valère Tadagbé Houansou travaillait comme jardinier, réalise des aménagements paysagers, parcourt des kilomètres pour décrocher des contrats. « À Kétou, il avait lancé une petite production de tomates qu’il écoulait auprès de nous ses camarades », se souvient l’un deux.
A ce jour, la conviction que « l’agriculture n’est pas une activité de subsistance, mais une entreprise » n’a pas quitté Valère Tadagbé Houansou. En 2018, il fonde ainsi ‘’Bénin flowers revolution’’ (Bfr).
Cette entreprise propose des semences performantes, des pépinières, des études de faisabilité, des formations, et surtout des machines agricoles conçues localement. Il installe aussi une usine à Dangbo pour fabriquer des équipements adaptés aux réalités africaines. Il avait en effet constaté que les producteurs dépendaient des technologies importées.
Aujourd’hui, ‘’Bénin flowers revolution’’ s’est étendue en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Burkina Faso.
À Sakété, dans le département du Plateau, Valère Tadagbé Houansou a développé une ferme intégrée qui combine cultures, élevage, pépinières et un projet d’agrotourisme. Il veut montrer qu’une ferme moderne peut être à la fois un lieu de production, d’innovation et de création de valeur.
L’esprit d’entreprise de ce visionnaire ne s’est pas arrêté aux champs, puisqu’il a aussi fondé ‘’AfroImpact Immobilier’’, une société qui promeut le concept de « Maison Verte ». A l’opposé du contexte actuel marqué par une urbanisation sauvage et écocide, ‘’AfroImpact Immobilier’’ encourage une architecture qui s’unit à la végétation pour offrir un habitat plus écologique.
‘’AfroImpact Immobilier’’ a conçu non seulement le foyer écologique « Danu », lequel réduit la consommation de bois de chauffe, mais aussi un extracteur de jus destiné à soutenir la transformation agroalimentaire locale. Au nombre de ses innovations figurent également ‘’Kilos de Fruits Bénin’’ et la promotion du Campêché comme solution végétale de clôture agricole.
Stars des réseaux sociaux
Un autre aspect du parcours de Valère Tadagbé Houansou qui fait de lui un modèle, c’est sa présence qualitative sur les réseaux sociaux numériques. Alors que beaucoup de jeunes en ont fait un espace de non droit, d’exposition indécente, voire un simple espace de divertissement, Valère y perçoit, lui, un outil de vulgarisation scientifique et de formation. Il y publie des vidéos pédagogiques qui présentent techniques agricoles, visites de fermes, innovations, opportunités économiques. Valère ne cherche donc pas la célébrité, mais la transmission.
Heureusement, l’audience lui sourit. Aujourd’hui, il draine une communauté de plus de 2,5 millions d’abonnés et totalise plus d’un milliard de vues. Pourtant, il refuse l’étiquette d’influenceur, terme galvaudé. Il se voit simplement en entrepreneur, formateur et créateur de contenus.
Au-delà des écrans, il accompagne des producteurs, des investisseurs notamment issus de la diaspora et des porteurs de projets dans plusieurs pays d’Afrique dans la réalisation de projets agricoles et d’agrotourisme. Il organise même des formations gratuites pour la jeunesse, convaincu que le partage des connaissances est le plus puissant des leviers d’autonomie économique. Il a visité plus de vingt-cinq pays pour observer les modèles agricoles internationaux. A chaque étape, en tirant des enseignements qu’il adapte aux réalités du continent.
Reconnu, primé — notamment par un Trophée YouTube des 100 000 abonnés — il reste pourtant fidèle à ses racines. Il n’a pas oublié que la terre récompense toujours ceux qui savent faire preuve de discipline, de patience et de persévérance. Aujourd’hui, son ambition est tournée vers l’expansion de ses entreprises en Afrique et en Europe. Mais au-delà des chiffres et des projets, il aspire à un héritage : des fermes modernes, des technologies accessibles, des milliers de jeunes formés, et une agriculture africaine enfin reconnue à sa juste valeur.
