À l’initiative de plusieurs organisations du secteur de la santé réunies au sein d’un consortium, une journée scientifique s’est tenue samedi 26 septembre à Cotonou, en prélude à la Journée internationale pour l’avortement sécurisé. Consacrée à l’objection de conscience dans les professions de santé, la rencontre a réuni professionnels de santé, chercheurs, étudiants et acteurs de la société civile.
« Moi, je ne fais pas ça. » Ces mots, prononcés dans le cadre d’un cas fictif présenté aux participants, ont servi de point de départ aux échanges sur l’objection de conscience dans la pratique de l’Interruption volontaire de grossesse (Ivg).
À l’ouverture, Milène Holonou, intervenant au nom du consortium des organisateurs, a rappelé que l’objection de conscience met en tension les convictions personnelles du professionnel et sa responsabilité envers la personne prise en charge.
La journée devait permettre de mieux comprendre son cadre juridique et déontologique, de partager les expériences de terrain et d’identifier des réponses aux difficultés rencontrées.
« Cette journée scientifique n’a pas pour objectif d’être un espace pour opposer les professionnels de santé à leurs convictions », a-t-elle expliqué. Elle ne devait pas non plus constituer « un procès de l’objection de conscience », mais un « espace de dialogue ».
À sa suite, le représentant de Médecins du Monde Suisse au Bénin Copernic Tossou a souligné le lien entre l’accès aux soins d’avortement sécurisé et la réduction de la mortalité maternelle. Il a salué la pertinence du thème et souhaité des réflexions fructueuses aux participants.
Le refus n’efface pas les obligations
La conférence inaugurale, animée par Teslanik Gbèdonou Houndegnon, a porté sur les obligations du professionnel qui invoque son objection de conscience.
Pour illustrer le sujet, la conférencière a présenté le cas fictif d’Awa, 19 ans, enceinte de huit semaines et remplissant, selon le scénario, les conditions légales pour bénéficier d’une Ivg.
Dans une formation sanitaire, un professionnel lui répond : « Moi, je ne fais pas ça. » Les échanges avec les participants ont fait ressortir trois éléments essentiels : l’information de la patiente, son orientation et l’accessibilité des soins.
Au Bénin, l’objection de conscience est reconnue dans le cadre de la pratique de l’Ivg, mais elle s’accompagne d’obligations. « Vous pouvez objecter, mais vous avez l’obligation d’informer, d’orienter, de suivre », a rappelé Teslanik Gbèdonou Houndegnon. Un exercice de « vrai ou faux » a ensuite permis de vérifier la compréhension des participants.
L’affirmation selon laquelle un soignant peut refuser de pratiquer une Ivg pour des raisons de conscience a recueilli l’adhésion du public. En revanche, aucune main ne s’est levée à l’énoncé selon lequel un soignant objecteur n’aurait « aucune obligation envers la patiente ».
L’urgence ne relève pas de l’objection
La prise en charge d’une femme présentant des complications après un avortement non sécurisé a constitué un autre cas discuté. Les participants ont rejeté la possibilité d’invoquer l’objection de conscience dans une telle situation.
La conférencière a rappelé que l’objection porte sur la pratique de l’avortement et ne peut justifier le refus de soins à une patiente présentant une complication. « C’est une situation d’urgence », a relevé une participante.
Dans le scénario d’Awa, l’absence d’orientation après le premier refus la conduit vers des conseils informels et des pratiques non sécurisées, avant son retour dans le système de santé avec une hémorragie. Le cas illustre ainsi les conséquences possibles d’une rupture dans le parcours de soins.
La journée scientifique a réuni plusieurs organisations du secteur de la santé, dont Arayaa Santé, le Réseau des jeunes professionnels de santé pro-Choix (R/Jps), le Réseau des jeunes sages-femmes du Bénin (Rjsfb), Medical students for choice (Msfc), chapitre de Cotonou, et le Collège national des gynécologues obstétriciens du Bénin (Cngob).
