« Le burn-out n’est pas une faiblesse, mais la preuve d’un organisme fatigué qui a trop donné trop longtemps ». C’est le message central donné, samedi 10 octobre par Dr Aitchedji Magloire, devant des travailleurs réunis dans les locaux du Roajelf à Cotonou. À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, il a animé une conférence-débat sur le sujet « Burn-out et santé mentale au travail : écouter les expériences, prévenir l’épuisement, agir ensemble ». Une initiative portée par l’Apms-Bénin, l’Abms, le Roajelf, l’unité locale Akpakpa de la Croix Rouge et suivie d’une consultation psychologique gratuite.
Des sauts de mémoire, des maux de tête réguliers, des troubles du sommeil… Ce ont des signaux anodins que le corps envoie mais qui sont souvent ignorés. Dans son exposé interactif, Dr Magloire Aitchedji a d’abord distingué les notions. Le stress est « un état de tension mentale face à une situation difficile ». L’épuisement professionnel, lui, est « une fatigue extrême liée au travail, particulièrement lorsqu’elle devient durable ». Le burn-out, enfin, se manifeste « forcément dans un contexte professionnel » par « un sentiment d’inefficacité, ne plus avoir de ressources pour continuer ».
Le burn-out, souligne-t-il, n’est pas une génération spontanée. Il s’installe graduellement. Tout part du stress professionnel, puis la fatigue, ensuite épuisement professionnel, et enfin le burn-out. Les signes d’alerte, eux aussi, s’installent par étapes. Ils peuvent être d’ordres physiques (fatigue persistante même après le repos, troubles du sommeil, maux de tête, douleurs musculaires) et émotionnel (instabilité, anxiété, perte de motivation ou de sens, sentiment d’échec ou d’être vidé.)
Le « syndrome du lion » ou quand le corps débranche le cerveau
Lorsqu’en pleine dispute avec un prochain, un lion surgit, comment réagiriez-vous ? Cette question lancée au public a conduit le conférencier à développer l’ingénierie biologique du burn-out.
« Notre organisme est une machine qui a déjà tout prévu. On ne réfléchit pas. Votre corps va couper le cerveau cortisol qui réfléchit. Le cerveau limbique, siège de la mémoire et des comportements instinctifs, va alors s’activer. On ne réfléchit pas face à une telle situation, au risque de devenir une brochette pour le lion. »
L’adrénaline, poursuit-il, « va envoyer une force surnaturelle dans les bras et dans les jambes pour nous permettre de courir ou de monter à un arbre ». Conséquence : « le cerveau rationnel est désactivé en situation de stress prolongé ». Le spécialiste explique donc que « Parfois on pense qu’on est bon en continuant de travailler. Non, parfois on est en pilotage automatique. »
Le burn-out et les maladies qui en découlent « ne sont pas des évènements soudains, mais le résultat d’un processus progressif construit sur des années de stress ».
« Apprenez à dire non »
Les causes du burn-out sont multiples. Sur le plan professionnel, le spécialiste a évoqué la surcharge, le manque de reconnaissance et d’autonomie, l’absence de soutien, la pression temporelle, les conflits et la mauvaise organisation du travail. Sur le plan personnel, le perfectionnisme à outrance, les difficultés à dire non, le besoin excessif de reconnaissance sont aussi épinglés comme suicidaires.
Face à ces risques, le conférencier a formulé des recommandations concrètes. « Fixez des limites, apprenez à dire non. Cultivez des activités hors travail, prendre des pauses régulières. » Il a également conseillé la méditation, des activités physiques « au moins deux fois par semaine » (marcher tous les soirs, par exemple), apprendre « à faire le deuil des évènements » et à pardonner. Sur cette notion, Dr Magloire Aitchedji a particulièrement insisté. Car « Ceux qui pardonnent, ce sont des gens qui évoluent, qui planent au-dessus des autres. Pour voler, il faut être léger, vide. »


Au niveau organisationnel, il a appelé à « favoriser un climat de travail sain » et à « reconnaître les efforts ». En cas de burn-out, il a enseigné une thérapie en trois lettres. R comme « Réagir, ne pas nier la situation » ; A comme « Agir : consulter un spécialiste » ; S comme « Se reconstruire progressivement. Envisager un arrêt ».
« La société contribue énormément au burn-out »
Dans une société où tout semble organisé pour nous énerver, « comment vivre ? », a interpellé Venance Tonongbé, président de l’Alliance des professionnels des médias pour la santé (Apms-Bénin). En effet, de la maison à son lieu de travail, l’employé affronte presque quotidiennement un chapelet de situations qui le poussent parfois au stress et à la colère. Bouchons monstres, injures routières, conduites dangereuses des autres usagers.
Le conférencier a admis la difficulté de rester serein dans un tel environnement social et urbain. « La société contribue énormément au burn-out, mais c’est à nous de nous organiser pour ne pas tomber. » D’où la nécessité, dit-il, de comprendre le fonctionnement du stress. Cela permet de reprendre le contrôle en réduisant les sources de stress et en modifiant ses comportements. Par exemple, si « un usager vous méprise, vous injurie, lui sourire » devient la meilleure réaction, a-t-il conseillé.
« Le travail est devenu l’un des premiers lieux de souffrance psychique »
Dr Adeossi Adeogun, président de l’Association béninoise des psychologues et praticiens (Abpp) a alerté sur la prévalence du burn-out au Bénin. « Le travail est devenu l’un des premiers lieux de souffrance psychique. » Il a appelé à « écouter : donner une chance à la parole », à « accompagner » et à « soigner en promouvant des endroits de travail sains».
Une solution simple c’est de se confier. « Parler n’est pas une faiblesse, c’est un premier pas », a-t-il encouragé. Mais l’État doit lui aussi mettre en place une politique nationale de santé au travail en vue protéger les citoyens, premières ressources du développement.
