L’Université d’Abomey-Calavi a vibré, jeudi 25 juin, au rythme des communications et des témoignages dans le cadre du colloque en hommage au professeur Pierre Mèdéhouègnon organisé par l’Unité de recherche « études des espaces et du discours ». Des délégations ivoirienne, togolaise et des participants virtuels ont répondu présents à ce rendez-vous consacré au legs de l’éminent critique du théâtre africain.
Le célèbre refrain de l’hymne national « Enfants du Bénin debout » a empli la vaste salle Mensah de l’Ena. Ce choix d’ouverture de la cérémonie n’est pas anodin. Le professeur Raphaël Yebou, président du comité d’organisation du colloque en dévoilera le sens profond dans son allocution. « Nous sommes venus célébrer un citoyen patriote », a-t-il martelé.
Le professeur Pierre Mèdéhouègnon, en effet, n’a pas seulement écrit des pages sur le théâtre africain. Il a surtout offert au Bénin, à l’Afrique, la ressource la plus précieuse pour le développement : des citoyens bien formés. Il est « un grand homme, un grand intellectuel. Il forme et il éduque. Il montre et il démontre », a salué le président du comité d’organisation. L’initiative de ce colloque vient donc, dit-il, « changer le paradigme des discours dithyrambiques funestes » post-mortem.
Raphaël Yebou est aujourd’hui professeur titulaire de grammaire et stylistique françaises. Pierre Mèdéhouègnon l’a tenu en première année de Lettres modernes. Le témoignage qu’il livre sur lui aujourd’hui repose sur un parcours solide, une mémoire vive et une admiration enracinée. Dans le documentaire d’hommage diffusé au cours de la cérémonie d’ouverture, il affirme avec assurance que Pierre Mèdéhouègnon est « un enseignant de haut niveau », un homme qui a œuvré à la formation des cadres pour la République. « Il a apporté un certain nombre de conforts à la formation », a-t-il ajouté. Il lui attribue même le mérite d’avoir « réveillé la critique universitaire sur le théâtre ».
Mais Pierre Mèdéhouègnon ne s’est pas contenté de former et d’abandonner. « Il a trouvé des opportunités » pour la plupart de ses étudiants dont certains sont devenus aujourd’hui enseignants au Supérieur, appuie Rose Ablavi Akakpo, maîtresse de conférences. Elle est l’un de ses fiers produits; c’est sous sa direction qu’elle a produit sa thèse de doctorat « La dramaturgie de rupture chez Sènouvo Agbota Zinsou et José Pliya » soutenue le 20 novembre 2015.
Le professeur Guy Clarence Semassou, représentant le recteur de l’Université d’Abomey-Calavi va alors puiser dans la puissante métaphore du « baobab » africain pour exprimer la densité intellectuelle et humaine du professeur Pierre Mèdéhouègnon.
L’université au service du progrès humain
Le professeur sénateur Valy Sidibé, à la tête d’une forte délégation ivoirienne, a salué, lui, la fructueuse coopération sud-sud dans le domaine de l’éducation. « La Côte d’Ivoire est l’un des plus grands bénéficiaires de l’intelligentsia béninoise dahoméenne. Plusieurs intellectuels ivoiriens sont passés par le moule d’intellectuels béninois », a-t-il déclaré.
Le théâtre africain, a-t-il reconnu, présente des dimensions spécifiques que les travaux assidus du professeur Pierre Mèdéhouègnon ont grandement contribué à révéler. La présence de cette délégation témoigne de l’influence transfrontalière de l’homme et de l’école béninoise.

Le colloque d’hommage au professeur Pierre Mèdéhouègnon offre également l’occasion de questionner l’apport de l’université au progrès humain. Dans cette logique, la communication inaugurale a été confiée à celui que Raphaël Yebou désigne comme « le plus ancien dans le grade le plus élevé », le professeur émérite Adrien Huannou, l’un des pères fondateurs de l’ex Faculté des lettres, arts et sciences humaines de l’Uac (Flash). Celui-ci s’est battu, dès sa thèse de doctorat en 1984, pour la reconnaissance d’une littérature négro-africaine d’expression française. Le tout premier directeur de l’École doctorale pluridisciplinaire « espaces, cultures et développement » (Edp-Ecd) de l’UAC – fermée par le gouvernement – s’est attelé à démontrer la contribution de cette institution au développement national.
Il a illustré son propos par une kyrielle de thèses soutenues et qui présente une « utilité sociale » indéniable. Elles portent notamment sur les changements climatiques, la problématique de l’eau potable, la valorisation des déchets ménagers à Cotonou, l’intégration de la médecine traditionnelle ou encore les activités économiques de rue. Autant de sujets qui « abordent des problèmes sociaux et peuvent influer sur le développement si elles sont prises en compte par les politiques », a-t-il insisté. Mais, constat amer : « Les Béninois ne savent rien des travaux réalisés à l’EDP. La condition est qu’on les rende visibles », a-t-il plaidé.
Le théâtre africain, une existence incontestable
Le colloque en hommage au professeur Mèdéhouègnon explore le thème des « voies et pratiques nouvelles du théâtre en Afrique depuis 1990) ». Les premières discussions ont également permis de questionner l’existence même d’un théâtre africain. À cette interrogation, le professeur sénateur Sidibé a été catégorique. « Le théâtre est né d’un rituel, celui du sacrifice du bouc connu en Égypte, et a été acclimaté à Athènes, en Grèce. » Par conséquent, « le théâtre a toujours existé dans les sociétés africaines, même s’il nous est revenu d’Occident sous d’autres apparats », a appuyé le modérateur du premier panel.
Le professeur Bienvenu Koudjo, qui soutient la même idée, l’illustre par le “mananhin” qui existe dans la cour du roi, mais aussi par les spectacles de Zangbeto et d’Egungun, qui relèvent pleinement du genre théâtral. Une observation qui a rappelé au professeur Adrien Huannou que le théâtre, historiquement, est « né de la représentation des mystères de la spiritualité. On est parti du spirituel pour arriver à quelque chose pour le profane », a-t-il conclu.
Le colloque s’achève ce vendredi 26 juin, avec au programme d’autres communications axées sur la narratologie et la stylistique, et surtout la remise des « Mélanges » au professeur Pierre Mèdéhouègnon.
Pierre Mèdéhouègnon, travailleur infatigable et encadreur prolifique
« Quand la cause du prévenu est juste, il sied de lui rendre justice sans tricher ». Le modérateur de la cérémonie, Dr Roger Koudoadinou rappelle ainsi, en guise d’admiration, le sens du patronyme que porte le professeur Mèdéhouègnon. Un sens de justice qui, dit-il, a guidé même ses relations avec l’amphi.
Pierre Mèdéhouègnon est né le 17 novembre 1951 à Logozohè, une localité de la commune de Savalou), département des Collines. Après l’obtention de son baccalauréat au Bénin, il a fait des études supérieures à travers quatre pays d’Afrique : le Togo, le Cameroun, le Sénégal et le Bénin. Il est titulaire d’un doctorat de 3ème cycle en Lettres et Sciences Humaines soutenu à Dakar, au Sénégal, en juin 1979. Son sujet : « Olympe Bhêly-Quenum : idéologie et esthétique ».
Travailleur infatigable, il s’honore également d’une thèse de doctorat d’État ès Lettres et sciences humaines, option etudes théâtrales, portant sur le sujet « Innovations et créations dans le théâtre francophone de l’Afrique de l’Ouest (État des lieux et analyse de la dramaturgie de 1970 aux années 2000 en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Togo et au Bénin), défendue avec brio en février 2009 à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac).
Professeur Titulaire du Cames depuis juillet 2013, il a été admis à la retraite en septembre 2017. Il est le premier directeur et fondateur de l’Institut national des métiers d’art, d’archéologie et de la culture (Inmaac). Encadreur prolifique, il a dirigé au moins six thèses de doctorat. La dernière, « Esthétique de l’ésotérisme dans la poésie de Mahougnon Kakpo, Mwèmè Gabriel Okoundji et Nora Atalla », est l’œuvre de l’écrivain poète Daté Atavito Barnabé-Akayi, soutenue le 23 avril 2026, en codirection avec le professeur Raphaël Yebou.









