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Protection des défenseuses des droits humains : Dakar au cœur d’une rencontre continentale

Par admin
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La ville de Dakar a accueilli, mardi 16 juin, une concertation continentale consacrée à la protection des défenseuses des droits humains en Afrique de l’ouest. Organisée à l’occasion du lancement officiel du bureau sénégalais du Réseau des femmes leaders pour le développement (Rfld), la rencontre a réuni des acteurs de la société civile, des experts, des institutions africaines ainsi que des partenaires diplomatiques. Les échanges ont notamment porté sur les mécanismes de protection des défenseuses et le renforcement des liens entre les initiatives nationales et les dispositifs continentaux de défense des droits humains.

SOURCE EXT.

Le choix de Dakar comme lieu de cette concertation n’est pas anodin. Le Sénégal, État partie à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et au Protocole de Maputo, s’est imposé au fil des décennies comme une référence continentale en matière de gouvernance démocratique, de stabilité institutionnelle et d’engagement aux côtés des mécanismes africains des droits humains. C’est en reconnaissance de cette posture institutionnelle que RFLD a choisi Dakar comme l’emplacement de son quatrième bureau régional, rejoignant les bureaux existants de Porto-Novo (siège), Accra et Banjul.

L’ancrage sénégalais de la concertation a été visible dès la composition de la salle. Des organisations féministes sénégalaises de la société civile ont participé au niveau senior, notamment LIBERA, ActionAid Sénégal, l’Association des Juristes Sénégalaises (AJS) — présidée par Madame Aminata Fall Niang —, JGEN Sénégal, FAADEV, et le Collectif des Féministes du Sénégal présidé par Madame Aminata Libain Mbengue. Monsieur Sadikh Niass, leader sénégalais senior des droits humains, a apporté l’ancrage de l’analyse dans le contexte national sénégalais.

Le Professeur Mabassa Fall, juriste sénégalais et expert senior reconnu du système africain des droits humains, a posé la formule qui pourrait marquer les conversations continentales à venir : le système africain des droits humains n’est pas sous-développé en instruments ; il est sous-développé dans les mécanismes par lesquels la société civile, et les défenseuses spécifiquement, peuvent convertir les décisions continentales en protection nationale. Le Professeur Fall, dont l’expertise est régulièrement sollicitée par les instances continentales, a ancré dans la salle dakaroise l’autorité du droit international africain.

La concertation s’est tenue sous la présidence de l’Honorable Professeur Remy Ngoy Lumbu, Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits humains et Point focal sur les Représailles en Afrique de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), et ancien Président de la CADHP. Son intervention substantive d’ouverture a placé le travail de RFLD dans la continuité du dialogue institutionnel construit entre le réseau, en tant qu’Observateur N°553 et Membre du Groupe de Travail de la CADHP sur les Défenseurs des Droits Humains, et le système continental des droits humains depuis plus d’une décennie.

Sur le plan diplomatique, le Royaume de Suède et la République Fédérale d’Allemagne ont marqué leur engagement au plus haut niveau. Son Excellence Catharina Cappelin, Ambassadrice du Royaume de Suède au Sénégal, accompagnée de Madame Khady Touré, Chargée de Programme et Affaires Politiques de l’Ambassade, a porté la voix diplomatique suédoise. La République Fédérale d’Allemagne a déployé une représentation à trois niveaux : Madame Henriette Wolf, Première Secrétaire (politique) à l’Ambassade ; Madame Katja Roeckel, Directrice Pays de GIZ Sénégal ; et Monsieur Mathias Muehlhans, Directeur de Programme de GIZ Sénégal.

Cette représentation diplomatique européenne à Dakar reflète la maturité des partenariats que la coopération suédoise (Sida) et la coopération allemande (BMZ, GIZ) ont construits avec RFLD. La Suède accompagne RFLD à travers le consortium NAFASI, une initiative de trois ans pour défendre l’espace civique numérique africain, en partenariat avec Magamba Network du Zimbabwe et DefendDefenders de l’Ouganda. L’Allemagne, elle, articule son engagement à deux niveaux : la co-présidence par RFLD du Conseil Consultatif du Programme SEA-T, programme phare allemand sur le genre en Afrique, et la mise en œuvre par RFLD de l’Initiative Afroféministe pour le Développement des Droits Humains en Afrique de l’Ouest Francophone (AIHRDFWA), travaillant en concertation avec les autorités nationales de huit pays francophones de la région.

La Direction Genre de la Police Nationale du Sénégal et Madame Aissatou Kanté, Juge au Pool Judiciaire Financier sénégalais, étaient également présentes dans la salle, ancrant la réflexion dans les institutions opérationnelles sénégalaises de protection. Cette présence souligne le rôle de la République du Sénégal comme acteur institutionnel ouvert aux concertations continentales sur la protection des droits humains.

Madame Hannah Forster, actuelle Directrice exécutive du Centre Africain pour la Démocratie et les Études des Droits de l’Homme (ACDHRS, Banjul) et fondatrice historique du Forum des ONG auprès de la CADHP, a apporté la voix de la société civile continentale historique. Mr Naji Moulay Lahsen, Directeur de CIDH Sahel et Afrique du Nord, a inscrit la rencontre dans la perspective trans-régionale.

Des défenseuses des droits humains invitées depuis le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la Guinée — des contextes sahéliens et de gouvernance transitionnelle où l’espace civique s’est contracté significativement — étaient également présentes dans la salle dakaroise. L’une d’elles a porté la voix collective : « Du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de la Guinée, du reste de l’Afrique de l’Ouest, nous voyageons avec la connaissance que l’espace civique se contracte là où nous travaillons.

Être convoquées à Dakar, être entendues par le Rapporteur spécial de la CADHP et par les hauts représentants diplomatiques et de la coopération, c’est savoir que l’architecture qui entoure notre travail est vivante et engagée. Nous ne sommes pas venues pour de la sympathie. Nous sommes venues pour la solidarité, la protection, et la lignée d’engagement que cette salle a reconnue. »

RFLD était représenté au niveau senior par Monsieur John GBENAGNON, Directeur de la stratégie et du développement, tandis que les principales discussions étaient conduites par Madame Bathor Seck, Représentante Pays RFLD pour le Sénégal, au nom de Madame Dossi Sêkonnou Gloria AGUEH, Directrice Afrique. RFLD lève actuellement entre 15 et 50 millions USD sur sa période stratégique 2026-2028, structurée autour de huit axes programmatiques incluant le Fonds WAFFF, l’Africa Portfolio Grant, le Mécanisme de Réponse Rapide pour les Défenseuses, le DƆNÙESÈ Data Center, le Programme BRAVE, le Programme PAWELE Santé, la Campagne Continentale pour l’Abandon des Mutilations Génitales Féminines, et le Programme Justice Climatique.

La présence du Bureau de Dakar de RFLD à la Cité Keur Gorgui, désormais opérationnel, place Dakar dans la cartographie continentale des institutions africaines de protection des droits humains et de plaidoyer afroféministe. Pour la République du Sénégal, c’est un signal supplémentaire de son rôle de capitale continentale du dialogue institutionnel.

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