Amnesty international Bénin a présenté, mardi 21 avril, son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Le document dresse un tableau préoccupant du respect des libertés publiques et de la situation sécuritaire au Bénin, marqué par des attaques armées dans le nord, des restrictions persistantes des libertés fondamentales et des cas de détention prolongée.
La situation des droits humains au Bénin ces derniers mois n’est pas reluisante. Selon le rapport d’Amnesty Bénin, le nord du pays a été confronté à une intensification des menaces sécuritaires. L’organisation indique que, « entre janvier et octobre, les forces armées béninoises ont été prises pour cible par des groupes armés, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al Qaïda, qui ont tué au moins 82 soldats ».
Cette insécurité a également entraîné des déplacements massifs de populations. L’organisation souligne que les attaques répétées ont contribué à une aggravation de la situation humanitaire dans les zones touchées.
Libertés publiques sous pression
Le rapport met en lumière des restrictions persistantes des libertés d’expression et de réunion pacifique. Amnesty international relève que ces droits ont « cette année encore fait l’objet de restrictions ».
Dans le domaine de la presse, plusieurs cas sont cités. En janvier, le journal Le Patriote et son site internet ont été suspendus par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) après la publication d’un éditorial critique. Cette suspension a été levée en mai.
Entre mars et mai, le site Bénin Web TV a également été suspendu, tandis que son directeur général s’est vu retirer sa carte de presse. La Haac lui a reproché la publication d’informations jugées inexactes.
Le rapport évoque également des arrestations de journalistes et de responsables de médias.
Le journaliste Comlan Hugues Sossoukpè a été arrêté puis extradé vers le Bénin, où il a été inculpé notamment pour « incitation à la rébellion » et « apologie du terrorisme ». D’autres journalistes ont également été interpellés ou poursuivis à la suite de publications critiques ou de contenus sur les réseaux sociaux relève le rapport.
Amnesty international mentionne plusieurs arrestations de figures politiques et médiatiques. Le 5 juin 2025, Julien Kandé Kansou a été arrêté et inculpé pour « harcèlement par le biais d’une communication électronique » et « publication de fausses nouvelles ». Le rapport note également l’arrestation d’Olivier Allochémé, interpellé le 9 octobre après des commentaires publiés sur les réseaux sociaux visant le chef de l’État.
Déplacements internes et crise humanitaire
La situation humanitaire s’est détériorée en raison de l’insécurité dans le nord. Amnesty rapporte que « le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays a plus que doublé », atteignant 27 294 personnes selon l’Organisation internationale pour les migrations, soit une hausse de 118 % par rapport à 2024.
Ces populations vivent dans des conditions précaires. Le rapport précise que « la plupart des personnes déplacées à l’intérieur du pays avaient perdu leurs sources de revenus et vivaient dans des conditions déplorables », avec un accès limité à l’alimentation, à l’eau, à la santé et au logement.
Le document met également en cause le recours à la détention provisoire dans le cadre de la lutte antiterroriste. L’Onu s’est dite préoccupée par « le recours généralisé à la détention provisoire en vertu de lois antiterroristes », ainsi que par les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires.
Enfin, Amnesty international revient sur la question des expulsions forcées. Le rapport indique que des victimes attendent toujours une indemnisation. Il est notamment précisé que « dans le seul quartier de Fiyégnon 1, à Cotonou, plus de 3 000 personnes avaient été expulsées sans indemnisation depuis 2021 ».
