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Derrière le communiqué du Père Gaston Aïtondji, une tournure judiciaire inédite

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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« L’affaire là est allée loin comme ? » La nouvelle de l’audience intense à la Criet, ce lundi 27 juillet, a suscité l’étonnement chez de nombreux Béninois. En réalité, et pour une première, la polémique suscitée par les propos jugés offensants du Père Gaston Aïtondji sur le Vodun s’était certes calmée, mais pas au point de vider le sujet. Mettant à exécution leur mise en garde de juillet 2025 — « pacifisme ne signifiera plus silence » — un dignitaire du Vodun a déposé plainte contre le prélat de l’Église catholique.

Dans la plainte consultée en exclusivité par Bénin Intelligent, le signataire accuse le prêtre d’avoir méprisé le principe de la laïcité de l’État. Il s’appuie sur la Décision Dcc 17-018 du 31 janvier 2017 dans laquelle la Cour constitutionnelle réaffirmait, en son article 1er que :

« (…) le Bénin est un État laïc fondé sur, non seulement, la séparation de l’État et de la religion, mais surtout, le respect mutuel et la tolérance des différentes confessions religieuses tant dans leurs pratiques que dans leurs propos. »

Cour constitutionnelle

La plainte évoque également une série d’autres griefs : diffamation publique envers une religion, incitation à la haine religieuse et discrimination, ainsi qu’une atteinte à la dignité et à la considération d’une communauté religieuse. Le plaignant cite en renfort des dispositions du code pénal ainsi que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ratifiée par le Bénin.

Une audience intense

Le professeur Dodji Amouzouvi, partie civile, présent à l’audience se félicite d’une « première étape victorieuse » dans réhabilitation, la déconstruction des propos offensants le Vodun. Selon les informations obtenues par Bénin Intelligent, l’audience de ce lundi survient après plusieurs séances d’audition du Père Gaston Aïtondji par le procureur. Ce lundi marquait donc la première confrontation en présence des deux parties. Le procureur aurait demandé au prévenu de présenter des excuses publiques. Le Père Gaston Aïtondji s’y est plié. Aussitôt en soirée, plusieurs médias relaient un communiqué signé de lui et daté du même jour. Un mélange de regret mais aussi et surtout des clarifications.

« Je regrette sincèrement le trouble que la diffusion tronquée de mon intervention a pu causer chez certains de nos compatriotes, ainsi que la peine ressentie par ceux qui, de bonne foi, s’y sont reconnus blessés. Là n’était ni mon intention ni le sens de ma démarche. Si des mots, isolés de leur contexte académique, ont pu heurter des sensibilités que je respecte profondément, je le déplore et tiens à assurer chacun qu’aucune de mes recherches n’a jamais visé à offenser une croyance, une tradition ou une personne. » écrit-il.

Un communiqué vite récusé

Toutefois, le communiqué du Père Gaston Aïtondji, qui intervient deux mois après la polémique, ne calme pas les dignitaires du Vodun. Certains n’y voient que l’enfoncement dans la diabolisation dénoncée, plutôt que de « véritables excuses ». Miantô Dandjiozon Adignon Tougan Zossoungbo, dignitaire du Vodun Thron, réagit ainsi :;

« Nous reconnaissons que tout être humain est faillible. Toutefois, lorsqu’une erreur est constatée, la responsabilité intellectuelle consiste à la reconnaître clairement et à la corriger sans ambiguïté. À la lecture de ce communiqué, nous constatons qu’il s’agit davantage d’une tentative de justification que de véritables excuses adressées à la communauté Vodun. Le dialogue entre les traditions religieuses est souhaitable, mais il ne peut être sincère que lorsqu’il repose sur le respect mutuel, la vérité historique et la reconnaissance de la dignité de chaque héritage spirituel. »

H. Agossou, un Bokonon, partage le même ressenti. « Je suis dévasté une fois encore par le communiqué de l’abbé Gaston qui n’a rien d’excuses. Au contraire il est venu enfoncer le clou en justifiant ses propos et en invitant à réécouter son intervention. C’est une insulte, un manquement inadmissible. »

Interrogé sur la levée de boucliers suscitée par les propos du Père Gaston Aïtondji, l’archevêque de Cotonou, Mgr Roger Houngbédji assure que l’Église catholique œuvre sans tapages en faveur de l’apaisement et le préservation du vivre-ensemble.

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