Le Bénin rejoint les pays qui répriment les boissons alcoolisées conditionnées en sachet plastique. Un arrêté ministériel du 17 mai interdit leur production, importation et distribution sur tout le territoire national.
Le texte considère comme boissons alcoolisées, les boissons obtenues par distillation ou par fermentation tels que le vin, le cidre, la bière et toute autre boisson produite de façon artisanale ou industrielle et qui contient de l’éthanol.
Au Bénin, la ruée vers les boissons en sachet plastique est palpable. Des jeunes organisent même un concours du ”meilleur buveur” de l’alcool en sachet à la plage de Fidjrossè à Cotonou, selon une enquête des clubs Rotary.
« Pour le concours, les gens viennent avec de l’alcool et nous buvons. Le gagnant est celui qui vide sa part en premier », témoigne un adolescent. D’autres y ajoutent des produits encore toxiques comme la cigarette.
Accessibles mais fortement nuisibles
Les boissons en sachet courent les rues. On les retrouve partout notamment dans les boutiques de vente de divers. La commercialisation est libre, le coût est bas et les jeunes en carburent.
« Cela me fait du bien. Des fois, quand je prends, ça me donne la force de bien travailler dans la journée », déclare fièrement un consommateur. « Quand moi je prends l’alcool en sachet, je me sens en pleine forme. Je délire. Je travaille bien pour trouver suffisamment d’argent » avoue un autre. Les conducteurs de taxi-moto communément appelés zémidjan ne sont pas aussi du reste. Ils en consomment régulièrement pour « garder la forme dans la journée ».
Les vendeurs de boissons en sachet ne manquent pas aussi de faire l’éloge de leurs produits. « Je suis à la fois vendeur et consommateur. C’est de la nivaquine. Il guérit l’ulcère, paludisme… » pense un vendeur. Une affirmation grave que rejettent les professionnels de la santé.
« L’alcool, c’est le cancer. Cancer de la gorge, cancer du sein, cancer du foie. L’alcool, c’est les tensions artérielles qui sont perturbées, l’alcool c’est les hémorragies cérébrales… », relève le cardiologue Dr Hervé Aïssi, lui aussi Rotarien. Selon le professionnel de la santé, avant 21 ans, le cerveau n’a pas fini sa maturation. Ainsi, « la consommation d’alcool à l’âge adolescent va entraîner des dommages irréversibles à savoir, l’alcoolisme à l’âge adulte et entrainer des dommages comme des troubles psychologiques… »
De son côté, Sandra Idossou, citoyenne engagée pour l’environnement, s’intéresse plutôt à la composition chimique du contenant plastique lui-même. Le sachet est fabriqué à base du pétrole. A cela s’ajoutent « d’autres produits chimiques toxiques ». Ainsi, « quand le sachet est en contact avec de la nourriture, le sachet va transférer à cette nourriture ou à cette boisson, son Adn. Donc, tout ce qu’il a de chimique, tout ce qu’il a [le sachet] de toxique. Une fois qu’on le mange, c’est comme si on s’empoisonnait petit à petit », prévient-elle.
