Cendres encore chaudes, huiles de cuisine mélangées aux ordures, déchets mal conditionnés. Ces gestes anodins en apparence, exposent les agents de collecte, obstruent les réseaux d’évacuation et polluent les sols et les eaux. L’activiste et sensibilisateur en environnement Pierre G. Dossa décortique ces risques et rappelle que la salubrité d’une ville commence dans chaque maison.
Bénin Intelligent : Pourquoi souhaitez-vous attirer l’attention du public sur le mélange des huiles de cuisine usagées et des cendres ?
Pierre G. Dossa : Parce qu’il s’agit d’un geste qui peut sembler banal dans un ménage, mais qui a des conséquences sur toute la chaîne de gestion des déchets. Une fois mélangées, les huiles usagées et les cendres rendent les déchets plus difficiles à manipuler et peuvent exposer les agens de collecte et de salubrité à des risques qui pourraient être évités par de simples gestes de précaution.
Quels sont concrètement les risques pour les opérateurs chargés de la collecte de déchets dans les ménages ?
Le premier risque est lié aux cendres mal refroidies. Lorsqu’elles contiennent encore des braises, elles peuvent provoquer un départ de feu lorsqu’elles sont mélangées à des déchets combustibles. Les huiles, quant à elles, imprègnent les déchets, souillent les équipements et rendent leur manipulation plus difficile. Il faut donc comprendre qu’un déchet mal conditionné peut devenir un risque pour celui qui vient le collecter.
Et pour l’environnement ?
L’huile de cuisine usagée ne doit surtout pas être déversée dans les collecteurs d’eau pluviale, sur le sol ou dans les eaux. Elle peut contribuer à la pollution des sols et des milieux aquatiques et favoriser également certains problèmes d’obstruction des réseaux d’évacuation. C’est pourquoi elle doit être conservée séparément dans un récipient fermé et orientée vers une filière appropriée lorsque celle-ci existe.
Beaucoup de ménages considèrent pourtant les cendres comme un déchet sans danger. Est-ce une erreur ?
Oui, lorsqu’on généralise. Une cendre complètement refroidie ne présente évidemment pas le même risque qu’une cendre contenant encore des braises. Le réflexe essentiel est donc de s’assurer qu’elle est totalement éteinte avant de la conditionner et de la déposer avec les déchets.
Quel comportement recommandez-vous aux ménages ?
Trois réflexes simples : laisser refroidir complètement les cendres, ne jamais mélanger les huiles usagées avec les autres déchets et ne jamais jeter ces huiles dans les collecteurs d’eau pluviale ou dans la nature. Ce sont de petits gestes, mais leur répétition par des milliers de ménages produit un véritable impact collectif.
Peut-on dire que la réussite de la politique de salubrité dépend aussi du comportement des citoyens ?
Absolument. La gestion moderne des déchets est une responsabilité partagée. Les autorités peuvent mettre en place les infrastructures, les équipements et les services nécessaires, mais le citoyen demeure le premier maillon de la chaîne. Un déchet correctement conditionné facilite le travail du collecteur, améliore la sécurité et contribue à maintenir un cadre de vie propre et sain.
Vous insistez également sur les agents de salubrité. Pourquoi ?
Parce qu’ils sont au cœur de cette chaîne. Lorsque nous déposons nos déchets, nous devons penser à la personne qui va les ramasser. Respecter les opérateurs, c’est aussi leur remettre des déchets qui ne constituent pas un danger pour eux. Leur travail mérite notre considération, mais aussi notre collaboration.
Quel message souhaitez-vous finalement adresser aux populations ?
Je voudrais simplement dire ceci : la propreté de nos villes commence dans nos maisons. Avant de demander à la collectivité de maintenir notre environnement propre, chacun doit s’interroger sur la manière dont il produit, conditionne et dépose ses déchets. Refroidir les cendres, séparer les huiles usagées et adopter les bons gestes, c’est protéger les agents, préserver l’environnement et participer concrètement à l’amélioration de notre cadre de vie.
Pour finir, la salubrité n’est pas uniquement une affaire de collecte. C’est une culture, une responsabilité et un engagement collectif. Chaque bon geste posé dans un ménage contribue à construire une ville plus propre, plus sûre et plus respectueuse de l’environnement.
