Home Actualité Sègbè ou la spectaculaire résurrection de Riss Cool, 13 ans après sa mort

Sègbè ou la spectaculaire résurrection de Riss Cool, 13 ans après sa mort

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Les réseaux sociaux numériques s’emparent du morceau « Sègbè » de Riss Cool grâce à Mawou Gospel. Ce son, mis en ligne sur sa page YouTube le 18 septembre 2013 est aujourd’hui au cœur d’un phénomène viral. Remixé (tempo légèrement accéléré, voix plus aiguë), il retrouve une cure de jouvence entraînante. Difficile de scroller maintenant sans tomber dessus; il envahit les pages et statuts TikTok et Facebook.

La toile affiche un regain d’intérêt pour cette vieille composition (13 ans), dont la densité discursive n’a pris aucune ride : paroles excellemment élitistes, littérarité précieuse marquée par un filet de proverbes, d’anecdotes, de figures de style. Mais aussi une qualité visuelle que le Vieux Caïman imprime si bien au clip.

Certains avouent pénétrer réellement, pour la première fois, les paroles profondes de l’artiste. Dans Sègbè, Riss Cool chante la résilience, l’optimisme et l’endurance. Le refrain résonne telle une interpellation directe, insistante adressée à Dieu, le « Sè » à qui il intime l’ordre de ne pas le laisser reculer, chuter ou échouer. « Ce que nous nous permettons, Dieu ne peut l’interdire. Ne pas se le permettre, voilà la seule manière de l’aider à ne pas le permettre. » (traduction littérale, dont je suis insatisfait)

Sans nier la force du destin, Riss Cool assume dans Sègbè une philosophie radicale, celle qui considère l’homme comme ”maître et possesseur” de sa destinée. L’homme, un dieu responsable, capable d’action, de solution et de progrès. Il refuse toute pleurnicherie face à un fatalisme qui serait prédéfini et inamovible. Il rejette la diabolisation de l’Autre et place le « moi » devant l’aiguillon de sa plénitude, sa propre liberté, sa conscience, et son auto-déterminisme.

Déconstruction socioculturelle

Par ailleurs, dans un Bénin initiatique, où presque chaque larme, chaque échec, chaque mort est réputé l’œuvre de la « famille/village viscéralement méchant/e », d’un « piquet mystique » enfoncé quelque part par un ennemi jaloux. Un contexte aussi vicieux, marqué par une méfiance presque congénitale, où un « il » indéfini est systématiquement soupçonné d’être responsable de nos maux. Face à cette logique, Riss Cool retourne la balle à chacun. Selon lui, aucun clan, aucune famille, aucun ennemi, aucun « bo » (ou gri-gri, traduction impropre) n’est réellement/forcément derrière ta chute, derrière les épreuves que tu affrontes.

« C’est toi-même le só. C’est toi-même le bo », insiste l’artiste.

Riss Cool a beau prévenir. Sa propre mort, en mars 2013, passe dans la conscience collective comme brutale, une évidence, et donc forcément provoquée. Mais par qui ? La réponse est dans le mystère de la Mort. Avec Riss Cool, on retrouve les deux vrais grands traits de l’art : profondeur et éternité.

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