Sœur Annick Sounouvou, religieuse de la congrégation des Servantes de l’amour rédempteur du Christ (Sarc), a lancé dans la matinée du samedi 30 mai au Chant d’oiseau à Cotonou, son autobiographie intitulée « Professer l’amour, le oui de l’aube ». L’ouvrage propose un témoignage des 25 années de vie consacrée de la religieuse qui, au cours de son parcours, survivante d’une maladie discrète et meurtrière, s’est découvert une nouvelle vocation.
Naomie, adolescente de 11 ans, traverse depuis mai 2025, une expérience douloureuse. Diagnostiquée d’une insuffisance rénale, elle a failli y passer. Entre les « bourbouilles » et le « gonflement » de plusieurs parties de son corps (pieds, ventre, visage…), le coma de 3 jours suivi d’une cécité passagère, les séances de dialyse trop coûteuses, elle en a subi tant en si peu de temps pour son si jeune âge.
Sa maman, pourtant infirmière n’a rien vu venir. « Je ne savais même pas qu’un enfant de son âge pouvait faire une insuffisance rénale », a-t-elle avoué. Entre-temps, exerçant dans le secteur privé et sujette aux pressions de son employeur, elle a dû abandonner le boulot.
Bonne fortune ou « aide de la Vierge Marie », dame Flore a croisé le chemin de la Sœur Annick Sounouvou. Depuis, en dépit des heures souvent tardives des sollicitations, celle-ci n’a « jamais » marchandé son soutien « financier, spirituel, réconfortant ». « Elle nous faisait même suivre les messes en direct par appel téléphonique », a témoigné maman Naomie. S’agit-il d’un simple élan de générosité ou y aurait-il une raison cachée derrière ce soutien indéfectible ?
Les témoignages ce samedi présentent la Sœur Sounouvou comme un modèle d’amour et de compassion. Toutefois, la religieuse a une motivation supplémentaire. Elle a aussi été patiente dialysée de 2021 à 2025, avant de finalement trouver un donneur à qui elle doit sa « renaissance ». Depuis, elle s’est donnée un nouveau crédo : « la guérison n’est pas une fin en soi, mais un appel à une nouvelle mission. »

À la lumière de la foi et de la philosophie de la douleur
Le lancement de son ouvrage « Professer l’amour, le oui de l’aube » intervient dans le cadre de la célébration des noces d’argent de ses vœux perpétuels. L’œuvre parue aux éditions L’Harmattan comporte 5 parties, subdivisées en 17 chapitres. Sa couverture blanche est « flanquée de deux mains en prière manucurées à souhait et desquelles pend le crucifix d’un chapelet », a décrit Stephens Aklogan, directeur des éditions L’Harmattan au Bénin. Un symbole qui appelle à l’abandon de soi, dans la foi et l’espérance en l’amour providentiel de Dieu.
En effet, à travers le passage « mon chemin de guérison n’a pas commencé à l’hôpital, ni même sur la table d’opération, il a commencé dans le secret du cœur, là où Dieu murmure des mots d’espérance au milieu de nos nuits » tiré de l’ouvrage, Louis Gbèhounou Vlavonou, parrain de l’événement, fait une lecture de l’œuvre « à la lumière de la foi ».
Il propose par ailleurs une autre approche « sous le prisme de la philosophie par rapport à la souffrance ». L’ancien président de l’Assemblée nationale se réfère à la lettre apostolique Salvifici doloris de saint Jean-Paul II pour déduire que la douleur – en l’occurrence celle qu’a vécue Sœur Sounouvou – « recentre l’être humain sur l’essentiel, la foi et l’espérance ».
Au fil de ses 242 pages, le livre relate la vie de la religieuse : « les étapes de son enfance, de sa formation religieuse, de sa consécration et de sa mission ». Tout ceci, « avec une plume à la fois poétique, méditative et authentique », s’émerveille Père Epiphane Nayeton. « Ce qu’elle a écrit procède de son cœur, son expérience et sa chair dont les créances multiples disent avec éclats, combien la grâce a prévalu », renchérit Stephens Akplogan.

Un livre et un single pour soutenir les enfants atteints d’insuffisance rénale
En plus du livre, Sœur Annick Sounouvou a également lancé son single « La vie triomphera ». « Une œuvre musicale porteuse d’un message d’espérance et de résilience, de victoire », indique Roger Carlos, le producteur. L’opus, affirme-t-il, proclame « la suprématie de la vie sur l’épreuve, de la lumière sur l’obscurité et de l’espérance sur toute adversité ». À travers une présentation détaillée et minutieuse, le musicologue, doctorant en art, culture et patrimoine, dévoile la portée « prophétique » de l’œuvre qui s’aligne dans la même dynamique que le livre « Professer l’amour, le Oui de l’aube ».
Le single se veut par ailleurs, « un appel explicite à la solidarité et une sensibilisation concrète à la maladie rénale et à la prévention sanitaire ». Les deux ouvrages offrent une perspective de « passage de l’ombre à la lumière, (…) de la croix à la résurrection », décrit Roger Carlos.
Depuis sa greffe, Sœur Annick Sounouvou se sent « investie par la force de l’Esprit Saint, du devoir de soulager la douleur de l’autre ». Sa mission s’oriente en particulier vers les enfants souffrant d’insuffisance rénale ainsi que les patients dialysés. Ce qui la pousse à initier le projet « Espérance, renaissance », une activité de l’Ong Cri d’amour de l’institut des Sarc.
Dès l’entame de sa nouvelle mission, les défis se révèlent déjà colossaux. « Sur une dizaine d’enfants que nous voulions accompagner vers une nouvelle vie, seule une fillette, la courageuse Naomie, a pu renaitre de ses cendres », a déclaré la religieuse. Ce qui témoigne de l’urgence de son action.
Solidaire des souffrants silencieux
Un parterre de personnalités a été convié à la cérémonie. De l’Assemblée nationale à la Garde républicaine en passant notamment par le ministère de la Santé, la présence de toutes ces institutions qui se sont faites représenter témoigne de l’écho favorable de la vision de Sœur Annick Sounouvou. Celle de fédérer les actions en faveur des souffrants silencieux, et particulièrement les plus vulnérables.
« Je veux porter la voix de ceux que l’on n’entend plus trop (…) et plus spécialement encore les enfants », a-t-elle déclaré. Et elle poursuit : « Imaginez ces petits cœurs, ces jeunes guerriers dont l’enfance est rythmée par les machines, les soins, et l’attente ; la renaissance doit devenir leur espérance ».
Reconnaissante du résultat de la vente à l’américaine du livre et du single, elle appelle les uns et les autres à faire leur ce combat. Les revenus de la vente des ouvrages étant destinés à poursuivre cette mission dont les besoins financiers sont énormes.
Sœur Annick Sounouvou est « une femme façonnée par les épreuves, fortifiée par la grâce et habitée par une conviction profonde : l’amour véritable demeure la plus grande force de transformation personnelle, communautaire et sociale », a indiqué Père Epiphane Nayeton.
Sœur Annick Sounouvou a professé ses vœux perpétuels le 31 mai 2001. Elle a consacré sa vie à la mission, à l’accompagnement humain et spirituel ainsi qu’à la promotion de l’espérance auprès des personnes vulnérables, a témoigné Père Epiphane Nayeton. Titulaire d’un doctorat en Droit canonique et d’un Master en Gestion des projets, la religieuse est intervenue dans plusieurs domaines. Il s’agit entre autres de la formation, du leadership religieux, l’accompagnement spirituel et l’action sociale. Elle porte aujourd’hui une mission qui interpelle plus d’un, face à l’ampleur que prend désormais la maladie de l’insuffisance rénale.






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