À contre-courant d’un secteur encore largement informel et peu digitalisé, Goûts & Couleurs s’est imposé en quelques années comme un acteur atypique de la restauration au Bénin. Fondée en 2020 par Tatiana Amou, entrepreneure de 35 ans, l’entreprise s’est construite dans un contexte singulier : celui de la pandémie de COVID-19, qui a profondément redéfini les usages alimentaires, accélérant notamment le recours a la livraison.
À l’origine, le projet ne relève pas d’un plan stratégique structuré, mais d’une expérimentation. Autodidacte en cuisine, issue d’un parcours académique en ressources humaines, Tatiana Amou développe ses premières offres autour d’un savoir-faire hérité et affiné par la pratique. « Je cuisine depuis toujours… J’ai construit mon approche sur la passion et l’expérimentation », explique-t-elle. Une trajectoire qui tranche avec les profils classiques du secteur, souvent formés dans des écoles spécialisées ou passés par des brigades professionnelles.
Une promesse: le “fait maison” accessible
Le positionnement de Goûts & Couleurs repose sur une proposition relativement simple, mais encore peu structurée localement: offrir des produits faits maison principalement pâtisseries et boulangerie fine avec une exigence qualitative nspirée des standards de la restauration haut de gamme, tout en maintenant des prix accessibles. Une équation délicate dans un marché où les coûts de production restent élevés et les marges souvent contraintes.
« En observant le marché, j’ai constaté que bien manger coûtait inutilement cher. Il y avait un décalage entre la qualité attendue et les prix pratiqués », poursuit la fondatrice. Cette lecture critique du marché constitue le socle du modèle économique de l’entreprise.
Une croissance portée par le digital, mais encore fragile
L’un des éléments différenciants de Goûts & Couleurs réside dans son canal de distribution. Dès ses débuts, l’entreprise mise sur une application mobile pour centraliser les commandes, une approche encore marginale dans le paysage béninois de la restauration, largement dominé par les commandes informelles via téléphone ou messagerie.
En six ans, Goûts & Couleurs s’est implanté dans plusieurs villes, dont Cotonou, Abomey-Calavi et Porto-Novo. L’entreprise revendique aujourd’hui plusieurs dizaines de millions de francs CFA de chiffre d’affaires annuel et une quarantaine d’employés.
Pionnier ou outsider ?
Goûts & Couleurs occupe une position ambivalente. D’un côté, l’entreprise peut être perçue comme un pionnier, notamment pour son adoption précoce d’outils numériques dans la restauration locale. De l’autre, elle demeure un outsider face à des acteurs informels plus flexibles ou à des enseignes internationales disposant de moyens plus importants.
Au-delà de sa croissance, Goûts & Couleurs illustre les mutations en cours dans la restauration africaine urbaine: montée en gamme des attentes, digitalisation progressive, et émergence de modèles hybrides entre artisanat et technologie. « Nous voulons rester fidèles à notre exigence sans devenir élitistes », affirme Tatiana Amou. Une ambition qui, si elle est tenue, pourrait consolider la place de Goûts & Couleurs dans un marché encore en recomposition.
Reste à savoir si ce modèle, né dans l’urgence d’une crise mondiale, saura s’adapter à un environnement plus stable mais aussi plus concurrentiel.
