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17ᵉ colloque annuel : L’AIST place le climat au cœur des finances publiques

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Le 17e colloque annuel de l’Association internationale des services du Trésor (Aist) coïncide avec ses vingt ans d’existence. Ouvert mardi 15 septembre au Sofitel de Cotonou, il offre aux responsables, experts et partenaires deux jours de réflexion sur le sujet « Les finances publiques au service de l’impératif environnemental ».

Un nouveau devoir pour les administrations financières, celui de mettre la rigueur budgétaire au service de l’urgence climatique. Ce 17e colloque réunit justement les représentants des services du Trésor de plusieurs pays pour réfléchir sur comment financer la lutte contre les dérèglements climatiques sans compromettre la soutenabilité des finances publiques.

Le directeur général du Trésor et de la comptabilité publique, par ailleurs président en exercice de l’AIST, Oumara Karimou Assouma, a posé le cadre. Pour lui, les mutations déjà traversées par les administrations financières — digitalisation, intelligence artificielle — doivent désormais se prolonger par une meilleure prise en compte des contraintes environnementales.

« Face au défi climatique mondial, il ne s’agit plus seulement de mobiliser, de gérer ou de comptabiliser avec rigueur ; il s’agit en plus de garantir la pérennité du monde après nous. », a-t-il soutenu. « Aujourd’hui, le devoir nous appelle à franchir un autre seuil historique. Celui de mettre la rigueur financière au service de l’urgence écologique. Nos administrations doivent désormais contribuer pleinement à répondre aux défis environnementaux. », a-t-il ajouté.

Le budget, traduction concrète des ambitions vertes

L’intégration du climat dans la gestion publique suppose une évolution des outils dont disposent les États. Le colloque permettra alors d’examiner plusieurs instruments susceptibles d’orienter les ressources publiques vers des investissements et politiques compatibles avec les objectifs environnementaux. Dans son discours d’ouverture, Oumara Karimou Assouma a notamment cité le budget vert, la commande publique responsable, la fiscalité environnementale et la traçabilité parmi les axes de réflexion. Des points d’échange qui placent les services du Trésor au cœur de la transition écologique.

Ce nouveau rôle n’est pas porté seulement par le Bénin. Pour la secrétaire générale de l’Aist, Catherine Lemesle, l’Association a vocation à devenir un acteur de référence sur les questions de finances publiques vertes. « Les engagements pris dans le cadre des objectifs de développement durable, de l’Accord de Paris et des conférences internationales ne deviendront concrets que s’ils trouvent une traduction dans les budgets publics, dans les mécanismes de financement et dans les outils de gestion des États », a-t-elle expliqué.

« Les engagements internationaux deviennent réalité lorsqu’ils sont financés. Les politiques publiques deviennent réalité lorsqu’elles sont budgétisées. Les ambitions deviennent réalité lorsqu’elles sont exécutées, suivies, évaluées et retracées. Autrement dit, les ambitions environnementales deviennent concrètes lorsqu’elles trouvent leur traduction dans les budgets, les mécanismes de financement et les systèmes d’information du comptable public. », a-t-elle insisté.

« Proposez des outils d’une précision chirurgicale »

Représentant le ministre de l’Économie et des Finances, Charles Yèhouénou a invité les participants à privilégier des propositions directement exploitables par les administrations. Pour le Gouvernement béninois, les dérèglements climatiques imposent aux Trésors publics d’anticiper les risques et de renforcer la résilience des finances publiques.

« Face à la tempête des dérèglements climatiques qui menace les fondements de nos économies, Nos Trésors publics ne doivent ni subir le choc écologique, ni se réfugier dans l’urgence. Ils doivent préparer l’architecture des administrations avant que la crise ne s’impose à nous, et tracer avec autorité la voie d’une finance publique résiliente ! », a-t-il insisté.

Le représentant du ministre a surtout appelé les experts à sortir des seules considérations théoriques.

« N’ayez aucune retenue dans vos réflexions. Proposez des mécanismes de régulation innovants ! Proposez des outils de budgétisation et de traçabilité d’une précision chirurgicale ! Proposez des indicateurs de performance environnementale de haute facture ! », a-t-il poursuivi.

Dans son intervention, il a également rappelé la responsabilité des services du Trésor dans le suivi des engagements environnementaux : « Il nous appartient non seulement de garantir la sécurité absolue et l’inviolable transparence des comptes, mais de diriger la traçabilité des changements verts, la rigueur du reporting environnemental et la certitude des engagements. »

Le littoral ouest-africain en ligne de mire

Les travaux portent notamment sur la mobilisation des ressources, la budgétisation environnementale, la fiscalité verte, les financements innovants et le suivi des dépenses consacrées à la transition écologique. Pour les administrations financières, la question dépasse désormais le seul financement des projets environnementaux.

Il s’agit aussi de pouvoir identifier les dépenses qui contribuent aux objectifs environnementaux, suivre leur exécution et apprécier leurs résultats. L’enjeu est particulièrement marqué dans les territoires exposés aux effets du changement climatique. Catherine Lemesle a notamment évoqué la situation du littoral ouest-africain et le phénomène d’érosion côtière, qui affecte les territoires, les ressources naturelles, l’accès à l’eau et les activités économiques.

Ces risques ont aussi une traduction financière pour les États concernés. Ils doivent prévoir des ressources pour financer les mesures d’adaptation, protéger les populations et les infrastructures exposées et faire face aux dépenses susceptibles de découler des conséquences du changement climatique. Dans cette évolution, les Trésors publics occupent une place déterminante. Leur rôle en matière de sécurité des opérations, de fiabilité des comptes et de gestion de la trésorerie doit désormais s’accompagner d’outils permettant de mieux suivre les financements mobilisés en faveur des objectifs environnementaux.

Vers une déclaration de Cotonou ?

Durant les deux jours de rencontre, les participants examinent le cadre institutionnel et international de la protection de l’environnement, l’intégration des enjeux environnementaux dans les finances publiques, ainsi que la place de la fiscalité verte et des financements innovants. Les ateliers techniques s’intéressent notamment à la gouvernance, à la traçabilité et au reporting des finances publiques vertes. Le rôle du Trésor dans l’intégration et l’optimisation de la gestion des financements verts figure également parmi les sujets abordés.

Le colloque offre aux différentes administrations l’occasion de confronter leurs expériences et leurs outils. Certaines ont déjà mis en place des mécanismes de budgétisation environnementale, tandis que d’autres se trouvent encore aux premières étapes du processus. L’Aist entend faciliter ces échanges et favoriser l’adaptation des pratiques aux réalités propres à chaque administration.

Ce 17e colloque pourrait faire émerger plusieurs initiatives dans le domaine des finances publiques vertes. Il s’agit notamment d’une « déclaration de Cotonou », la création d’un observatoire des finances publiques vertes, la mise en place d’un réseau d’experts et l’élaboration d’un futur guide méthodologique.

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