Au deuxième jour de leur séjour à Porto-Novo, les membres du Comité des rites Vodun ont rencontré les dignitaires du Zangbétô et Vodun Hunvè. Avec eux, ils ont abordé la labellisation des rites et pratiques du Vodun dans le contexte du tourisme religieux et du branding du Bénin.
La Maison des jeunes était pleine. Les discussions sans langue de bois avec les garants du Zangbétô et Vodun Hunvè ont tourné autour des pratiques dégradantes qui, de l’intérieur, ternissent l’image du Vodun. Bertin Sossa, secrétaire exécutif du Comité des rites Vodun, résume ainsi le constat amer.
« L’apparence que présentent certaines pratiques du Vodun n’est plus en harmonie avec les grâces de ces Vodun ».
Bertin Sossa, secrétaire général du Comité des rites Vodun
En effet, illustre-t-il, « quand on prend par exemple le Zangbétô qui représentait la police républicaine, au moment où il n’y avait pas la police dans notre pays, sa fonction principale, c’est veiller à la sécurité des populations et des biens, que ce soit sur le plan physique ou sur le plan spirituel ». Une noble utilité sociale aujourd’hui ternie par l’incivisme. « On constate que le Zangbétô peut sortir une nuit et qu’on peut enregistrer beaucoup de plaintes pour vol, violences exercées sur les gens. Cela ne répond pas à la fonction principale du Zangbétô », souligne Bertin Sossa.
Le mot Zangbétô, issu de la langue gun, est formé de deux morphèmes : ”zan”, la nuit, et ”gbétô”, chasseur. Il signifie donc littéralement le chasseur ou gardien de nuit.
« L’histoire des Zangbéto trouve ses racines dans la bataille fratricide des fils du roi Lansuhouto d’Allada. Pour faire fuir les troupes ennemies, Tê-Agbanlin, l’un des fils, et ses compagnons mirent au point une stratégie ingénieuse en fabriquant des cases coniques en bambou, recouvertes de feuilles de bananier, et en utilisant des cornes de bœuf pour créer un bruit terrifiant, faisant croire à l’ennemi qu’ils affrontaient des forces surnaturelles. Depuis ce moment, les Zangbéto ont pris l’habitude de protéger la communauté, devenant un élément essentiel de la culture béninoise, notamment à Porto-Novo. »
Les Zangbétô sont célèbres pour leurs tours de prestidigitation à l’occasion de cérémonies publiques très prisées.
Scarifications abusives
Avec les dignitaires du Vodun Hunvè, le Comité des rites Vodun s’est préoccupé de la question de l’exposition du sang et des scarifications abusives, résume Bertin Sossa. La mauvaise gestion du sang sacrificiel est souvent à l’origine d’insalubrité et de gêne pour les usagers des couvents. « Or, le Vodun même, vu spirituellement, est propre », rappelle-t-il.
Les scarifications abusives, ajoute-t-il, constituent parfois un facteur de répulsion, au point que « certains n’ont pas envie d’approcher ou d’envoyer leurs enfants faire l’initiation. Or, c’est capital dans la vie de quelqu’un qui est Vodun hundjô, d’aller faire ce rituel-là, d’aller faire l’initiation, pour être en harmonie avec lui-même, pour être en adéquation avec sa destinée ».
« Nous sortons très édifiés de cette séance avec le Comité des rites Vodun. Ce qui a de la valeur doit être entretenu. Dans la vision des présidents Wadagni et Talon, nous devons veiller à l’attractivité de notre patrimoine. Chacun a retenu la leçon », salue Atchou Julien, président départemental du Haut conseil du Vodun Zangbétô de l’Ouémé.
Le Comité des rites Vodun achève l’étape de sa tournée à Porto-Novo ce dimanche 20 septembre avec la rencontre des dignitaires du Vodun Gù.
