Après les dignitaires de Heviosso et la congrégation des Xwla Vodun, le Comité des rites Vodun a rencontré, lundi 14 septembre à la préfecture de Lokossa, plus de 600 membres des obédiences Hoxo et Bohuntomè. Cette séance de sensibilisation, d’informations et d’éducation sur le patrimoine immatériel du Benin et ses potentialités touristiques a permis aux deux parties de s’accorder sur la nécessité de combattre la publicité du ”bo” en ligne et la marchandisation des Hoxo.
« À bon vin point d’enseigne ». C’est par cette maxime que Mahougnon Kakpo a conclu son chapelet de pratiques peu orthodoxes relevées aussi bien au niveau des Hoxo que de l’utilisation du Bo. « Aujourd’hui, le Bo n’a pas une bonne réputation. Il y a beaucoup de préjugés sur le Bo et cela dépend des praticiens », a-t-il déploré, un diagnostic qui a suscité une acclamation nourrie. Mahougnon Kakpo a dénoncé les praticiens qui excellent dans la publicité du ”Bo” sur les réseaux sociaux numériques. Un comportement qui dévalorise ce savoir-faire transmis depuis des générations.
Une révolution des pratiques permettra de restaurer l’image du Bénin à l’étranger, mais aussi de réhabiliter le sens originel du Vodun et du Bo. Le premier responsable des praticiens du Bo a soutenu la pertinence de la démarche du Comité des rites Vodun. « Celui qui nous encourage à faire notre toilette, c’est pour notre propre image, notre honneur », a déclaré Sunmadjèhwégni.
Le Bo, une science
Feu le professeur Jean-Marie Cossi Apovo, inventeur de la science de la ”boologie”, a soutenu en 1995 en France, une thèse de doctorat d’État sur le sujet : « Anthropologie du Bo : théorie et pratique du gri-gri ». Il y définit le ”Bo” comme « la ruse de la pensée » et en distingue trois types.
D’abord, les Bo ou savoirs de protection appelés ”glo” visant à protéger son “soi, sa famille et ses amis de toute intention de nuisance ; ensuite, les Bo ou savoirs d’abondance appelés ”ylô”, qui servent à provoquer la fécondité, l’électromagnétisme des fluides cosmiques ; et enfin, les Bo ou savoirs d’attaque ou de retour à l’envoyeur de toute velléité de nuisance gratuite ou causale, appelés Bo ᶑiᶑa ou flijè.
« Selon la Boologie, Bo est un signe d’amour, un mouvement d’ensemble de défendre la dignité de l’être humain ; car, seul l’amour de secourir son frère en détresse, a poussé les Béninois à développer la connaissance des plantes et de leurs vertus en association avec les minéraux, les animaux et les émotions humaines : « è bo ari fun », écrit-il.
Mahougnon Kakpo défend, lui aussi, la portée humaniste du bo maladroitement traduit en français par ”gri-gri”. Le ”Bo” n’est que, dit-il, la « manipulation de la vertu des éléments de la nature et des éléments des règnes ». Il est, poursuit-il, « initialement conçu pour protéger la vie, protéger l’environnement, protéger l’humain ».
La révolution des rites Vodun touche aussi à l’exposition du sang. Certains dignitaires donnent dans l’excès, estime le professeur Mahougnon Kakpo. Or « le Vodun ne demande pas une effusion ostentatoire du sang ». Désormais, a-t-il exhorté, « on n’exposera plus de sang à la caméra ».
Pour un ”axiwlawla” authentique des Hoxo
Avec les dignitaires du Vodun Hoxo, Mahougnon Kakpo s’est prononcé principalement sur le rituel ”axiwlawla”.
« Nous avons constaté qu’il y a des Hoonon qui portent les Hoxo, se rendent dans les marchés, les boutiques, les places pour quémander. Cette pratique n’honore pas le Vodun. C’est vrai qu’il y a une pratique qu’on appelle axiwlawla. Comme son nom l’indique, cela ne se fait que dans un marché indiqué par le Fa », a-t-il rectifié.
Dah Aké Oundjèglo, qui a participé lui aussi à la séance avec le Comité des rites Vodun, dénonçait en 2021 à Bénin Intelligent la mendicité au nom des Hoxo.
« Cela ternit sérieusement l’univers des Jumeaux. Les Hoxo ne sont pas des déités de pacotille. Ils sont dignes de vénération et de révérence. Hélas ! aujourd’hui, certains entachent leur réputation en mendiant dans les bars, les buvettes, au bord des voies, au point que les Hoxo n’ont plus un lieu fixe où quêter, pourrait-on penser », nous confiait-il, et de solliciter l’intervention de l’État pour arrêter la contrefaçon.
