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Soldats maliens en Mauritanie : Un grief diplomatique à dénouer

Par Arnauld KASSOUIN
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Deux soldats maliens « détenus par des groupes terroristes » se seraient « exfiltrés » d’un camp de réfugiés en Mauritanie. Cet état de chose a eu lieu dans la nuit du 13 au 14 mars selon un communiqué de l’Etat major des forces armées maliennes rendu public le 15 mars. « Cette évasion a été rendue possible grâce aux opérations menées par les FAMa le long de la frontière Mali-Mauritanie et dans la forêt de Wagadou » , renseigne le même communiqué. Au lendemain de cette circulaire, la Mauritanie n’a pas hésité à exprimer ses griefs diplomatiques. Elle l’a fait, par le même canal de communication suite à ce qu’elle a taxé « d’accusation grave ».

Les deux soldats maliens concernés sont respectivement du 633e escadron de reconnaissance et du 635e régiment blindé. Enlevés depuis octobre 2025, ils auraient été détenus dans la forêt du Wagadou, en territoire malien. A quelques kilomètres de la ligne frontalière mauritanienne, située dans la région de Nara. Pour rappel, la forêt du Wagadou est une zone fréquentée par des combattants du JNIM. L’affrontement de Wagadou du 20 et 21 décembre 2019 illustre cet état de fait. Contrairement à ce que révèle le communiqué de l’État-major, les deux soldats ne se seraient pas « échappés » des mains des groupes terroristes rapporte David Baché. En effet, selon sources propres, ce dernier affirme « qu’ils ont été libérés par leurs ravisseurs, en échange d’une rançon ». Les groupes « ont eux-mêmes sollicité les familles des otages … pour obtenir le versement de cette rançon ».  

Le Mali et la Mauritanie ont en partage 2 236 kilomètres de frontières. Cette proximité entre les deux États les condamne à converser tant sur le plan diplomatique que sécuritaire. De même que sur d’autres sujets d’intérêt commun. Encore que « l’escalade du conflit au Mali a déstabilisé sa (Mauritanie, ndlr) frontière orientale » analyse Jordanna Yochai, analyste des questions de défense d’Atlantic Council. De 2012 à ce jour, la Mauritanie accueille plus de 300 000 réfugiés maliens. Dans ce sens, la Mauritanie à travers sa correspondance publique nuance qu’elle accueille des « dizaines de milliers de Maliens et d’autres nationalités, depuis près d’une trentaine d’années ». Elle a aussi tenu à insister sur pourquoi elle accueille tout le monde sans distinction aucune. En réalité, « la règle établie (…) protège toute personne secourue tant qu’elle s’abstient de conduire une action hostile à la paix, de part et d’autre de la frontière ».

Deuxième du genre

Dès aout 2025, la Mauritanie avait déjà fait l’objet d’accusations. Ce qui n’est donc pas nouveau. En clair, par des informations largement relayées sur les réseaux sociaux, il lui était reprochée de servir « de point de passage pour des armes (…) destinée à des groupes armés sévissant au Mali ». Accusation qu’elle a réfuté par le biais de son ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens de l’extérieur. Contre ses vagues d’accusation en août 2025, elle a appelé à la retenue. Tout en rappelant que « la sécurité intérieure de la Mauritanie ne peut être dissociée de celle de son voisinage ». Ce qui prédispose que la stabilité dans l’un des Etats dépend de son voisin. C’est cette interdépendance sécuritaire que les chercheurs de l’ Institut d’Études de Sécurité vont mettre en avant, alertant sur le destin commun du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal.

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En effet, « la menace d’un blocus terroriste des villes maliennes de Kayes et Nioro serait désastreuse pour les trois pays (Sénégal, Mali, Mauritanie) » prévenaient-ils. Sur les accusations d’août 2025, ouvertement ou officiellement, le Mali ne s’est pas prononcé sur le sujet. Ni le reste des Etats de l’alliance du Sahel. Quand même, pour celles du 14 mars, « suscitent autant la perplexité que la déception » selon la Mauritanie. De plus, elles ont été avancées « sans preuve aux dépens de la Mauritanie » commente la Mauritanie. Sur sa tenue, cette dernière annonce préférer « la voie du dialogue direct et des échanges diplomatiques avec les autorités du Mali frère ». L’objectif est « d’éviter l’escalade » afin de « préserver la cohésion des deux peuples ». Encore que les deux pays partagent un socle culturel, commercial et économique bien établi à travers le flanc Nouakchott-Bamako.

Diplomatie de crise

Suite aux allégations du dimanche 15 mars, portants sur les soldats maliens des discussions ont été engagées pour éviter la rupture. Dans un contexte volatil, le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, a reçu l’ambassadeur du Mali en Mauritanie, Bakary Doumbia. Cette rencontre a eu lieu au lendemain du rejet des accusations de complot, dès le 17 mars. Elle a été « une occasion de passer en revue les relations fraternelles existantes entre les deux pays », a estimé le ministre Mohamed Salem Ould Merzoug dans un post partagé sur ses comptes sociaux. Cette rencontre a surtout permis aux deux États « d’échanger des points de vue sur un certain nombre de questions d’intérêt commun », selon ce dernier. Les échanges entre les deux diplomates mettent en avant le dialogue et la coopération comme rempart contre l’embrasement frontalier et régional.

Après les échanges à Nouakchott, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a reçu à son tour le chargé d’affaires mauritanien, Cheikhane Habibou Rahmane, le 18 mars à Bamako. Ce ballet diplomatique en miroir témoigne de l’urgence pour les deux États de maintenir les canaux de discussions ouverts. Selon les propos du ministre Abdoulaye Diop, les échanges avec son homologue mauritanien « ont porté sur des questions bilatérales d’intérêt commun, y compris des sujets d’actualité sur le plan sécuritaire ». Il a également souligné « qu’il a relevé la nécessité de renforcer davantage la coopération bilatérale dans un esprit de collaboration renforcée ». Comme évoqué plus haut, les deux pays semblent maintenant s’engager sur la voie du dialogue et du renforcement des relations bilatérales. Une position qu’a longtemps défendue la Mauritanie.

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