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”Nos voix s’unissent” de – Fredhy-Armel Bocovo : Compte rendu de lecture par Adélaïde Fassinou

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Le journaliste Fredhy-Armel Bocovo a mis en librairie, samedi 18 octobre 2025, son ouvrage intitulé ”Nos voix s’unissent”. Un recueil d’opinions de femmes et d’hommes sur le féminisme paru aux éditions Vénus d’ébène. L’écrivaine Adélaïde Fassinou propose ici un compte rendu de lecture.

”NOS VOIX S’UNISSENT” de – Fredhy-Armel BOCOVO

Il s’agit d’un ouvrage de 309 pages, subdivisé en cinq parties présentées comme suit :

  • Partie 1 : Voix de femme – Lettres ouvertes
  • Partie 2 : Voix d’hommes – Interviews
  • Partie 3 : Voix de femmes – Articles
  • Partie 4 : Voix d’hommes – Lettres ouvertes
  • Partie 5 : Voix de femmes – Interviews

La démarche utilisée par le coordonnateur Fredhy-Armel Bocovo est vraiment atypique et a vraiment comblé ses attentes. Il fallait à travers des voix de femmes et d’hommes, relayer leurs pensées et attentes sur la femme, sa place dans notre société et ailleurs en Afrique, et pourquoi pas dans le monde, à l’heure où tout bouge et que nos sociétés connaissent de véritables mutations sur tous les plans.

L’avant-propos du livre présente très bien l’objectif poursuivi par son « auteur » en récoltant une moisson de textes divers produits par 32 dames et 8 hommes, d’ici et d’ailleurs. Des personnes de divers horizons, « de profils et de parcours divers… » qui « parlent des hommes et des femmes en politique, dans les industries culturelles, créatives et sportives, en santé, sécurité et entrepreunariat… Ils et elles parlent de body positive, de sciences, de leadership et de tant d’autres sujets actuels. Ils et elles constatent, analysent, témoignent et suggèrent. Ils et elles ont des avis différents, mais leurs voix s’unissent pour une ultime finalité : une société dans laquelle hommes et femmes bâtissent, ensemble, paix et développement durable ». p.11

Le ton est donné et la lecture de cet ouvrage renferme une véritable encyclopédie sur les visions de femmes des femmes aux divers parcours qui ont, chacune dans un domaine précis, impacté leur société à un moment de leur vie. Certaines ayant occupé de hautes fonctions, telle la ministre Ayaba Claire Houngan Ayemona, parle d’expériences de femmes qu’elle a côtoyées j’en suis sûre, lorsqu’elle était en poste au ministère de la promotion de la femme et des Affaires sociales.

Morceaux choisis : pp 245 – 246. À propos des frustrations qu’endurent les femmes dans nos sociétés africaines : « Les situations de frustration, quelles que soient nos activités, notre niveau d’études, notre rang social en tant que femme, nous en vivons constamment, tant dans le ménage que dans la société …»

Dans le ménage, quand on vous impose à la fois le rôle de ménagère, de coursier, d’agent d’entretien, de cuisinière, de famille, de responsable d’approvisionnement de gestionnaire du stock, d’économe, de secrétaire de famille, d’éducatrice des enfants, de formatrice des gens de maison, d’aide-soignante, de preneuse en charge de l’homme, alors que vous avez aussi des charges professionnelles et des revenus qui vous permettent de contribuer aux dépenses du ménage, c’est frustrant et parfois très frustrant quand l’homme, le premier bénéficiaire de toutes ces actions ne reconnaît pas vos efforts à leur juste valeur en vous facilitant les tâches, d’une manière ou d’une autre…

Des lettres de femmes ayant un parcours assuré ont été écrites à l’endroit de leurs filles, nièces, ou autres pour leur donner des conseils de vie, sur le chemin à emprunter pour s’affirmer en tant qu’être, en tant que femmes, sans tenir compte des «cages» dans lesquelles le monde veut les enfermer.

Angela KPEIDJA, pp – 87-89 dans «Lettre à ma fille» écrit:

« Au sujet du body positive
Mon enfant,
Vois-tu, aussi loin que remontent mes souvenirs, je ne me rappelle pas avoir fait le choix de naître sur le continent noir. Je ne me souviens pas non plus d’avoir choisi mon sexe. C’est en grandissant et en apprenant à être femme que j’ai pris conscience de ma différence de ma différence. Elle s’exprime autant dans mon comportement, dans mon physique que dans mes devoirs de femme. Mais parlons de ce qui saute à l’oeil. A l’époque, à mes courbures, le monde avait opposé un standard filiforme. Mon noir d’ébène, selon eux était grotesque et symbolisait le barbarisme, la saleté, l’obscurantisme et j’en passe. Mes cheveux crépus ont été une source de curiosité. Ils contrastait avec la norme de ceux qui ont décrété être le miroir du monde.
Et que fallait-il faire pour être dans les normes ? Il fallait suivre la mode de décapage de la peau, s’adonner aux produits éclaircissants comme le font beaucoup de femmes et suivre des régimes amaigrissants et autres procédés qui vous offrent une taille callipyge. »

Pour Angela, il fallait assumer son teint et sa courbe comme étant des dons de Dieu, parce que «l’indépendance, c’est aussi cette liberté que nous avons à assumer qui nous sommes. Se mirer dans le regard des autres, c’est dépendre d’eux…Face à l’envahissement des mèches et perruques brésiliennes, elle a coupé ses cheveux pour « retrouver la texture afro»… « Et elle remet au goût du jour, sans complexe, lors de mes émissions télévisées, les tresses et autres coiffures des «agodjié» ces vaillantes femmes qui ont combattu aux côtés des hommes dans le royaume du Danhomè…»

Et elle conclut sa lettre en disant à sa fille: « Crois-moi, ma grande, il n’y a rien de mieux que de s’assumer. Et puis toutes les femmes sont belles. Nous sommes chacune, uniques…»

Nos voix s’unissent est tellement dense sur le plan des émotions et autres connaissances livrées par ces dames, qu’on ne peut pas ne pas le lire entièrement.On ne peut pas également en faire un compte rendu pièce par pièce, car tous les morceaux de ce beau tapis sont si beaux, qu’on a du mal à en choisir quelques uns. Hélas, je me résous à la faire, car je mets juste un peu d’eau à la bouche des lecteurs que vous êtes pour vous amener à vous procurer l’ouvrage. Et à le dévorer.

Je disais à l’entame de ma rédaction que des hommes ont aussi donné leurs avis sur la femme, sa place dans nos sociétés et ce que les vrais hommes devraient faire pour l’accompagner dans sa mission sur terre.

Dans la partie2, des hommes ont donné des interviews sur la femme, ce qu’elle représente dans la société béninoise, pourquoi certains hommes empêchent leurs femmes de travailler, que représente le 8 mars pour eux les hommes, et l’égalité hommes femmes…etc.

Dans la partie 4, Des voix d’hommes ont publié des lettres ouvertes. Intéressons-nous à celle de Gaston Kabore, un cinéaste burkinabè. Pour G. Kabore, la femme est un être à part que l’homme devrait «élever, au lieu de l’opprimer».

A la page 199, on peut lire: « Je ne prétends pas que les femmes soient des anges, elles sont des êtres humains tout comme nous, mais elles sont tellement meilleures que nous les hommes. J’en suis personnellement convaincu et je me demande pourquoi elles tardent à sonner la révolte qui leur permettra d’instaurer un ordre plus juste, plus solidaire, plus humain et plus fondamentalement aimant…».

Mao Tsétoug a déclaré que les femmes représentaient la 2ème moitié du ciel. Comment le monde pourra-t-il se développer en laissant sur le quai plus de la moitié de l’humanité? Il urge de remettre dans le bon ordre la femme dans nos sociétés à travers le monde, afin que les femmes se mettent aux côtés des hommes, à leur table, afin que l’égalité en droits et en devoirs permette une réelle évolution de la femme sur tous les plans.

Dans le texte de Jah Baba, un artiste musicien et ingénieur de son béninois, on voit son amour, son attachement à la femme.

« Pour lui, la femme c’est de l’or ; c’est elle qui établit l’équilibre dans la société. Ceci étant, on ne valorise pas ce qui a de la valeur… Il n’y a pas à valoriser la femme, elle a déjà de la valeur. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que, derrière un grand homme, se cache une grande dame.
Il continue en ses termes… La femme est la clé qui ouvre et ferme la porte de la paix. Elle est la clé qui ouvre et ferme la porte de la guerre… La femme, c’est l’entité la plus forte qui soit et, quand on est véritablement fort, cela s’exprime aisément et sans tapage. La femme, c’est la puissance. Ne pas respecter la femme, c’est attirer sur soi les pires malheurs. »

La Présidente de l’Institut national de la femme (Inf) du Bénin, Mme Huguette Bokpe Gnacadja, avocate béninoise passionnée par la défense des droits de la femme.

La place de la femme, selon elle, dans la société béninoise actuelle, 

« son positionnement est à double vitesse. En ville et en zone urbaine, je dirai qu’elle joue un rôle important dans tous les domaines. Je ne parle pas de statistiques, car même si les femmes ne sont pas nombreuses partout, elles sont présentes partout. Il y a quand même des secteurs clés, comme ceux de la vie publique et politique dans lesquels nos configurations socioculturelles (de femme au foyer) ne leur font pas beaucoup de place. Le constat est le même en zone rurale. Les femmes sont présentes, mais sont peu présentes dans les sphères de décisions. Heureusement, avec la réforme de la décentralisation, on compte un peu plus de femmes dans la gouvernance locale… Quand les femmes interviennent dans les instances publiques et politiques de décision, elles plaident beaucoup plus pour les intérêts du plus grand nombre, des plus vulnérables (les handicapés, les personnes du troisième âge, les beaux-parents , les enfants…) et de toute la communauté . C’est le propre de la femme, ce qui la rend complémentaire à l’homme ».

Et cerise sur le gâteau, Me Huguette Bokpe Gnacadja, Présidente de l’Institut Nationale de la Femme (INF) nous dépose ici une vérité crue : « Quand toutes les économies s’effondrent, ce sont les femmes qui, par une espèce de magie et de débrouillardise, font tenir les ménages et chauffer les casseroles »…

L’ouvrage présente en plus de l’Avant-propos de M. Fredhy-Armel Bocovo, une préface écrite par le Recteur honoraire de l’Université d’Abomey-Calavi, le Professeur Brice Sinsin. Mme Ella Wama Mara a su choisir de belles formules pour rédiger sa postface.

« A travers ces pages, nos sociétés défilent, racontées, examinées par tant d’hommes et de femmes. Ces figures qui ont animé ces pages, peignent des tableaux vivants, émouvants et décrivent des existences sous plusieurs cieux sur la terre des Hommes. Ces lignes nous rappellent qui nous avons été, qui nous sommes et qui nous pourrions être sans faire de cet ouvrage un parti pris.

Il constate, présente et appelle à voir ce qui est nu et désarme : la vérité. En parcourant ces avis et bouts de vie réels et multisectoriels, nous sommes invités à tracer la voie qui mène à la paix durable et au développement humain… Il nous exhorte à le faire ENSEMBLE…
“Nos voix s’unissent” est écrit d’abord dans une langue moyenne qui permet aux lecteurs de tous bords de lire et capter les messages qui y sont diffusés.

Par Adélaïde FASSINOU, écrivaine

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