Le journaliste culturel Philippe Tougan a obtenu, lundi 29 juin dernier, son Master en Communication et Relations publiques avec la mention Très Bien (16,50/20) à l’Enstic-Uac. Il a défendu devant le jury présidé par le professeur Ferdinand Kpohoué et composé du Dr Eugène Allossoukpo, examinateur, une étude qui chiffre, pour la première fois, le déficit de visibilité internationale du Festival international des arts du Bénin (FInAB).
« Depuis sa création en 2023, le Festival international des arts du Bénin s’est imposé comme l’événement culturel pluridisciplinaire qui dans l’ère du temps s’est imposé comme l’héritier naturel du Fitheb. Cependant, l’analyse des productions médiatiques générées lors des trois premières éditions du FInAB (2023, 2024, 2025) révèle un écart préoccupant entre l’ambition de l’événement et sa couverture médiatique effective. » Tel est le constat général qui se dégage de la recherche intitulée « Médiatisation du Festival international des arts du Bénin : état des lieux, enjeux et perspectives ».
L’impétrant a donc procédé à une enquête par questionnaire auprès de 100 festivaliers et membres du grand public, entretiens semi-directifs auprès de 4 acteurs clés (journalistes culturels, responsables de médias, organisateurs du FInAB et partenaires institutionnels), ainsi qu’une revue de presse systématique portant sur 38 productions médiatiques recensées entre 2023 et 2025.
Les chiffres dessinent un tableau préoccupant. En effet, 65 % des enquêtés n’ont qu’une connaissance vague du FInAB, contre seulement 25 % qui en maîtrisent réellement les activités, signe d’une médiatisation « superficielle », selon l’impétrant. 10 % de l’échantillon n’ont découvert l’existence du Festival qu’au moment de l’enquête. Aussi, il ressort de l’étude que 58 % des articles recensés relèvent d’une couverture strictement nationale ; seulement 13 % atteignent une portée internationale. Aucun grand média international de référence n’a couvert le festival sur les trois premières éditions, note Philippe Tougan.
Par ailleurs, 46,6 % des enquêtés jugent la couverture médiatique du festival « insuffisante », et 15 % « très insuffisante » ; soit plus de six répondants sur dix globalement critiques. 68,3 % autres citent les réseaux sociaux numériques comme premier canal d’information sur le FInAB, loin devant la télévision (31,7 %) et la presse écrite (10 %). Le bouche-à-oreille (40,8 %) occupe une place surprenante, témoignant d’une communication institutionnelle encore défaillante. 61,6 % des répondants estiment que le FInAB contribue à l’image culturelle du Bénin, mais « de manière limitée », faute de relais médiatiques suffisants, rapporte l’impétrant.
« Ces résultats montrent que la médiatisation du FInAB repose essentiellement sur les plateformes numériques et les dynamiques relationnelles informelles, tandis que la couverture médiatique institutionnelle et internationale demeure encore insuffisante », déclare-t-il.
En comparant le FInAB, initiative privée, à des événements comme les Vodun days (435 000 participants en 2025, forte couverture institutionnelle) ou encore au Festival des Masques de Porto-Novo, l’auteur conclut qu’il peine à prendre ses marques en matière de partenariats médiatiques structurés et de présence dans les médias internationaux.
Un festival sous-médiatisé, un soft power limité
L’analyse des résultats à travers trois grilles théoriques complémentaires a permis de comprendre les ressorts de ce déficit. Philippe Tougan soutient que « le FInAB constitue un instrument potentiel de diplomatie culturelle pour le Bénin.
Toutefois, sa capacité à projeter une image attractive du pays à l’international reste limitée par une couverture médiatique insuffisante. Près de la moitié des répondants (47,5 %) perçoivent cette contribution comme encore trop modeste. » Quant au dispositif communicationnel du FInAB, il observe que celui-ci souffre d’un déséquilibre stratégique majeur – la communication est essentiellement concentrée sur la phase centrale du Festival, au détriment des phases pré-événementielle et post-événementielle.
Le mémoire de master, co-encadré par le Dr Alexis Gnanguènon, soulève aussi la faible présence médiatique du FInAB, qui se traduit mécaniquement par une faible notoriété auprès des publics nationaux et internationaux.
Pour changer la donne
Loin de s’arrêter au constat, Philippe Tougan trace, dans son mémoire, des pistes opérationnelles pour les organisateurs du festival. Celles-ci embrassent la structuration de la communication digitale, l’appel à nouer des partenariats médiatiques internationaux et la professionnalisation des relations presse.
En somme, la proposition centrale dans le mémoire de Philippe Tougan, promoteur du magazine ”Bénin Vivi”, est relative à l’adoption d’une stratégie intégrée de communication événementielle qui articule de manière cohérente les trois phases, à savoir le pré-événement, le pendant et le post-événement.
Le mémoire s’inscrit ainsi dans le prolongement des ambitions affichées par le festival lui-même, dont la 4ᵉ édition (2026) a porté sur le sujet « Les industries culturelles et créatives : levier de diversité culturelle, de coopération et de paix ».
