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Mineurs et numérique : Un mémoire de master de Fredhy-Armel Bocovo alerte sur le décalage parental

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Dans un mémoire de master soutenu mercredi 1er juillet à l’École nationale des sciences et techniques de l’information et de la communication (Enstic), le journaliste Fredhy-Armel Bocovo décrypte les enjeux de l’éducation des élèves mineurs aux médias digitaux à Godomey. Cette recherche, couronnée par la note 17/20 et la mention « Très bien », apporte une contribution scientifique à un domaine encore peu exploré dans la recherche universitaire nationale.

Fredhy-Armel Bocovo a mené une enquête quantitative auprès de 105 élèves (âgés entre 10 et 18 ans) et de 50 éducateurs (enseignants et parents d’élèves) sélectionnés par échantillonnage aléatoire dans les neuf quartiers de l’arrondissement de Godomey. Mais aussi, des entretiens semi-directifs auprès de six personnes ressources de profils variés : responsables d’associations pour l’éducation des élèves aux médias et à l’information (Emi), coordonnateur d’ateliers et enseignants d’Emi, spécialiste en éducation et expert en innovation et inclusion numérique.

Les résultats auxquels il est parvenu révèlent des disparités importantes entre les réalités vécues par les élèves mineurs dans les médias digitaux et la connaissance que leurs éducateurs en ont. Par exemple, 60,95 % des élèves mineurs enquêtés ont découvert Internet entre 8 et 11 ans, 21,91% passent plus de 5h par jour en ligne. Le divertissement, sur le réseau Tiktok en tête de classement, apparaît comme l’occupation prioritaire, suivi d’un intérêt avéré pour les contenus à risques (sensations fortes, contenus pour adultes). Paradoxe, leurs éducateurs enquêtés indiquent, eux, des faits largement minorés et/ou décalés, rapporte l’impétrant.

Pour ceux-ci, deux fois moins d’élèves mineurs enquêtés ont découvert Internet entre 8 et 11 ans (29,63%), 4 fois moins de mineurs enquêtés passent plus de 5h par jour en ligne (5,55%) avec les activités éducatives comme priorité et aucun intérêt pour les contenus à risques.

Pendant que 40 % des mineurs enquêtés déclarent avoir vécu moqueries, harcèlements et diverses expériences négatives en ligne, seulement 10 % des répondants adultes le savent.

Ces déphasages illustrent une méconnaissance des pratiques médiatiques numériques des élèves mineurs par leurs éducateurs. Elle est préjudiciable à l’identification, la satisfaction de leurs besoins réels (cognitif, affectif, social, identitaire) et la prévention des nombreux risques (informatif, psychologique, éducatif, social), prévient le chercheur.

Cependant, l’enquête de terrain constate que 72,38% des parents n’exercent pas de contrôle sur les plateformes digitales utilisées par leurs enfants et 86,67% de parents ne dialoguent pas des opportunités et menaces en ligne avec leurs enfants. Ces résultats révèlent une faible implication parentale dans l’Emi des élèves mineurs dans un contexte où les entretiens semi-directifs avec les personnes ressources exposent le manque de priorisation politique (point d’insatisfaction et de désolation des formateurs en Emi), le manque de formation des enseignants, la lourdeur administrative, les contraintes financières et logistiques significatives comme les raisons de la rareté des programmes d’Emi.

Quatre axes pour renforcer l’éducation des élèves mineurs aux médias digitaux

Face à ces insuffisances, Fredhy-Armel Bocovo propose quatre axes d’amélioration. Le premier est une approche communicationnelle et pédagogique qui vise à instaurer une éducation aux médias et à l’information (Emi) dans les curricula scolaires avec la nécessité de former les enseignants aux usages pédagogiques du numérique et de développer des espaces de dialogue école–élèves.

Le deuxième axe est une approche familiale et sociale. Elle promeut la co-éducation numérique, à la fois par la famille (cadre primaire de socialisation) et l’école (cadre de socialisation qui occupe la majeure partie du temps des élèves mineurs). Cette approche prend en compte la sensibilisation des parents aux enjeux du numérique et le renforcement de leurs compétences numériques.

Ensuite, sur le volet institutionnel et politique publique, Fredhy-Armel Bocovo recommande, dans son mémoire, une priorisation politique de l’Emi à travers l’élaboration d’une politique nationale d’éducation aux médias digitaux.

Enfin, au titre du quatrième et dernier axe, il préconise une collaboration multi-acteurs entre l’école, la famille, la société civile, les médias et l’Etat. Les conditions indispensables sont une franche implication des plateformes numériques, des médias locaux et des créateurs de contenus digitaux d’une part et d’autre part, une participation affirmée des jeunes élèves eux-mêmes pour une co-construction des solutions.

Enjeux

À court terme, Fredhy-Armel Bocovo estime urgent de former des élèves capables d’analyser l’information, de détecter la désinformation, de la déconstruire et de produire des contenus responsables (enjeu éducatif).

En second lieu, la régulation des plateformes digitales et pratiques numériques permettra de prévenir et de minimiser les risques (cyberharcèlement, exposition à des contenus inappropriés, addiction et autres), un enjeu donc social.

À moyen terme, l’éducation aux médias (surtout digitaux) aura pour conséquence la réduction des inégalités d’accès et de compétences entre élèves issus de milieux différents. Elle présente ainsi un enjeu d’inclusion numérique de même qu’un enjeu citoyen et démocratique par la formation de citoyens, jeunes et aptes à participer de manière éclairée au débat dans l’espace public numérique. Pour finir, cette éducation des élèves mineurs aux médias les prépare aux exigences du marché du travail, de plus en plus orienté vers les compétences numériques. À long terme, l’Emi présente alors un enjeu économique et professionnel.

Par conséquent, l’étude de Fredhy-Armel Bocovo invite chaque acteur de l’écosystème éducatif numérique à jouer pleinement son rôle dans une démarche collaborative afin de promouvoir un espace médiatique numérique sécurisé pour les mineurs; d’une part, et préparer des élèves critiques et aptes à accéder, naviguer, produire de l’information pour interagir et participer en toute responsabilité au débat et au progrès social; d’autre part.

« Éduquer les mineurs aux médias et à l’information, c’est protéger la société de demain›› a conclu l’impétrant qui franchit, avec l’obtention de ce parchemin, un nouveau cap dans son engagement depuis 5 ans en faveur de l’éducation des élèves mineurs aux médias et à l’information notamment avec des structures telles que Bénin Excellence, la Fondation Vallet et l’association Ekôlab.

Fredhy-Armel Bocovo ouvre la perspective que cette recherche scientifique s’étende à une tranche d’âge inférieur à 10 ans, à des mineurs déscolarisés ou à des mineurs non scolarisés en vue d’une meilleure appropriation de l’Emi dans les langues locales du Bénin.

Le jury présidé par Dr (MC) Idrissou Zimé Yérima est composé de Dr Alain Junior Dokpo, rapporteur, et Dr Victor Kalu.

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