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Université d’Abomey-Calavi : Hommage au professeur Joseph Olabiyi Babalola Yaï

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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UNIVERSITÉ DABOMEY-CALAVI

ÉCOLE DOCTORALE PLURIDISCIPLINAIRE « ESPACES, CULTURES ET DÉVELOPPEMENT »
Ad Majorem Scientiae Gloriam

 

Laboratoire du Groupe de Recherche sur l’Afrique et la Diaspora, GRAD

Hommage au professeur Joseph Olabiyi Babalola YAÏ

Ancien directeur de l’Institut d’Etudes culturelles et de langues à l’Université Obafemi Owolowo d’Ilé-Ifè
Ancien chef du Département des langues africaines et asiatiques à l’Université de Floride aux États-Unis
Ancien ambassadeur délégué permanent du Bénin auprès de l’UNESCO
Ancien président du Conseil exécutif de l’UNESCO
Décédé à Cotonou le 05 décembre 2020 à 82 ans

 

Joseph Olabiyi Yaï nous a fait faux bond alors que nous avions encore tant de projets à mener à bon port. Au moment de sa disparition le 05 décembre 2020, nous préparions les manifestations pour les 50 ans de l’Université du Dahomey et il était prévu qu’il intervienne dans le film-documentaire et l’ouvrage collectif que nous avions commencé à confectionner pour l’occasion. En septembre 2017, nous étions ensemble avec lui et quelques autres amis au domicile d’Irène d’Almeida à Abomey-Calavi pour évoquer la mémoire d’un ami commun, le professeur Francis Abiola IRELE qui nous avait faussé compagnie, tout aussi prématurément, le 4 juillet de cette même année. L’ensemble des hommages a été rassemblé et publié par Irène en marge d’un article destiné à un organe en Angleterre mais je ne l’ai pas encore vu. Étaient à cette rencontre Nouréini Tidjani-Serpos et son épouse, Roger Ahoyo, Adrien Huannou, Paulin Hountondji, Rigobert Ladikpo, Elisée et Maria Soumonni, entre autres. Il avait été retenu pour la suite lidée d’un colloque international pluri et interdisciplinaire sur « le multilinguisme et la multiculturalité comme passage obligé pour l’Africain du 21ème siècle », concept auquel tenait beaucoup notre ami Abiola IRELE, le plus francophone et francophile des professeurs nigérians. Différents aléas ne nous avaient pas encore permis de nous attaquer à bras le corps à ce projet. Mais nous n’avons pas abandonné et passerons sans doute le flambeau à une génération plus jeune si nos rangs venaient à se clairsemer trop rapidement. Le Professeur Joseph YAÏ tenait aussi beaucoup à cette idée de colloque sur le multilinguisme et la multiculturalité, concepts qui sont restés au centre de ses combats tout au long de sa vie.

 

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Le Professeur Joseph Olabiyi YAÏ avait envisagé pour les 50 ans de l’Université d’ahoméenne, avec son implication personnelle, la participation significative des partenaires multilatéraux comme l’UNESCO mais nous voici obligés de devoir rendre des « hommages à titre posthume » alors que nous aurions préféré de loin des « hommages à titre costume ». A une réunion préparatoire aux manifestations du cinquantenaire de l’Université dahoméenne, René AHOUANSOU, qui lui-même nous a quittés le 1er juin de certte année, a eu ces mots prémonitoires, en évoquant la disparition brutale de Joseph YAÏ : « comme nos rangs commencent à être sérieusement clairsemés, les survivants qui reprennent le flambeau doivent à tout prix pérenniser les combats pour arriver à des victoires irréversibles. Puisque lhistoire de nos grands hommes et de nos grandes femmes ne nous est pas enseignée dans les écoles, il importe que nous célébrions plus souvent nos héros de leur vivant ».

 

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Justin AHANHANZO, en charge de la commission océanographique régionale intergouvernementale de lUNESCO pour lAmérique latine et la Caraïbe, lAsie Pacifique et lAfrique et qui a beaucoup fait lors des obsèques du Professeur Joseph Olabiyi YAÏ en 2020 pour mobiliser le cercle des amis au-delà du groupe étroit de l’UNESCO et qui avait aussi personnellement souhaité prendre part aux activités du cinquantenaire de lUniversité, est en train dagiter lidée dorganiser un hommage à Christiane Yandé DIOP (97 ans en cette année 2022), épouse dAlioune DIOP, fondateur de la Revue devenue Maison dédition Présence Africaine et qui en a pris la direction après le décès de son époux en 1980. Le 20 mars 2021 fort heureusement, un hommage international fut rendu à Amadou-Mahtar MBOW pour son centenaire (101 ans en cette année 2022), ancien directeur général de lUNESCO pendant 13 ans, de 1974 à 1987. Une immense célébration sons et lumières fut organisée pour en hommage à cet immense homme de culture qui a traversé de son vivant un siècle entier. Et cest heureux, car pour une fois nous honorions un grand Africain de son vivant.

Joseph Olabiyi YAÏ avait ouvert dans le domaine des sciences et de la culture tant de chantiers restés malheureusement inachevés. Depuis les manifestations de 2020, marquant les 50 ans de l’Université dahoméenne, par exemple, nombre dorganisateurs et dinitiateurs de ce Cinquantenaire, notamment dans les rangs des universitaires ont été emportés pendant la sinistre période de restrictions sanitaires dues à la pandémie du COVID 19. Mais la vraie tragédie, plus que la mort, cest plutôt loubli des vivants. Bref, il nous revient à nous les survivants pendant quelque temps encore, de nous atteler à écrire notre véritable histoire nationale et continentale, avec les femmes et les hommes qui lauront façonnée, en lui donnant ses lettres de noblesse. Il nous revient donc de célébrer les femmes et les hommes qui portent les valeurs que nous souhaitons pour notre société et éviter à la jeune génération de navoir que des spectacles de contre-valeurs à contempler, des spectacles lamentables avec des acteurs qui n’hésitent pas à ramer à contre-courant de lévolution de notre société, une classe politique et une élite intellectuelle préférant se transformer en une clique de courtisans invertébrés, en une coterie sans épaisseur, tout comme les seigneurs français apprivoisés et efféminés du temps de Louis XIV traumatisé par les révoltes de la Fronde et qui exigeait deux obéissance totale. En retour le roi leur offrait des gratifications et des gâteries

Ce colloque en hommage à Joseph YAÏ vient à son heure et se présente comme un devoir sacré car nous ne pouvons pas demander aux autres de mener à notre place nos combats pour la dignité de lhomme noir, et de tous les hommes. Nous ne pouvons pas continuer daccuser les autres, notamment les puissantes nations du nord industrialisé, sûres delles-mêmes et dominatrices, de tronquer notre histoire. Chacun voyant midi à sa porte, il nous incombe le devoir impérieux de nous prendre nous-mêmes en charge et de documenter la vie, luvre et la mémoire des meilleurs dentre nous dans ce combat ardu et parfois ingrat de défendre notre patrimoine matériel et immatériel comme faisant partie ingrante du patrimoine de lhumanité.

Des liens personnels, professionnels et de famille liaient Joseph YAÏ et moi-même et je les évoque ici avec une grande émotion. Le Professeur YAÏ était très actif dans le cadre de l’African Studies Association, ASA, et de l’African Literature Association, ALA, de nos frères de la Diaspora américaine. Nous nous rencontrions souvent lors des manifestations annuelles quand il était en fonction à l’Université de Floride aux Etats-Unis et moi-même à Howard University à Washington, D. C., ensuite à University of Chapel Hill, North Carolina puis un peu plus tard à Boston College dans le Massachusetts. Il était surtout un beau-frère puisqu’il avait été marié à une cousine, Damienne Agossè Djitrinou, disparue le 08 juin 2017 et inhumée à Paris et avec qui il avait eu une fille, actuellement diplomate aux Etats-Unis. Alors quil pouvait aspirer à un repos bien mérité, cet infatiguable combattant avait accepté avec humilité le 18 juin 2020 d’être encore utile en servant comme ambassadeur de bonne volonté de l’Ecole du Patrimoine Africain, EPA.

Il avait encore beaucoup à offrir à l’Afrique et au monde. C’est pourquoi nous aimerons rappeler pour finir cette adresse en sa mémoire, deux expressions qu’il affectionnait : « face à un grand choc, il faut aller à lessentiel de ce quest la vie, cest-à-dire de trouver comment on peut, dune façon originale, être utile aux autres » (Jacques Attali) et « pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir »(Vauvenargues) Nous inspirer de cet exemple éminent pour continuer le seul combat qui vaille la peine dêtre mené, le combat pour lexcellence, la dignité et la solidarité entre les hommes nous apparaît alors comme un impératif catégorique. Cest pourquoi je serai presque tenté dévoquer dans le cas qui nous concerne ces quelques mots inscrits en français au fronton du mausolée de Marie Stuart, Reine dEcosse (en anglais Mary, Queen of Scots) « Ici la fin est aussi un commencement »

Par Prof Augustin AINAMON

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