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Conflits agropastoraux

Conflits agropastoraux à Guéné : Coexister capacite le comité multi-acteurs de concertation pour la cohésion sociale

Par Arnauld KASSOUIN
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Pour prévenir et mieux contenir les frictions entre agriculteurs et éleveurs à Guéné, l’association Coexister Bénin a organisé un atelier. Cet atelier visait la redynamisation et le renforcement des capacités du comité multi-acteurs de concertation pour la cohésion sociale. Le thème retenu était : « Boucliers de Paix : le dialogue communautaire pour la prévention des conflits ». Il s’est tenu les 25, 26 et 27 août au siège de l’Union Communale des Coopératives Villageoises de Producteurs de Coton (Uco-Cvpc) de Guéné.

Les conflits agropastoraux et les tensions intercommunautaires autour du partage des ressources naturelles ont fait l’objet d’un atelier de trois jours à l’Uco-Cvpc de Guéné. Il s’inscrit dans le cadre du projet BEN 053, soutenu par le Mécanisme de Stabilité des États Côtiers (MSEC) de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). L’atelier a réuni une vingtaine de participants aux profils hétéroclites. On y trouvait des élus communaux et des autorités préfectorales, des leaders religieux et communautaires, des agriculteurs et des éleveurs. Des personnels des forces de défense et de sécurité, dont les eaux et forêts, étaient également présents. La Direction Départementale de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (DDAEP) Alibori et le Haut-commissariat à la sédentarisation des éleveurs y étaient aussi représentés. Plusieurs communications ont meublé les trois jours d’activité. Parmi elles figuraient notamment : Conflit, Paix, Violence, ainsi que Modes et techniques de médiation des conflits.

Les participants ont par ailleurs été entretenus sur la police communautaire et le rôle des leaders communautaires dans la coproduction de la sécurité. Ils ont également été sensibilisés aux dispositions réglementaires du code pastoral (Loi 2018-20 du 23 avril 2019). Le décret portant modalités de la veille pastorale (décret 2024-954 du 8 mai 2024) a aussi été abordé. L’atelier s’est ouvert par une prière, précédée du mot de bienvenue adressé aux participants. Puis a suivi l’allocution de M. Bouraima Abdou Karimou, Coordonnateur de l’association Coexister Bénin. Celui-ci a présenté une brève cartographie des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans les 16 villages de l’arrondissement de Guéné. Cette cartographie est issue du rapport diagnostic présenté les 13 et 14 août à Malanville. Il a par la même occasion exposé les défis auxquels sont confrontés agriculteurs et éleveurs à Guéné.

Mise en contexte

Selon le point de suivi du pastoralisme d’août 2026 de la DDAEP Alibori, 32 dégâts ont été causés sur les bovins. Ces dégâts sont liés à des conflits agropastoraux. Dans la perspective de prévenir de tels conflits, l’objectif de l’atelier était triple. D’abord, il s’agissait d’amener les participants à s’accorder sur une compréhension partagée des terminologies : conflits, violences, paix, modes et techniques de médiation. Ensuite, il fallait les entretenir sur les principes essentiels à une médiation réussie. Enfin, il convenait d’identifier les rôles et missions du comité multi-acteurs. Il fallait aussi cerner les actions permettant d’assurer la durabilité de ses activités. Le coordonnateur de l’association Coexister Bénin a précisé que « c’est suite à la présentation et la validation du rapport du diagnostic des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans les 16 villages de l’arrondissement de Guéné, qu’est organisé cet atelier ».

En réalité, l’atelier ne visait pas uniquement à redynamiser le comité multi-acteurs de concertation pour la cohésion sociale. Il entend aussi mieux outiller ledit comité pour qu’il « soit à la hauteur des attentes de la communauté en matière de prévention des conflits », poursuit le coordonnateur de Coexister. Cet objectif n’est pas resté sans écho. Les trois jours ont en effet permis aux agriculteurs et éleveurs d’échanger librement sur leurs attentes et besoins. Dans ce sens, Arnauld KASSOUIN, consultant, souligne que « l’ensemble des participants étaient réceptifs sur la plupart des sujets abordés lors de ses communications ». Pour ces trois jours d’activité, le consultant, de concert avec l’équipe organisationnelle de l’atelier, a privilégié l’andragogie comme approche de discussion.

Perspectives

L’arrondissement de Guéné disposait autrefois d’un Comité agropastoral. Celui-ci n’est cependant plus fonctionnel aujourd’hui. Il reste par ailleurs méconnu du grand public. Pour éviter un tel épilogue à la nouvelle dynamique enclenchée par Coexister Bénin, les participants ont unanimement proposé quelques pistes de solution. Ces pistes ont été formulées lors du panel animé le troisième jour de l’atelier. Ils ont notamment souligné l’importance de renouveler les séances de sensibilisation et de discussion. Ces séances devraient porter sur l’ensemble des thématiques revisitées, au profit d’un large public. Concernant la conduite des activités du comité agropastoral, ils ont aussi rappelé un point essentiel. Il s’agit de la mise en place d’un mécanisme autonome de suivi et de contrôle des activités du comité multi-acteurs.

S’y ajoute la nécessité de doter le comité de moyens opérationnels adéquats. Ces moyens l’aideraient dans la bonne marche de ses activités. Une capacitation renforcée en gestion, prévention et résolution des conflits reste également indispensable.

Dans un contexte marqué par la multiplicité des risques liés aux groupes recourant au terrorisme, la prévention et la résolution des conflits agropastoraux apparaissent comme un rempart. De fait, mieux les contenir aurait pour conséquence directe de tarir les variables endogènes favorisant l’expansion du phénomène dans l’Alibori. Comme le rappelle Leif Brottem dans La complexité croissante des conflits entre agriculteurs et éleveurs en Afrique de l’Ouest et centrale, « lorsque le déchaînement des conflits intercommunautaires est amorcé, les passions prennent le dessus ». Par ailleurs, Mathieu Pellerin affirme, dans un entretien accordé à Rfi, que les groupes recourant au terrorisme « exploitent toutes les frustrations nées des crises des zones rurales, dont le pastoralisme est l’une des composantes ». Toutefois, paradoxalement, Leif Brottem analyse que « la majorité des éleveurs de bétail n’a aucun lien avec les groupes extrémistes, et en sont souvent les victimes ».

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