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Révolution culturelle durable : Ousmane Aledji prône ”la municipalisation de la culture”

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Pour le dramaturge et directeur du centre Artisttik Africa, la « révolution culturelle » engagée depuis 2016 ne pourra produire tous ses effets que si elle descend au cœur des communes, d’où ce qu’il appelle la municipalisation de la culture. Dans son analyse, dimanche 30 août au cours d’un entretien avec Eden Tv, Ousmane Alédji appelle à la création d’un véritable service public culturel et à la professionnalisation des métiers artistiques.

La culture béninoise serait-elle en train de changer d’échelle ? Pour Ousmane Alédji, la réponse ne fait guère de doute. « Nous sommes dans une nouvelle dynamique. Nous sommes dans une réelle révolution. Et l’expression n’est pas exagérée », affirme le dramaturge. À ses yeux, le changement tient notamment à l’implication plus affirmée de l’État et à la qualité du dialogue désormais établi avec les professionnels du secteur. Depuis 2016, observe-t-il, le chef de l’État est devenu « l’interlocuteur privilégié » des acteurs culturels. Cette impulsion politique, selon lui, a contribué à provoquer « un réveil général » et renforcé la foi des acteurs en leur secteur et leur talent.

Toutefois, pour que cette dynamique s’installe durablement, Ousmane Aledji tienne à ce qu’elle irrigue l’ensemble du territoire. Il se pose alors le défi de ce qu’il appelle « la municipalisation de la culture ».

Pour Ousmane Alédji, le développement culturel ne peut rester l’affaire exclusive de l’État central. Les grandes infrastructures et les grands projets ont leur importance, mais ils doivent désormais trouver des relais au niveau local. « Il nous faut, pour accompagner tout ce qui se fait déjà, repenser une politique d’animation artistique de nos communes. Je dis de nos communes », insiste-t-il.
Il reconnaît que le potentiel artistique existe, les talents aussi, mais les lieux et les moyens permettant leur expression régulière restent insuffisamment structurés. « Le potentiel est là, le désir est là, les artistes sont là, les comédiens, il y en a de toutes les qualités disponibles », déclare-t-il. Le problème se situe donc dans la capacité du système public à organiser sa rencontre avec les publics et les territoires. Les collectivités locales, mais aussi les arrondissements peuvent, eux aussi, devenir des espaces de détection, de formation et d’expression des talents.

« Si les arrondissements sont déjà aussi des terroirs où on peut repérer des talents, des vocations, à l’échelle nationale vous voyez ce que ça peut donner ». Une telle stratégie permettra de faire vivre les infrastructures. « Le professionnel, les plateaux, est-ce qu’ils existent ? Si ces plateaux existent, comment sont-ils animés et dans quels coins sont-ils et qui sont ceux qui en sont responsables ? » s’est-il demandé.

Pour lui, c’est là précisément que l’autorité communale doit intervenir. « C’est là où l’autorité communale de Savalou, de Djougou ou de Cotonou a un rôle à jouer. C’est là où je parle de la municipalisation de la culture. »

Au-delà des infrastructures

Cette décentralisation ne signifie pas, pour autant un désengagement de l’État, précise l’invité du journaliste Oumar Adégnandjou. Bien au contraire. Alédji distingue ce qui relève de l’impulsion nationale et ce qui doit désormais être assumé localement. L’État central peut construire les infrastructures majeures et financer les projets structurants ; les collectivités doivent, quant à elles, contribuer à leur animation et à la découverte des vocations.

Le dramaturge reconnaît les avancées réalisées dans les infrastructures et les politiques publiques. Il cite notamment les musées en construction ou achevés, qu’il considère comme des projets plus structurants que les seuls événements ponctuels. Les manifestations comme les Vodun days peuvent jouer leur rôle de vitrine et d’attractivité, mais les infrastructures culturelles, elles, créent des métiers, de la formation et de l’emploi.

Cette même logique vaut pour le patrimoine et le tourisme mémoriel. À Ouidah, par exemple, Ousmane Alédji voit dans les investissements réalisés non seulement une politique de valorisation de la mémoire, mais aussi la possibilité de créer de nouveaux marchés et de nouveaux métiers. Guide, conducteur de taxi, restaurateur, hébergeur : « C’est toute la ville qui devient le marché. »

« L’artiste, il est professionnel ou il ne l’est pas »

Au-delà de la municipalisation de la culture qu’il prône, Ousmane Aledji s’est aussi prononcé sur l’urgence de la professionnalisation du secteur. Interrogé sur les artistes qui terminent leur vie dans la précarité et doivent parfois lancer des appels à l’aide, l’invité de ”L’entretien du dimanche” a observé une posture qu’il avoue, délicate. Il refuse, en effet, de faire de l’État une sorte de mécanisme de protection sociale de dernier recours. « L’État n’a pas un rôle de maison de retraite pour les artistes », tranche-t-il.

À travers cette formule brutale, il résume sa conviction du métier, à savoir qu’ « Un artiste, il est professionnel ou il ne l’est pas. » Il appelle alors à sortir d’une culture de la dépendance pour construire une véritable économie des métiers artistiques.

La professionnalisation suppose que l’artiste puisse vivre de son activité, mais aussi qu’il sache la structurer, la gérer et en assumer les contraintes. « Si ce que vous faites ne suffit pas à vous nourrir, faites autre chose à côté ou changez de métier », a-t-il lancé, car les artistes ont, comme tous les autres professionnels, des familles et des responsabilités.

Cette exigence ne constitue pas, à ses yeux, un désengagement de l’État. Elle appelle au contraire une politique publique plus structurante : des espaces, des plateaux, des dispositifs d’accompagnement, de la formation et un environnement permettant aux artistes de transformer leur talent en véritable activité professionnelle.

Le Bénin dispose d’un potentiel artistique considérable, mais ce potentiel doit encore être davantage transformé en emplois, en carrières et en marchés. Alédji insiste sur les résultats obtenus par certains artistes béninois à l’international. Il cite Angélique Kidjo, Romuald Hazoumè, Opa, Giovanni Houansou et d’autres créateurs comme autant de signes d’une vitalité artistique. Mais il estime que le Bénin n’en est encore qu’à « l’étape embryonnaire » de ses capacités. « On peut mieux faire. On doit mieux faire », affirme-t-il.

Pour y parvenir, il invite notamment les jeunes créateurs à puiser dans leur propre identité. Langues, mythes, pratiques et cultures endogènes peuvent devenir des ressources de création et d’exportation. Car « Le marché est demandeur de variété, de diversité », rappelle-t-il.

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