Pendant trois jours, Porto-Novo a accueilli le Sommet féministe des données en Afrique de l’Ouest 2026. Organisée par le Réseau des femmes leaders pour le développement (Rfld), cette rencontre a réuni une centaine de militantes féministes, journalistes de données, technologues civiques, parlementaires, chercheuses et défenseuses des droits humains autour des enjeux liés aux droits numériques, à l’espace civique et à l’utilisation des données comme levier de plaidoyer.
Les travaux du Sommet féministe des données en Afrique de l’ouest 2026 se sont achevés jeudi 30 juillet à Porto-Novo sur une note de satisfaction. Placée sous le thème « Décoloniser les données : construire des futurs numériques féministes en Afrique de l’Ouest », cette rencontre a permis de renforcer les capacités des participants et de jeter les bases d’une coopération régionale destinée à transformer les données en outils d’influence des politiques publiques et de protection des droits humains.
Le sommet s’inscrit dans le cadre de Nafasi, une initiative continentale financée par l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Asdi).
Déployé de 2026 à 2029, ce programme est mis en œuvre par une coalition d’organisations, avec le Rfld pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, DefendDefenders pour l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique, ainsi que Magamba Network pour l’Afrique australe. Il vise à préserver les espaces, en ligne comme hors ligne, dans lesquels évoluent les organisations de la société civile, les journalistes et les défenseuses des droits humains.

Au cours des trois journées, les participants ont alterné séances plénières, panels, ateliers pratiques, formations et travaux de rédaction. Les échanges ont porté sur huit axes thématiques, notamment la censure numérique, les violences sexistes facilitées par les technologies, la liberté de la presse, la protection des défenseurs de l’environnement, la décolonisation des données et de l’intelligence artificielle, la justice économique numérique, l’autonomie corporelle et les données intersectionnelles.
Les travaux ont été guidés par les résolutions 657, 620 et 522 de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, qui traitent respectivement de l’accès à l’information environnementale, de l’accès aux données comme outil de promotion des droits humains et de la protection des femmes contre les violences numériques.
Les participants ont ainsi réfléchi aux moyens de transformer les données collectées sur le terrain en propositions législatives et en actions de plaidoyer.
L’un des temps forts du sommet a été l’intervention de Rémy Ngoy Lumbu. Il a présenté les mécanismes africains de protection des défenseurs des droits humains, les procédures d’alerte auprès de la Commission africaine ainsi que les conditions nécessaires pour renforcer la documentation des violations et améliorer la protection des personnes exposées aux représailles.

Les participants ont également bénéficié d’ateliers pratiques consacrés à la sécurité numérique. Ces sessions ont porté sur la protection des comptes, le renforcement de la sécurité des appareils, les communications sécurisées et les réflexes à adopter en cas de compromission d’un compte ou d’un équipement numérique. L’objectif était de doter les défenseuses des droits humains, les journalistes et les organisations de la société civile d’outils concrets pour faire face aux risques numériques.
Rédaction de notes d’orientation
Les travaux de groupe ont, par ailleurs, abouti à la rédaction de notes d’orientation portant sur les principales lacunes législatives, réglementaires et institutionnelles observées dans la sous-région. Ces contributions serviront de base à l’élaboration de l’Agenda régional féministe des données, appelé à orienter les futures actions de plaidoyer auprès des institutions nationales et régionales.
À l’issue de la rencontre, plusieurs résultats concrets ont été enregistrés, notamment la consolidation d’un agenda régional féministe des données, le lancement d’un collectif transfrontalier destiné au partage sécurisé d’informations et à la réponse rapide en cas de menace, la formation d’une cohorte régionale de spécialistes des données ainsi que le renforcement des passerelles entre les bailleurs de fonds et les initiatives locales.

À travers l’organisation de ce sommet, le Rfld confirme son engagement en faveur de la promotion des droits numériques, du renforcement de l’espace civique et du leadership féministe en Afrique de l’Ouest. Au-delà des échanges, la rencontre aura permis de poser les fondements d’une coopération régionale durable, fondée sur la production de données fiables, leur exploitation stratégique et leur mise au service de la protection des droits humains.
