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« 11 septembre » bis du Mali : Cas pratique pour le Bénin et Togo

« 11 septembre » bis du Mali : Cas pratique pour le Bénin et le Togo

Par Arnauld KASSOUIN
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Les événements des 25 et 26 avril 2026 au Mali rappellent ceux de mars et avril 2012. À l’époque, le MNLA et ses alliés s’étaient emparés en trois jours des trois grandes villes du Nord : Kidal (30 mars), Gao (31 mars) et Tombouctou (1er avril). Quatorze ans plus tard, ce « 11 septembre » bis du Mali n’a fait que remuer le couteau dans la plaie d’une situation déjà fortement dégradée. Au lendemain de cette offensive conjointe du JNIM et du FLA, que doivent retenir les pays côtiers ? Dans cette analyse, découvrez quelques pistes de lecture et insights clés sur lesquels les États du littoral doivent impérativement se focaliser.

Par Arnauld KASSOUIN

Double attaque. Attaque coordonnée au Mali. La rhétorique renvoie à la même date. 25 et 26 avril 2026. Pour Média 24, « l’offensive est d’une ampleur exceptionnelle ». En effet, tôt le matin (25 avril), « vers 5h20 » selon Tama Média, le Mali a assisté à ce que le Centre d’études stratégiques de l’Afrique désigne : « attaques synchronisées perpétrées par des islamistes militants et des séparatistes dans tout le Mali ». Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti, toutes ont été touchées. Des affrontements ont eu lieu toute la journée jusqu’au lendemain. Entre barrages, patrouilles et couvre-feux, le niveau d’alerte de sécurité est resté élevé. L’alerte de la mission américaine à ses ressortissants illustre bien cet état de fait. « Les citoyens américains sont invités à rester confinés chez eux, à demeurer vigilants, à suivre l’actualité locale », pouvait-on lire sur le site officiel de l’ambassade des États-Unis, ce samedi 25.

Le niveau d’alerte de sécurité était de niveau 4 pour cette dernière. C’est-à-dire avec interdiction de voyager. Le 29 avril, quatre jours après ces événements funestes, la France a recommandé à ses ressortissants de quitter le Mali dès que possible. En raison de la situation sécuritaire volatile. Tout ceci conforte l’ampleur des événements du 25 avril 2026 au Mali. Les acteurs mis en cause sont le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin). Ces deux mouvements armés n’ont d’ailleurs pas hésité à revendiquer leur implication dans les faits qui se sont déroulés. À coup de communiqués. Devant les faits, faut-il réduire le 25 avril 2026 au Mali à une offensive spectaculaire ? Que faut-il en déduire ? Et pour le Mali et pour les pays côtiers comme le Bénin et le Togo ?

Au-delà du 25 avril

Mise au point. Les événements du 25 avril dépassent le cadre d’une offensive spectaculaire. Sa portée est plus que symbolique. Le « terme “offensive” décrit le choc militaire », objecte Julien Hoffmann, analyste indépendant Sahel/Afrique de l’Ouest. Substantiellement, cet état de choses seul « ne suffit pas à comprendre » toute « la séquence », selon Julien. Si, pour Christian Abadioko Sambou, spécialiste du Sahel, « ces offensives marquent une nouvelle phase du conflit », son avis n’est pas partagé par tous. En effet, l’offensive en question « s’inscrit dans une continuité » des ambitions affichées du JNIM depuis septembre 2025 dans le sud-ouest du Mali. Plus loin, Gilles Yabi, de WATHI, assure : « les attaques des 25 et 26 avril ne constituent pas une rupture ». Elles s’insèrent plutôt « dans la continuité de la dégradation de la situation sécuritaire au Mali et dans l’ensemble des pays du Sahel ».

Du tout pour le tout. À y voir de près, le JNIM semble dérouler un projet en connaissance du terrain. Si, pour le général d’armée Assimi Goïta, le « plan funeste de l’ennemi a été déjoué », Anta Barry, chercheuse et écrivaine, croit que l’enjeu des offensives mérite qu’on y prête plus d’attention. C’est l’expression « d’une nouvelle étape d’une stratégie dont le degré de sophistication dépasse probablement les seules capacités du JNIM », confie celle qui publiait il y a neuf ans : Mali entre tourments et errements. Pour l’auteure, « le groupe mène une tactique d’éparpillement des attaques sur l’ensemble du territoire, du Nord au Sud, en visant notamment l’économie du pays ». Ceci s’explique notamment par la capacité d’infiltration avancée des éléments du JNIM, mais aussi par sa nouvelle ligne, qui consiste à porter un réel coup à la crédibilité des autorités militaires.

L’ennemi en commun

Le JNIM et le FLA ne partagent pas les mêmes aspirations idéologiques. Si les actions du JNIM s’alignent sur une perspective du jihad global à travers le Front islamique global, puis sur le tawhid et l’application de la charia, le FLA fait la différence. En réalité, pour Attaye Ag Mohamed, membre du FLA interviewé en juin 2025 pour Bénin Intelligent, « notre objectif, dit-il, c’est l’autodétermination du peuple de l’Azawad ». Au lendemain de ce qu’on pourrait désigner comme le « 11 septembre » bis du Mali, le discours n’a pas pour autant changé. En complément, Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA, affirme que « pour aller à la paix, pour trouver la stabilité dans l’Azawad, dans le Mali et au-delà dans le Sahel, il pense que la première des choses, c’est de faire partir cette junte ». Les revendications du FLA se muent donc davantage en objet politique.

La nouvelle ligne du JNIM n’est pas en reste. Le communiqué n° 008/BE/FLA/2026 du 25 avril confirme bien cet argumentaire. Selon le communiqué cité, « cette opération est menée en partenariat avec le JNIM, également engagé dans la défense des populations contre le régime militaire de Bamako ». Ce n’est pas tout. Le 30 avril, le JNIM a, dans un communiqué, appelé « toutes les composantes de la société malienne », partis politiques y compris, à s’unir à lui afin de « mettre fin, par tous les moyens légitimes, à la dictature » du régime militaire. Au-delà des aspirations personnelles, tous deux cherchent à peser dans les affaires politiques du pays. Notamment par la délégitimation et la décrédibilisation du régime en place. Outre ces considérations d’ordre politique, cette affiliation entre les deux groupes ne doit pas surprendre, surtout en recourant à des éléments socio-historiques des deux groupes.

Leçon pour le Bénin et Togo

Le JNIM s’affirme de plus en plus comme une force politique d’opposition militaire. Cela ne le dédouane pas de ses actions violentes menées depuis mars 2017. Le plus dur pour lui serait de passer du drapeau noir au drapeau blanc, comme ça a été le cas avec le HTS (Hay’at Tahrir al-Sham) en Syrie. D’ailleurs, pour ce qu’on a nommé par analogie le « 11 septembre » bis du Mali, il est constaté que le groupe s’est heurté à une résistance populaire dans les environs de Bamako. En résumé, l’objectif du JNIM aujourd’hui ne se limite plus à un jihad global. Dans cet ordre d’idées, « les pays côtiers doivent comprendre que les groupes armés actifs au Sahel ne sont plus seulement dans une logique de harcèlement localisé ou d’occupation périphérique », pense Gabriel Poda, directeur des études au sein du cabinet de conseil ISAO.

Ces groupes armés « développent désormais une capacité plus large à agir sur plusieurs registres : militaire, psychologique, économique, territorial et informationnel », poursuit et avertit Gabriel. Au nord du Mali, après la débâcle qu’a subie le GSPC en Algérie, puis, dans une certaine mesure, en Mauritanie, la région était considérée comme base de repli. En 2026, pour ce qui est devenu le JNIM plus tard, les pays côtiers doivent le prendre au sérieux. « Ils devraient tirer des enseignements en matière de coopération militaire et de politiques d’anticipation robustes », argue en effet Anta Barry. Au-delà de la capacitation en matière de renseignement, Gilles Yabi propose sur le sujet que les pays côtiers aient des priorités. Pour l’heure, ils doivent « s’assurer d’avoir, dans les mécanismes de prise de décision, des personnes qui connaissent la situation sécuritaire dans les pays du Sahel, qui étudient les groupes armés depuis des années (…) ».

Pragmatisme obligé

Face aux événements des 25 et 26 avril, ce miroir du « 11 septembre » bis du Mali interpelle plus d’un. En particulier des pays comme le Bénin et le Togo. Qui enregistrent depuis 2019 des actions cinétiques de la part du JNIM et d’autres groupes armés non étatiques. Sur ce qui se passe aujourd’hui dans les pays côtiers, le Prof. Bréma Ely Dicko résume qu’au « Mali, c’était le même modus operandi ». De ces dynamiques régionales, il y a à retenir qu’on doit dépasser l’analyse centrée sur le prisme sécuritaire. Autrement dit sur les pertes résultant des corps-à-corps ou ayant été favorisées par l’explosion d’engins explosifs improvisés. Parce que « le danger commence avant : dans les marges rurales, les conflits fonciers, les économies frontalières, les trafics, le sentiment d’abandon, les abus sécuritaires, (…). Le JNIM n’a pas besoin de conquérir partout ».

À toutes les lectures s’ajoute la coopération internationale, qu’elle soit régionale ou internationale. Encore que, dans la résolution des conflits de type terroriste, aucun État, aussi puissant soit-il, ne peut contenir seul le phénomène. Raison de plus d’être prudent sur le sujet. Au Mali, bien que la dégradation de la situation sécuritaire du pays soit réelle depuis une vingtaine d’années, qu’on le veuille ou non, l’implication d’acteurs externes a, d’une manière ou d’une autre, laissé son empreinte dans tout ce qui se passe aujourd’hui. D’ailleurs, l’implication d’acteurs étrangers comme la France a servi de prétexte pour beaucoup. Le cas du Niger en est une illustration. Dans le cas béninois et togolais, en matière de coopération, « le véritable enjeu reste la capacité de l’État à redevenir une autorité concrète et crédible dans les territoires disputés ». Aujourd’hui, dans la résolution des conflits à configuration terroriste, l’urgence n’est pas que capabilité militaro-sécuritaire.

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