À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, Dr Charles Dossou Ligan, président de l’Association des journalistes anti-tabac du Bénin (Ajat-Bénin), a livré sur Bénin TV une analyse sans détour de la consommation de tabac. Alors que l’Organisation mondiale de la santé alerte sur des millions de morts chaque année, il met en lumière un phénomène toujours alimenté par les stratégies marketing des industries et amplifié par les réseaux sociaux. Il évoque également la dépendance, les rechutes et les défis du sevrage.
Journaliste : L’Oms dit que chaque année, huit millions de personnes paient un lourd tribut au tabac. Et il y a cette formule qui dit : « Chaque cigarette fumée, c’est vingt minutes de vie en moins ». Est-ce une réalité aujourd’hui ?
Dr Charles Dossou Ligan : Merci beaucoup Osias. Je salue tous les téléspectateurs. Je vais commencer par dire que si c’est l’Oms qui le dit, c’est forcément une réalité scientifique. Parce que l’Oms travaille sur des données, sur des faits, à partir d’une méthodologie scientifique et de critères éprouvés pour parvenir à ces conclusions.
Quand on parle de tabagisme, beaucoup pensent uniquement à la fumée directe. Pourtant, ce que nous appelions autrefois la fumée secondaire, aujourd’hui davantage désignée comme fumée environnementale, est parfois encore plus dangereuse. Ceux qui fument n’ont pas toujours conscience du drame qu’ils causent autour d’eux.
Un père qui fume, une mère qui fume, ce sont les enfants qui en pâtissent. Un enseignant qui fume, ce sont ses étudiants, ses élèves qui en souffrent également. Finalement, c’est toute la société qui en paie les conséquences.
Le thème de cette année invite à décrypter les mécanismes qui attirent toujours les fumeurs malgré trente années de campagne « Fumer tue ». Qu’est-ce qui continue encore d’attirer les jeunes vers le tabac ?
Au départ, on pensait que la nicotine, qui est une substance fortement dépendogène, constituait l’élément principal du problème. Mais il ne s’agit pas uniquement de la nicotine. Les industries du tabac innovent constamment dans leur manière d’attirer les consommateurs et surtout de recruter davantage de jeunes pour renouveler les personnes déjà affaiblies par leurs produits.
Aujourd’hui, des arômes, des couleurs, des goûts et de nouvelles formes de cigarettes sont utilisés pour séduire les jeunes. À un moment donné, ce n’est plus seulement l’effet des substances qui maintient les consommateurs dans l’engrenage. Certains vont chercher des sensations plus fortes et se tournent ensuite vers d’autres substances plus dangereuses, notamment les drogues.
Les réseaux sociaux jouent-ils aussi un rôle dans cette situation ?
Oui, bien sûr. Aujourd’hui, les réseaux sociaux participent fortement au marketing autour du tabac. On est passé de l’image traditionnelle de la cigarette du cow-boy à de nouvelles stratégies beaucoup plus agressives. TikTok, Facebook et d’autres plateformes permettent de toucher rapidement les jeunes et de banaliser certains comportements liés au tabagisme.
Le cœur du problème semble être la rechute. Beaucoup de fumeurs disent vouloir arrêter mais rechutent quelques mois plus tard. Pourquoi ?
Il faut dire qu’il existe un ensemble de facteurs qui maintiennent les gens dans la dépendance au tabac. Il y a le stress, bien entendu. Beaucoup ont l’impression que fumer leur permet d’échapper momentanément à leurs difficultés. Mais il y a aussi des facteurs sociaux, des effets de mode, le désir d’appartenir à un groupe.
L’alcool joue également un rôle en renforçant parfois la consommation du tabac. Et puis, lorsque quelqu’un essaie d’arrêter mais reste dans un environnement où les autres continuent de fumer, le risque de rechute devient beaucoup plus important.
On parle aujourd’hui de nouvelles solutions comme le laser pour arrêter de fumer. Est-ce réellement efficace ?
Je pense que les médecins seraient mieux placés pour répondre précisément sur l’efficacité du laser. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que les industries du tabac ne font pas dans le social. Leur objectif est de gagner de l’argent, de recruter davantage de consommateurs et d’augmenter leurs profits.
Pour arrêter de fumer, il faut surtout un accompagnement psychologique et médical. Il faut soutenir les personnes concernées et continuer à les sensibiliser. Il y a quelques années, on parlait aussi de substituts nicotiniques comme certains chewing-gums vendus en pharmacie. Mais il faut également explorer des solutions locales et traditionnelles.
Dans nos traditions, certaines plantes, tiges ou cures-dents naturels sont utilisés pour aider à réduire l’envie de fumer. Ces pratiques mériteraient d’être étudiées scientifiquement.
Quel impact le tabagisme a-t-il sur la famille et la société ?
Lorsqu’une personne fume régulièrement, ses ressources financières diminuent progressivement. Elle consacre une partie importante de son argent au tabac au détriment parfois des besoins de la famille. À long terme, les conséquences touchent les enfants, les proches et tout l’environnement familial. Progressivement, c’est toute la famille qui souffre.
Votre dernier mot à l’endroit des fumeurs ?
Il n’est jamais trop tard pour arrêter de fumer. Ce n’est pas une fatalité. Arrêter le tabac, c’est possible, et cela permet de reprendre progressivement une vie normale.
