« Plus personne ne peut jouer ce rôle. Il est champion. » « Lui, il maîtrise son boulot. Point barre. » L’effusion d’admiration et de félicitations qui a accueilli sa nomination, que dis-je, son maintien au poste de porte-parole du (nouveau) gouvernement n’est pas une simple courtoisie. C’est la validation sociale d’une compétence éprouvée, scellée par dix ans de loyaux services, et d’un contrat républicain honorablement rempli avec le peuple.
Wilfried Léandre Houngbédji a porté pendant dix ans la parole institutionnelle. Au Bénin, terre du Vodun où la tradition orale reste sacrée, la parole engage, lie, trahit ou élève. Y être porte-parole de l’Exécutif relève presque d’un parcours du combattant, un abattoir d’où Wilfried Léandre Houngbédji est toujours revenu victorieux.
Ancien journaliste, chroniqueur judiciaire et auteur notamment de ”Liberté et devoir de vérité” (Anace presse, 2008, 284 p.), ”Scandales sous Yayi” (Muti Impressions, 2008, 294p.) et ”Ainsi parle Patrice Talon : Président de la République du Bénin (2016-2021)” paru aux Éditions ”L’Harmattan” à Paris 2021, Wi-Léandre comme l’appellent les plus proches, a traversé les écueils sans jamais sombrer, parce qu’il a compris l’essence même de son métier : être un passeur, pas un acteur.
« Être journaliste, être l’œil et l’oreille de la société, est fonction si noble qu’on ne devrait pas se permettre de jouer avec les consciences; surtout pas dans un pays sous-développé et majoritairement analphabète comme le nôtre, où la presse peut formater très facilement l’opinion »
Wilfried Léandre Houngbédji, in ”Liberté et devoir de vérité”
Chevalier rompu à la bataille discursive, il ne dit jamais trop, mais dit toujours juste. Dans une démocratie qui se cherche et se consolide progressivement, où les dissensions politiques et divers mécontentements sont légion, savoir parler ne suffit pas. Il faut, en plus, sagesse et précision.
Là où d’autres auraient cédé à l’ivresse du micro, Wilfried Léandre Houngbédji a cultivé une discipline ascétique. Chaque mot pesé, chaque silence calculé, chaque sortie organisée face à la boulimie informationnelle des populations.
L’excellence à un niveau exigeant
Entre interpellations, sollicitations locales et internationales, Wilfried Léandre Houngbédji a affronté des sujets les plus sensibles et difficiles sous Patrice Talon : la question des Aspirants au métier d’enseignant, attaques terroristes, relations tendues avec les pays de l’AES, l’opposition. Il n’a jamais esquivé, il a toujours réagi avec une aisance émouvante, inspirante. Il a ”affronté” médias et publics les mains nues : sans papiers, sans notes, sans tablette de secours. « Lors d’une de ses rencontres hebdomadaires avec la presse, il a cité des chiffres. Par précaution déontologique, j’ai tout vérifié. C’était exact », témoigne un confrère. Cela atteste de la grande culture intellectuelle de l’homme et sa mémoire minutieuse.
Avec lui, pas de questions tabous encore moins de questions qui fâchent. Il répond et assume. Parfois « en off », au besoin — chose très rare d’ailleurs.

Wilfried Léandre Houngbédji a montré que la communication gouvernementale n’est pas l’affaire d’amuseurs publics, mais de professionnels qui respectent l’intelligence des citoyens. Il n’a pas seulement porté des mots. Il a semé des paroles précieuses, qui ont germé dans les esprits, au point que le peuple a presque exigé qu’il reste au poste, alors que lui, au nom de la République, a toujours professé que seules les fonctions sont éternelles, pas leurs occupants.
Porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji a porté l’excellence à un niveau si exigeant qu’il serait âpre et embarrassant de lui trouver un successeur. Tant il a élevé cette charge en un art et transformé la parole gouvernementale en un équilibre subtil entre rigueur et élégance.
