Au troisième trimestre de l’année 2026, aucun rapport trimestriel des conseils de village n’a été comptabilisé pour l’arrondissement d’Ita-Djèbou, dans la commune de Sakété. Le constat figure dans les données présentées par la commune lors de la tournée statutaire du préfet du département du Plateau Délonix Djimèco Koglévi le mercredi 21 octobre. Il met en lumière les enjeux liés au fonctionnement des organes infra-communaux et à la remontée des besoins des populations vers l’administration communale.
Les chiffres arrêtés au 30 septembre 2026 font également état de différences dans la tenue des sessions des conseils d’arrondissement. Aguidi, Ita-Djèbou, Sakété 1, Sakété 2 et Yoko comptabilisaient chacun sept sessions sur les douze prévues, contre dix à Takon.
La transmission des rapports trimestriels varie aussi d’un arrondissement à l’autre. Aguidi a transmis 12 rapports sur 17 attendus, Sakété 1, quatorze sur dix-huit, Sakété 2 dix sur onze, Takon trois sur onze et Yoko dix sur onze. Pour Ita-Djèbou, aucun rapport n’est indiqué au troisième trimestre.
Le fonctionnement des conseils de village est encadré par le Code de l’administration territoriale. L’article 207 de la loi n° 2021-14 du 20 décembre 2021 dispose que « Le conseil de village ou de quartier de ville se réunit en session ordinaire une fois par trimestre, sur convocation du chef de village ou de quartier de ville. La durée de la session ne peut excéder une journée. Il peut se réunir en session extraordinaire dans les mêmes conditions. »
La transmission des décisions et avis issus de ces instances est également prévue par la loi. L’article 212 précise que, « Les décisions ainsi que les avis du conseil sont transcrits sur un registre et communiqués au chef d’arrondissement pour être débattus en conseil d’arrondissement. »Ces dispositions donnent aux conseils de village une fonction importante dans la gouvernance de proximité. Ils constituent un cadre permettant aux habitants d’exprimer leurs préoccupations et de faire remonter les difficultés rencontrées dans leur communauté.
Les rapports, un outil de défense des besoins locaux
Selon une source connaissant le fonctionnement des organes de gouvernance locale à Ita-Djèbou, qui a requis l’anonymat, les conseils de village permettent aux populations de signaler les problèmes auxquels elles sont confrontées. A titre illustratif précise-t-elle, les voies devenues impraticables, les marigots souillés et d’autres difficultés du quotidien. Ces préoccupations doivent être consignées dans les rapports avant d’être compilées au niveau de l’arrondissement.
« Cette compilation permet normalement au CA de défendre les intérêts de son arrondissement lors des conseils », explique notre interlocuteur. Les rapports fournissent ainsi au Chef d’arrondissement des éléments concrets pour présenter les besoins des villages auprès de l’administration communale.
Pour illustrer l’utilité de ces documents, notre source prend l’exemple d’une difficulté signalée dans sept des douze villages de l’arrondissement. La récurrence du problème peut contribuer à justifier le caractère prioritaire d’un projet. La compilation des rapports permet alors de documenter les besoins et d’étayer les demandes adressées à la mairie.
Un suivi à assurer avant la fin du trimestre
D’après les informations recueillies auprès de cette source, la transmission des rapports nécessite une vigilance régulière. Les chefs de village étaient relancés avant la fin du trimestre pour leur rappeler la nécessité de tenir les conseils et de transmettre les documents. Des démarches pouvaient également être entreprises auprès de certains responsables afin de faciliter le dépôt des rapports. Notre interlocuteur estime que le suivi ne doit pas se limiter au constat d’un retard une fois l’échéance passée. « Le CA aurait dû tirer la sonnette d’alarme », affirme-t-il, en insistant sur la nécessité d’anticiper les difficultés et de mobiliser les conseillers lorsque cela s’avère nécessaire.
Ce témoignage met en évidence l’importance du suivi administratif dans le fonctionnement des organes infra-communaux. Au-delà de la tenue des réunions, la régularité de la transmission des rapports contribue à rendre disponibles les informations nécessaires à la préparation des décisions communales.
Toutefois, l’absence de rapports comptabilisés ne signifie pas nécessairement que les conseils de village ne se sont pas réunis. Elle établit seulement qu’aucun document n’a été enregistré pour Ita-Djèbou dans les données du troisième trimestre. Les raisons précises de cette situation restent à déterminer.
Ita-Djèbou face à son bilan
Selon plusieurs témoignages, Ita-Djèbou a longtemps été présenté comme un exemple en matière de mobilisation et de fonctionnement local. Le préfet invitait parfois d’autres acteurs à s’inspirer de l’expérience de l’arrondissement.
Cette réputation trouve un écho dans les rapports des tournées statutaires consultés par Bénin Intelligent. Sous la précédente mandature dirigée par Noël Kouchimi, de mai 2020 à mars 2026, ces documents montrent qu’Ita-Djèbou figurait régulièrement en tête en matière de tenue des conseils de village et d’arrondissement. Ces performances avaient valu aux responsables de l’époque des félicitations de l’ancien préfet du département du Plateau, Valère Sètonnougbo. « La situation actuelle mérite donc une attention particulière afin qu’Ita-Djèbou retrouve sa place au sein du conseil communal », estime un citoyen de l’arrondissement.
Les données du troisième trimestre mettent néanmoins en évidence un enjeu de suivi administratif : assurer la tenue régulière des conseils de village, la transmission des rapports et la compilation des besoins exprimés par les populations. Contactée dans le cadre de cette enquête, la Cheffe d’arrondissement actuellement en fonction Cécile Gbanou a indiqué qu’elle reviendrait sur la situation. Ses explications permettront de compléter les informations disponibles sur les circonstances de cette absence de rapports et sur les dispositions éventuellement prises pour assurer le suivi des activités des organes infra-communaux.
Au-delà du cas d’Ita-Djèbou, l’enjeu est de garantir que les préoccupations exprimées dans les villages soient documentées et puissent alimenter les décisions de l’administration communale. La disponibilité de rapports réguliers constitue, à cet égard, un outil de suivi de l’action publique locale et de défense des besoins des populations.
