Il faut accepter l’évidence que le Tout militaire ne peut et ne saurait être la solution à la crise sécuritaire dans le Sahel. Les différents régimes même démocratiques avant la junte ont expérimenté la résolution de la crise par la force sans jamais y parvenir. Après plus de trois décennies de lutte armée couronnée par un bilan en dents de scie, une nouvelle approche religio-traditionnelle s’autorise pour une sortie de crise.
Par Namidja Touré
Il n’existe de conflit où les parties belligérantes ne se connaissent pas et ne sont pas en contact. Aussi, la tradition africaine voudrait que la recherche de l’intérêt collectif par la résolution des conflits dans la société soit placée au sommet de la hiérarchie des valeurs sociales. En résumé, maintenir la cohésion sociale est donc une exigence. La voie des armes ayant échoué, il nous faut expérimenter la voix du dialogue pour la stabilité de la région. Les effets de la crise depuis trois décennies sont suffocants pour les populations. La région du Sahel concentre, pour la troisième année de suite, près de la moitié des décès liés au terrorisme islamique dans le monde en 2025, selon le dernier rapport de Sahel Crisis.
En 2024, plus de la moitié des 7 555 décès attribués au terrorisme islamique dans le monde avaient été enregistrés au Sahel. Selon le Haut-commissariat des nations unies pour les réfugiés, environ quatre millions de personnes sont actuellement déplacées au Sahel. Il faut mettre un terme à la souffrance des populations. Cette trêve trouve sa source à la fois dans la tradition africaine et la loi islamique (charia).
L’arrêt des hostilités
La trêve ou cessez le feu est un principe islamique. Le prophète Mahomet a, lors des conflits négocié une trêve et une conciliation avec les tribus hébraïques de la péninsule arabique et avec les Quraychites. Ainsi, par cette attitude, il démontrait que le dialogue et la conciliation sont nécessaires et particulièrement lorsque l’intérêt commun des musulmans était en jeu. Accepter une cessation des combats est le début du dialogue.
Lire aussi : Julien Hoffmann : « Le 25 avril ne montre pas seulement un JNIM qui change de dimension »
La Réconciliation par la méthode religio-traditionnelle
Selon un adage arabe la conciliation est le meilleur des jugements. La conciliation ou la Sulh a pris tout son sens avec l’islam qui l’a sanctifiée en faisant une obligation comme le souligne Djalil Lounnas. La conciliation trouve donc sa source dans le coran et dans l’enseignement prophétique de Mohamed. La plus grande peur du croyant étant la « Fitna », la division-la discorde au sein de la communauté. C’est pourquoi il est formellement interdit à un musulman de verser le sang de son frère musulman. L’objectif de l’étape de conciliation comme l’a expliqué Djalil Lounnas est d’obtenir une déradicalisation comportementale et une déradicalisation idéologique. La première vise à désarmer et à démobiliser les combattants puis la seconde à les affranchir de la croyance que la tuerie est légitime. Cette étape devrait aboutir à celle de la réconciliation qui est une exigence islamique à la fois traditionnelle.
Le choix des conciliateurs
On pourrait s’appuyer sur les us et coutumes africains. Les alliances ethniques ou les parentés existent entre les peuples. Elles constituent des socles sociologique et anthropologique de la cohésion des sociétés africaines. Ces alliances et parentés prescrivent des principes de respect et d’obéissance inviolables, leur conférant un caractère sacré. Parfois millénaires, ces principes se perpétuent. Des personnes désignées au sein des diverses communautés et reconnues pour leurs qualités morales pourraient endosser le rôle de conciliateur. En définitive, la résolution de la crise sécuritaire par la voix du dialogue s’impose comme une évidence. Par le passé, des pistes de solutions par le dialogue avaient permis de ramener la paix dans ces zones. C’est d’ailleurs la seule voix crédible. Le Tout militaire ayant atteint ses limites.
Namidja Touré
Spécialiste des questions de défense et de sécurité
Essayiste
LIRE AUSSI :
