Home Actualité Représentation diplomatique : Debout et souveraine, Haïti rouvre sa voix à Cotonou

Représentation diplomatique : Debout et souveraine, Haïti rouvre sa voix à Cotonou

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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L’ambassade d’Haïti au Bénin a rouvert officiellement ses portes, lundi 18 mai dernier, un jour déjà doublement symbolique consacré à la fête du drapeau national haïtien et de l’université. Dominique Brutus, la chargée d’affaires de l’ambassade y voit « la réouverture d’une conversation que les siècles avaient éloignée sans jamais réussir à la faire disparaître complètement. »

Au bord d’une des nombreuses rues du quartier huppé de la Haie-Vive, à Cotonou, la représentation diplomatique haïtienne trône dans toute la majesté requise. Le drapeau bicolore surplombe la clôture peinte en blanc et flotte légèrement au vent. Sur la façade externe, une inscription en grands caractères bleus : « Ambassade de la République d’Haïti au Bénin ».

Ce lundi 18 mai, le tapis rouge déroulé, le ballet des véhicules à immatriculation diplomatique, la décoration fraîche et le long filet des invités ne laissent aucun doute sur la solennité du moment. Fonctionnelle depuis 2025, l’ambassade d’Haïti rouvre ainsi ses portes après huit années de silence. Huit ans de fermeture, pour diverses raisons.

La cérémonie vaut la présence du corps diplomatique accrédité – France, Cuba, États-Unis, Japon, Royaume du Maroc, Union européenne, Fédération de Russie, Onu, Nonciature apostolique – ainsi que de la chefferie traditionnelle, d’élus locaux, de la communauté haïtienne du Bénin, et de nombreux partenaires et amis de l’ambassade.

« Nous nous retrouvons », lance d’emblée Dominique Brutus, ministre conseiller et chargée d’affaires d’Haïti. Avant d’ajouter, dans un silence recueilli :

« Pendant des siècles, des femmes, des hommes et des enfants ont quitté cette terre sans retour possible. […] Et pourtant, quelque chose a survécu. Les rythmes ont survécu. Les spiritualités ont survécu. » Puis, la voix plus ferme : « Aujourd’hui, l’une des plus anciennes Républiques noires du monde revient vers l’Afrique non dans les chaînes, non dans le silence, mais debout, souveraine et porteuse d’une parole. »

Dominique Brutus, chargée d’affaires de l’ambassade

« Les Haïtiens sont des Béninois et les Béninois sont des Haïtiens »

Pour elle, cette réouverture dépasse l’acte administratif. « C’est la réouverture d’une conversation que les siècles avaient éloignée. » Elle appelle, ensuite, à une coopération qui ne se limite pas à la mémoire, mais qui embrasse la souveraineté numérique et technologique. « Une nation qui ne maîtrise ni ses savoirs, ni ses archives, ni ses technologies risque de dépendre des autres jusque dans sa propre représentation d’elle-même. »

Dans les allocutions, une constante a retenu les attentions, celle des relations indélébiles entre le Bénin et Haïti. Ce que traduit cette punchline « Les Haïtiens sont des Béninois et les Béninois sont des Haïtiens », de Sa Majesté Guidimadjèdjè, Roi de Porto-Novo.

Marius Loko, directeur général des relations extérieures du Bénin, qui a représenté le chef de la diplomatie béninoise, a procédé à la coupure du ruban. La réouverture de cette ambassade constitue, assure-t-il, « un acte diplomatique fort ». Car, dit-il, « le Bénin, terre de mémoire et espace de résonance historique des diasporas africaines » entretient avec Haïti « un lien humain et civilisationnel ». Et d’affirmer la solidarité du Bénin face aux défis haïtiens, malgré une « résilience remarquable ».

Dans une formule presque incantatoire, Dominique Brutus formule, enfin, des perspectives pour une coopération fructueuse entre les deux pays. « Que cet océan qui transporta jadis la déportation transporte désormais la connaissance, la culture, la jeunesse et la dignité retrouvée de nos peuples. […] Nos ancêtres ont quitté l’Afrique sans sépulture. Que nos enfants y reviennent désormais avec des livres, des projets, des œuvres et des rêves. », a-t-elle souhaité.

Haïti dialogue avec la jeunesse béninoise

La célébration de la réouverture de l’ambassade d’Haïti, s’est poursuivie à l’Université d’Abomey-Calavi autour d’une conférence sur le sujet : « Haïti, mémoires de résistances et imaginaires contemporains ». Devant un parterre d’étudiants venus nombreux, les panélistes ont planché sur ce qui relie Haïti au Bénin au-delà de la diplomatie : l’histoire, la mémoire, les luttes communes, et les imaginaires à inventer.

Le premier panel intitulé « Héritages des luttes, mémoires et résistances entre Haïti et l’Afrique », a réuni le Pr Dieudonné Gnammankou et le Pr Raymond Assogba, boologue et socio-anthropologue. Sous la modération du pédagogue du Fa, Gratien Ahouanmènou, les échanges ont rappelé que la révolution haïtienne n’est pas seulement un événement caribéen : elle est une cicatrice et une fierté partagées par toute l’Afrique.

Le second panel, modéré par le chercheur Toussaint Ahomagnon, a ouvert une fenêtre sur l’avenir : « Rôle des universités, des savoirs et de la diplomatie culturelle dans le renforcement des relations entre Haïti, le Bénin et les diasporas afrodescendantes ».

Les discussions ont insisté sur un point crucial : la coopération Sud-Sud ne peut se limiter aux discours officiels. Elle doit passer par des échanges universitaires concrets, des programmes de recherche communs, et une transmission vivante des savoirs historiques.

Le drapeau, incarnation de la lutte contre l’esclavage

Dans son allocution à l’occasion, Suzanne Delaunay, prêtresse du Vodun Haïtien et membre du Comité des rites Vodun du Bénin, a décliné la symbolique du drapeau haïtien ainsi que les différents péripéties qu’il a traversées.

« Ce drapeau né de l’aspiration à la LIBERTE et à la souveraineté est plus qu’un simple étendard, c’est l’incarnation de la lutte acharnée contre l’esclavage ; la victoire sur les colonisateurs, l’unité d’une nation. C’est un symbole de rejet de la division et l’affirmation d’une identité haïtienne unifiée et indépendante. En 1803 lorsque Catherine Flon recoud ce drapeau avec la devise LIBERTE OU LA MORT » c’est un acte mystique profond, c’est une réparation, c’est l’affirmation de l’espoir, de la résilience, de fierté, de la détermination pour un avenir meilleur. C’est un acte de définition nationale. », a-t-elle souligné.

Suzanne Delaunay, prêtresse du Vodun haïtien

Dans le cadre de cette réouverture, les murs et les allées de l’ambassade d’Haïti se muent en galerie à ciel ouvert. Plusieurs artistes, dont Dominique Zinkpè, connu pour ses œuvres sur les « ibeji » ou jumeau, y installent des œuvres qui chantent la fierté et la reconquête identitaires.

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