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Communication politique

Okobé Kevin Anvo, politologue : « La communication politique est un euphémisme de la ‘’propagande politique’’»

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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De ce qu’il convient d’appeler communication politique, il faut retenir qu’elle est le miroir de la gestion qu’entrevoit son acteur des affaires publiques. Toutefois, bien que la révolution numérique ait embrassé tous les secteurs d’activité, « les médias classiques » « conservent » tant bien que mal « leur place de choix » confie le politologue, analyste politique et Spin-doctor, Okobé Kevin Anvo. Dans cet entretien, il développe l’importance de la communication politique, son empreinte sur l’engagement citoyen.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN

Bénin Intelligent : Quelle est votre définition de la communication politique ?

Okobé Kevin Anvo : De façon plus académique, on peut appréhender la communication politique comme étant une sous discipline de la science politique qui a trait à l’ensemble des techniques, stratégies et stratagèmes déployés par le politique ou tout autre acteur pour influencer l’orientation des affaires publiques.

De façon plus simpliste pour le citoyen lambda, je dirai que c’est l’art de se faire dans la gestion des affaires publiques d’une part (collecter des opinions, sonder les esprits, recueillir les attentes citoyennes, etc.) et d’autre part, de se faire entendre (imposer sa vision des choses aux autres, exprimer ses idées de sorte à les faire partager par une majorité, faire accepter à tous ses positions, etc.). C’est d’ailleurs pourquoi j’ironise souvent à dire que la communication politique est un euphémisme de la « propagande politique ». Une façon bien sûr plus élégante de dire la chose et lui donner des apparats d’ange.

Quel est l’objectif principal que vise une communication politique ?

Il est inutile de se faire des illusions sur les intentions d’un tel instrument politique. La manœuvre ne répond qu’à un but ultime : la quête de légitimité à tout point de vue, et donc une position de crédibilité vis-à-vis de l’opinion publique. Et cela touche tous les différents secteurs de la gouvernance publique.

Par ailleurs, dans une volonté d’interroger son utilité dans nos sociétés actuelles qui sont pour la plupart des démocraties multipartites, on pourrait dire que la communication politique a tendance à être utilisée en période électorale pour assurer une mobilisation satisfaisante de l’électorat en vue du plébiscite de son ou ses auteurs.

En période de non-élection, elle a vocation d’aider la personne qu’elle sert soit à favoriser le soutien de l’opinion publique lors de l’exercice d’un mandat (généralement pour ceux qui sont aux affaires), soit à affaiblir l’action gouvernementale ou décrédibiliser une action politique (généralement pour ceux qui sont dans l’opposition). Je pourrai enfin ajouter qu’à une échelle plus réduite, elle répond à des objectifs spécifiques définis intentionnellement par ses auteurs.

À quel pourcentage pensez-vous que la communication politique peut influencer une élection ?

C’est la question à 1 million d’euros (sourire) ! C’est difficile de vous donner sur le coup des statistiques ou données chiffrées sur cette question, sans une étude sérieuse derrière. Je puis cependant vous dire que la communication politique est comme l’ombre du pouvoir ; on ne saurait y parvenir ou s’y maintenir sans elle, il y a un lien consubstantiel entre les deux sphères.

Il va sans dire donc que la communication politique a un rôle fondamental dans un processus électoral et c’est l’outil clé, si ce n’est l’instrument politique indispensable, par lequel l’homme politique fait partager sa vision de la société tout en séduisant les électeurs pour son compte. En un mot, avec la communication politique, l’acteur joint l’utile à l’agréable.

Comment les médias peuvent-ils aider ou entraver l’efficacité d’une communication politique ?

Qui parle de communication de grandes envergures, parle sui generis de médias. D’ailleurs, les médias occupent une place centrale dans la communication politique ; ce sont les maillons qui enclenchent la mécanicité de la chaîne. Il est vrai qu’il existe plusieurs vecteurs de transmission de « l’information » dans une stratégie de communication politique.

Mais la ressource primaire de tout média est aussi l’information. Dans cette dynamique, les médias servent principalement de relais de transmission, de canal de communication dans cette stratégie. Les médias donnent donc de l’audience et de la consistance aux messages délivrés dans une communication politique. Le communicant politique puise de la crédibilité des médias pour renforcer la sienne. Alors, les médias peuvent aider en soutenant la ligne éditrice de la communication politique concernée ou entraver l’efficacité de cette communication en la déconstruisant.

Il n’y a pas de démocratie multipartite et moderne sans journalistes. Le journalisme offre une pleine émulation de la démocratie. Les journalistes se doivent donc, attachés à leur déontologie du métier, de ne pas se laisser instrumentaliser par le communicant politique et relayer non pas le message mais l’information (comprendra qui voudra) pour le plein bénéfice du citoyen-lecteur ou auditeur.

Ainsi, en prenant en compte le fait que dans toute société démocratique les médias ont un devoir, presqu’œcuménique, d’éducation et d’information à l’égard des citoyens, il revient aux médias fort de la déontologie du métier de ne pas se contenter de transmettre des messages mais de véhiculer l’information. En d’autres termes, cela veut dire que le communicant politique peut être mû d’une volonté d’instrumentalisation de l’opinion publique à son avantage et à cette fin, il peut falsifier les faits ou les embellir pour leur donner une autre teinte. Dans de telles circonstances, il revient aux médias d’établir les faits, rétablir la vérité pour permettre à l’électeur/citoyen d’être bien informé. Tout ceci a pour objectif d’inciter ce dernier à prendre une décision délibérée, consciente et responsable pour le bénéfice de la Cité.

Pensez-vous qu’il existe un minimum d’éthique et de respect des principes démocratiques dans la communication politique ?

Bien sûr et cela l’est encore plus évident depuis le traumatisme politique vécu par l’humanité par les effets néfastes de son ancêtre qu’est la propagande politique. Je vous fais l’économie de la liste de ses effets qui sont bien connus de tous et inscrits dans nos livres d’histoire avec ces régimes totalitaires qui ont laissé des pages sombres et cyniques dans le passé de notre humanité.

Alors oui, il y a un minimum d’éthique et de respect des normes sur lesquelles nos sociétés démocratiques modernes se sont forgées. Même s’il faut reconnaître que la posture de réalisme politique et la démarche machiavélienne inspirent la plupart des acteurs à puiser çà et là pour atteindre leurs objectifs (la fin justifiant les moyens). Il en est pas moins que de plus en plus de politiques se font la pudeur de ne pas user de rhétorique politique à relent génocidaire dans ce jeu d’adversité des idées et de rivalité pour l’exercice du pouvoir politique. C’est un exemple parmi tant d’autres qui illustre le fait que je sois convaincu que cette communication politique contemporaine est encadrée et a des valeurs humaines.

Quels rôles peuvent jouer les réseaux sociaux dans la communication politique moderne ?

L’avènement des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic) a complètement chamboulé le milieu de la communication politique notamment avec l’utilisation galvaudée des réseaux sociaux. C’est un champ assez vaste comme canal de communication qui ne limite pas assez les risques de nuisibilité d’un quelconque message politique, contrairement aux médias traditionnels beaucoup plus bien encadrés.

Pour ma part, ils restent un vecteur à double tranchant avec lequel on doit être prudent à l’usage.  Malheureusement, c’est un outil qui est de plus en plus prisé par les hommes politiques au détriment des médias classiques même si ceux-ci conservent encore toujours leur place de choix. Ils sont justement prisés parce qu’ils offrent de façon inédite une proximité des plus pareilles avec le citoyen, une relation directe d’antan adulée  par le politique. Cela lui permet de toucher en plein en cœur sa cible sans filtre et d’atteindre plus rapidement ses objectifs de communication.

Mais comme signifié plus haut, cela peut servir des intérêts nobles ou des intentions malsaines. Au demeurant, vous observerez avec moi que la plupart de nos partis politiques sont présents sur les réseaux sociaux pour les communications officielles et formelles et ont par la même occasion des cybers-activistes qui travaillent à leur charge pour nourrir la désinformation ou nuire à la crédibilité d’un adversaire politique, parfois par des moyens de bassesses.

Bref, il faut que nous sachions tous en faire un bon usage ; celui devant servir l’intérêt général et de la manière la plus saine possible.

Pourquoi la communication politique est-elle importante dans l’engagement citoyen et dans la participation électorale ?

Tout d’abord, elle est importante pour toutes les raisons évoquées depuis le début de cet entretien. Ensuite, il faut comprendre que l’engagement citoyen n’est rien d’autre que le fait d’un citoyen de se mettre, de façon bénévole et/ou volontaire, au service de sa communauté, de sa société, de son pays ou de son État.

L’objectif de cet engagement est donc aussi l’intérêt général, lequel intérêt général est construit, entretenu et satisfait par la gestion des affaires publiques. Or, nous avons déjà dit que la communication politique n’a d’autres finalités que d’influencer l’orientation des affaires publiques. Il appartient donc au citoyen de se faire entendre dans cette sphère des affaires publiques en relevant les priorités, en mettant au centre du débat public les vrais problèmes de la société, en influençant les politiques publiques.

Pour ce faire, les citoyens doivent user des méthodes et stratagèmes de la communication pour se donner de l’aura et de l’efficacité, encore plus en période électorale où l’ouïe des décideurs politiques est plus développée et plus docile que le reste de leurs autres sens.

Comment les journalistes peuvent-ils couvrir une communication politique afin d’offrir aux citoyens une vue d’ensemble des candidats et de leurs objectifs ?

Je l’ai dit en tout début. Les médias doivent s’en tenir à leur rôle sacerdotal d’éducation, d’information et plus loin, moins intéressant pour nous dans ce cas de figure, de divertissement. C’est à cela que doivent s’en tenir les journalistes, notamment sur les deux premiers. Il n’y a pas de démocratie multipartite et moderne sans journalistes. Le journalisme offre une pleine émulation de la démocratie. Les journalistes se doivent donc, attachés à leur déontologie du métier, de ne pas se laisser instrumentaliser par le communicant politique et relayer non pas le message mais l’information (comprendra qui voudra) pour le plein bénéfice du citoyen-lecteur ou auditeur.

Dernière chose pour ma part, il n’appartient pas aux journalistes de faire un tri de l’information. L’information – aussi diversifiée soit-elle, aussi colorée soit-elle – doit être délivrée au citoyen avec toutes les grilles de lecture nécessaire pour en faciliter sa compréhension ; quitte à celui-ci (le citoyen) d’opérer un choix responsable en toute connaissance de causes et d’effets.

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