Home Actualité Patrice Talon : « Chacun sera libre de tisser ou d’établir avec ces reliques…le lien qu’il lui plaira d’établir »

Patrice Talon : « Chacun sera libre de tisser ou d’établir avec ces reliques…le lien qu’il lui plaira d’établir »

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Dans son speech improvisé, mercredi 10 novembre 2021 lors de la cérémonie d’accueil des 26 œuvres restituée par la France, Patrice Talon a exprimé sa joie et décliné le sens qu’elles doivent revêtir pour la république. Pour lui, ces œuvres appartiennent désormais à toute la république laïque. Il refuse alors de leur attribuer une spiritualité ou sacralité. Quelques-unes de ses phrases fortes.

« Je n’avais guère l’assurance que cette revendication aboutirait un jour encore moins de mon vivant.

La nation béninoise est désormais la synthèse harmonieuse de ce que nous avons été, de ce que nous avons pu être, de ce qui nous a générés, de la diversité qui nous a générés. C’est pour cela que notre passé aussi diversifié soit-il, constitue notre patrimoine historique commun désormais. Le Bénin est grand par son histoire, y compris les aspects les plus difficiles. Le Bénin est riche de son identité diverse ; elles sont multiples (…)

J’ai entendu les intellectuels dire sur un média étranger des choses qui relèvent soit de l’ignorance soit de la médisance. Ils reprochent aux autorités françaises d’avoir restitué que des œuvres d’une région du Bénin. C’est vrai, le souhait aurait été que la restitution fut plus totale, plus générale, plus complète. J’ai failli le reprocher un peu au président français hier, mais avec la courtoisie du peuple béninois, j’avais l’obligation de témoigner au président français ma retenue. Parce que j’aurais voulu lui dire : « M. le président, si vous nous avions associé au processus de restitution, au choix des œuvres qui seront restituées dans un premier temps -nous vous concédons que la restitution se passe en plusieurs étapes parce qu’il fallait rompre le mythe du tabou de la restitution- si nous nous avions été associé nous aurions composé le lot autrement ». Mais pour autant nous n’allons pas bouder notre plaisir, notre bonheur, notre satisfaction. Que ce soit une pièce du royaume de Kouandé ou de Nikki, ou de Porto-Novo, que ce soit deux pièces d’un autre royaume du Bénin jadis, elles demeurent notre patrimoine commun. Et c’est pour cela que je m’efforce malgré l’émotion d’exprimer pas à nous béninois, mais à ceux qui ont exprimé ces réserves-là, j’essaie de leur dire soit ils ignorent l’histoire de l’humanité soit ils ont choisi de médire simplement.
Les 26 œuvres vont séjourner ici pour ne pas subir un choc thermique. Elles seront accessibles à tout le monde à la salle des fêtes, la salle du Peuple.

Au-delà de leur beauté artistique, elles sont le témoin de notre grandeur, de ce que nous avons été. Nous n’avons pas commencé à exister à partir de 1892. Chacun, les visitant, peut échanger avec ces œuvres des sentiments profonds qui l’animent. J’ai entendu dire que les œuvres seraient chargées, que les œuvres auraient été désactivées quand elles sont parties hors du territoire, qu’à leur retour elles sont automatiquement activées ou doivent être réactivées. J’ai entendu des gens dire qu’il faut des rituels, des libations pour leur accueil, leur retour. Chacun a exprimé son attachement, sa spiritualité, sa façon de voir les choses, comment il conçoit le sacré que constituent ces œuvres ou la relation qu’il faut tisser avec elles. Chacun sera libre de tisser ou d’établir avec ces reliques de notre sacré passé, des royaumes que nous avons été, chacun sera donc libre d’établir avec ces reliques le lien qu’il lui plaira d’établir. Mais dans notre identité commune, républicaine, laïque ces œuvres ne revêtent pour la république aucun caractère religieux ni spirituel. Si on peut leur conférer une spiritualité neutre alors elle est républicaine. Mais si c’est une spiritualité particulière liée à un courant spirituel alors la république la respecte mais ne la porterait pas. Les œuvres, que ce soit ici ou demain à Ouidah ou après-demain au musée de l’épopée des amazones et des rois d’Abomey, ces musées seront des espaces de la république. Et à ce titre, ces œuvres sont dépourvues de toute considération religieuse. Chacun est libre d’établir avec celles-ci le lien qu’il lui plaira d’établir. Ce qui nous rassemble est immense. Nous avons une âme si grande, qui va de Malanville à Karimama¸qui va de Segbana à Djougou, Bantè, Savalou, Agonli, Abomey, Allada, Grand-Popo, Agoué jusqu’à Sanvi Codji, à Kétou, Pobè, Adja-Ouèrè, Ifangni, Adja, Porto-Novo. Toutes les contrées du Bénin, que notre âme est d’envergure aussi grande. Donc aussi variée à l’image du corps humain. »

Propos transcris par Sêmèvo B. AGBON

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