Home Actualité Abandon de bébés dans les bas-fonds ou au seuil des églises : « C’est en désespoir de cause que les femmes cherchent à se libérer » (Urlermine Lodonou, psychologue clinicienne)

Abandon de bébés dans les bas-fonds ou au seuil des églises : « C’est en désespoir de cause que les femmes cherchent à se libérer » (Urlermine Lodonou, psychologue clinicienne)

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
0 Commentaire

Des bébés jetés dans un bas-fond et sauvés de justesse par les populations. D’autres abandonnés dans des coins de la rue ou au seuil d’une église. Dans un passé récent, l’actualité nous a offert tant de ces scènes intrigantes. Que se passe-t-il dans la tête des femmes qui cherchent ainsi à se débarrasser, par des méthodes élégantes ou inhumaines, des fruits de leurs propres entrailles ? Dans une démarche d’explication, la psychologue clinicienne, Urlermine Lodonou détaille les « situations qui entachent l’amour maternel » et préconise en guise de thérapie l’accompagnement des femmes blessées.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Int. : Comment comprendre ces actes de plus en plus enregistrés dans notre société ?

Urlermine Lodonou : Les causes possibles, il y en a de plusieurs ordres. Nous allons les dénoncer sans forcément être précis parce qu’il faut surtout écouter les auteures pour savoir ce qui fait réellement difficulté à leur niveau.

Ceci dit il faut déjà voir les grossesses hors mariage. Une femme mariée tombe enceinte et se rend compte que la grossesse n’est pas de son mari. A l’accouchement elle va chercher à se débarrasser de l’enfant et prétendre qu’il est mort en couche. Dans le cas des jeunes, le multi-partenariat sexuel joue. La jeune fille n’arrive pas à identifier le père de la grossesse ou celui à qui elle l’attribue la rejette parce qu’elle-même n’est pas sûre. Encore qu’on la voit avec plusieurs hommes, celui à qui elle impute la paternité va refuser. Il faut aussi questionner le jeune âge des parents. Des raisons psychologiques peuvent aussi expliquer ces comportements. Les difficultés à subvenir aux besoins de l’enfant qui va naître : des causes pécuniaires. Cette femme-là qui se retrouve seule face à la grossesse et qui n’a pas les moyens de l’élever. Il peut s’agir aussi des raisons de santé. Il a été découvert peut-être une maladie au cours de la grossesse. Alors la mère se dit qu’elle ne peut pas prendre en charge cet enfant à cause de cette maladie et qu’elle lui offrirait un avenir radieux en l’abandonnant. Par ailleurs, le fruit d’une grossesse issue d’un viol peut se voir infliger un tel sort. La femme ne s’en est pas rendue compte un peu plus tôt et il y a eu plus tard des difficultés pour avorter. Quand l’enfant va naître elle l’abandonnera pour laisser l’opportunité à une autre personne de l’éduquer. Il peut arriver que l’enfant soit né d’une relation incestueuse entre frère/sœur ou ascendant ou d’une grossesse non désirée mais la représentation religieuse empêche d’attenter à la vie de l’enfant. Ce sont des réponses exhaustives mais il faut écouter ces femmes cas par cas pour connaître les raisons spécifiques pour lesquelles elles agissent ainsi.

L’amour maternel a-t-elle des limites pour se muer en haine ?

L’amour maternel n’a pas de limite et ne saurait se transformer en haine. Mais quand la grossesse est issue d’un viol, il faut avoir un mental assez fort pour pouvoir garder et éduquer cet enfant. Puisque cet enfant issu du viol vous rappelle le déshonneur que vous avez subi. Imaginez une femme qui a été violée par plusieurs brigands. Ce sont des situations qui entachent l’amour maternel. Ce qui va convaincre la femme de se débarrasser de cet enfant. Donc l’amour maternel n’a pas de limites. Mais il y a des femmes qui sont contraintes d’aller à ces extrêmes, non pas qu’elles n’aiment pas leurs enfants. Il y en a qui, des années après avoir abandonné l’enfant à un endroit précis, reviennent à sa recherche. Juste qu’à un moment T elles ont été contraintes de l’abandonner.

Peut-on aussi lier ces faits à une paternité irresponsable ?

Bien sûr. L’irresponsabilité c’est déjà de refuser la grossesse quand on sait très bien qu’on en est l’auteur mais on se rétracte craignant par exemple la réaction des parents, les mésententes ethniques, les préjugés ou les charges qu’elle implique. C’est insupportable pour la jeune fille dont les moyens sont limités. Ou souvent la grossesse n’est pas planifiée. On joue aux amoureux en allant à une relation sexuelle sans protection et on se retrouve enceinte dos au mur. Peut-être que les parents de la fille lui ont tourné le dos et lui intime l’ordre de regagner le domicile de l’auteur. Elle a donc le dos au mur. Cela peut amener aux extrêmes.

Donc une irresponsabilité paternelle peut bien aboutir à ce résultat. Ensemble le couple essaie d’élaborer et de se projeter dans le futur pour pouvoir prendre en charge l’enfant. Mais quand on va se retrouver seul du fait d’une fuite de paternité de la part du jeune homme, on peut basculer dans cet extrême. Ce sont des opinions que j’émet de façon globale.

Est-ce que malgré les causes sérieuses et déplorables que vous avez détaillées, la femme ne devrait-elle pas prendre courage, faire parler son cœur et prendre soin de sa progéniture pour laquelle elle a souffert pendant des mois ? Nous voyons quand même des mères qui jurent mourir ou souffrir avec leurs enfants.

Il y a aussi l’environnement qui joue un grand rôle. Une femme qui porte une grossesse dont elle n’a pas identifié l’auteur ou celui qu’elle a identifié l’a rejetée. Quand les femmes se retrouvent dans ces situations, la morale ou le courage ne compte vraiment pas. Parce qu’elles sont déboussolées. Il y a plusieurs situations qui traversent les esprits. Et malheureusement elles ne se confient pas à des spécialistes pour les orienter. Un psychologue ou assistant social. La première idée qui vient en tête c’est de se débarrasser de la grossesse ou abandonner l’enfant, pas forcément qu’il meurt. Certaines vont déposer l’enfant sur le seuil d’une maison, sonner pour qu’une personne vienne voir l’enfant. Celle qui agit ainsi montre bien qu’elle a encore de l’amour maternel et voudrait d’un bien-être pour son enfant. Une personne qui veut se débarrasser vraiment ne ferait pas tout ce cinéma.

Notre société a sa part de responsabilité. Nous ne voulons pas qu’on nous traite de tous les noms. On renvoie une femme de la maison. Elle cherche du boulot mais on lui oppose qu’on ne peut pas la prendre avec un enfant sous les bras, or elle n’a personne à qui confier le bout de chou. Ça amène à aller à l’extrême. Ce n’est pas toujours qu’elle le veuille. Ce sont les situations qui y amènent. Si à beaucoup de portes on me dit que la seule chance de travailler c’est de ne pas trainer avec un enfant alors que déjà, on ne veut plus de moi chez moi. Toutes les tentatives pour retrouver une place chez les parents sont vaines. Ces femmes sont obligées de commettre des actes pareils. C’est en désespoir de cause qu’elles cherchent à se libérer pour faire d’autre enfants plus tard. Je ne dis pas que toutes les femmes agissent sur ce coup, mais certaines le font pour ça.

Alors, vous exhortez les femmes dans ces situations à se faire accompagner des spécialistes (psychologues, assistants sociaux).

Il faut faire la part des choses. Ce n’est pas que le psychologue va les accompagner financièrement. Mais leur remonter le moral, les écouter, les aider à verbaliser ce qui est souffrance. Les assistants sociaux vont aborder un autre pan de la situation avec elles. Chaque spécialiste a un rôle à jouer. Avec un accompagnement psychologique, la victime peut mieux se projeter dans l’avenir et ne verra plus sa situation comme une fatalité.

Merci

Lire aussi

Laisser un commentaire

A propos de nous

Bénin Intelligent, média au service d’une Afrique unie et rayonnante. Nous mettons la lumière sur les succès, défis et opportunités du continent.

À la une

Les plus lus

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour être notifié de nos nouveaux articles. Restons informés!