Comme à son habitude depuis 2016, l’Association des dignitaires du Fâ et des tradi-thérapeutes (Adfat) organisera cette année encore, la consultation publique du Fâ (Tofâ 2020) au niveau du département de l’Atlantique. Suivant le déplacement lunaire, la cinquième édition est fixée au samedi 28 décembre prochain à la Place Toussaint Louverture d’Allada. En prélude, Dah Glèlè Milonon II, président de l’Adfat décrypte la portée socio-anthropologique du Fâ.
Propos recueillis par Barnabé KINTOHOU
Bénin Int : Quelle est l’importance du Fâ ?
Dah Glèlè Milonon II : Le Fâ, comme vous l’entendez, en Fon on dit Fâ, en Minan, on dit Afan et en Yorouba Ifâ. Tous ces trois entendements donnent l’idée de fraicheur. La fraicheur de l’atmosphère, la fraicheur de l’eau, la fraicheur de l’air. Lorsque vous avez un problème et que vous consultez le Fâ, vous rafraichissez ainsi votre cœur, c’est là même l’explication du mot Fâ. En réalité, le Fâ est science et esprit. Science, car tout le monde peut l’apprendre et l’interpréter. Il est esprit en ce sens que lors de la consultation, le problème que vous avez apparait directement dans le signe (Fa-Dù). Le Fâ parle non seulement de votre passé, mais aussi de votre présent et de votre futur ; il prédit beaucoup de choses. Quand vous vous rendez dans la forêt sacrée ‘’Fâzoun’’ pour les rituels de ‘’Fâyi-yi’’ (prendre son Fâ), le signe que vous trouvez comporte des interdits et donne des précisions sur l’activité que vous pouvez mener, votre femme, la couleur de votre maison, de votre véhicule, etc. Tout cela pour votre prospérité, votre bonheur et la paix du cœur. Le Fâ trouve donc son importance dans l’aide qu’il apporte à l’Homme pour se construire dans la vie : l’évolution sur le plan professionnel, sentimental, etc. Il épargne à l’Homme les problèmes de tout ordre.
Pourquoi le Tofâ ?
On parle de Tofâ quand il s’agit d’une localité, commune, d’un département ou d’un pays. Le Tofâ se consulte alors pour découvrir les bonheurs, les obstacles, les malheurs et scandales qui planent sur tout un peuple.
Pourquoi la décentralisation du Tofâ ?
Vous savez, l’Association des dignitaires du Fâ et des tradi-thérapeutes (Adfat) dont je suis le président-fondateur, a pour premier objectif la consultation d’oracle Tofâ dans toutes les communes du Bénin, dans tous les départements, au niveau national et au-delà de nos frontières. Pourquoi cette vision ? Quand vous êtes en groupe et qu’on lance une pierre, chacun cherche à sauver sa tête. Si on consulte le Fâ pour le Bénin entier, il peut prédire des accidents, des malheurs comme bonheurs. Ces prédictions peuvent viser spécifiquement un département, une commune, une région même si par solidarité nationale, tout le pays en sera affecté. Et là où ça va se passer précisément, on ne le sait pas. Raison pour laquelle il faut chercher à protéger son département, sa commune. Et pour réussir cela, il faut apaiser les esprits ; ce qui passe par la consultation du Fâ dans votre localité. Ainsi, vous allez découvrir les divinités qui seront vénérées au cours de l’année pour que des épidémies n’attaquent pas votre localité, pour que vous ne subissiez pas des malheurs. C’est pourquoi depuis 2016, l’Adfat a commencé par organiser le Tofâ du département de l’Atlantique.
Vous parlez d’apaisement d’esprits. S’agit-il de mauvais esprits ou vous parlez des divinités ?
Vous savez, les mauvais esprits sont là, les divinités aussi. Et parfois, si les divinités ne reçoivent des offrandes dignes de leur rang, elles laissent la voie libre. C’est ainsi que les calamités frappent les populations. Donc si on consulte le Fâ et que c’est le Lègba d’une localité qui doit recevoir des sacrifices pour anéantir les mauvais esprits afin que des malheurs ne rentrent pas dans le département, on le fait. Alors je pense que si des malheurs s’abattent sur tous les départements, le vôtre sera épargné. Donc c’est dans cette intention que nous avons commencé depuis 2016. Et les résultats sont là.
Parlez-nous donc des résultats obtenus grâce au Tofâ dans l’Atlantique.
Je vais seulement m’intéresser à l’édition 2019 pour l’Atlantique puisque c’est récent. Le signe trouvé était ‘’Goudafotroukpin’’ qui avait prédit des maladies épidémiques, des noyades, des accidents, des luttes, des mésententes, des affrontements et des douleurs abdominales. Au cours de l’année 2019, les sacrifices ont accusé un peu de retard. Mais avant les sacrifices, vous pouvez rentrer dans le département de l’Atlantique pour écouter combien la rougeole a fait ravage. Pour cela nous nous étions regroupés avec l’aide de quelques partenaires pour faire les sacrifices le 18 avril 2019. Le Fâ a parlé d’affrontement : ‘’Akitimanti Boko na toun dé bɔ anikanadjèssou Boko na yi hon, bo na ɖɔ oun ka hon dé ɔ, ani wè na djè’’ (Akitimanti Boko mettra en terre un plant de palmier et Anikanadjèssou Boko le déterrera et dira, que va-t-il se passer ?). Ce qui s’est passé au Bénin au cours des législatives du 28 avril 2019, vous étiez au courant. Mais dans le département de l’Atlantique, on était épargné. Il n’y a aucun obstacle au cours des élections législatives dans les 8 communes de l’Atlantique. Même le 1er et le 2, on a brulé et cassé des biens dans le nord pourtant on a le port sec du président de la République dans notre département à Allada, et le président de la République est de Ouidah, une commune de l’Atlantique mais rien de grave ne s’est passé dans ces deux communes. Alors que l’autorité nationale et son gouvernement sont accusés à la base de tout. C’est donc un résultat.
Le Fâ a aussi prédit la rareté des pluies et prescrit des offrandes à un Dan à Hinvi ; nous l’avons fait. Rendez-vous dans le département de l’Atlantique, visitez les champs, seuls ceux qui n’ont pas sarclé peuvent se plaindre de mauvais rendement.
Il est donc clair que quand les sacrifices sont bien faits, les résultats escomptés sont toujours obtenus. Le Fâ est infaillible, seul le Bokonon peut faillir.
D’ici quelques jours, la cinquième édition du Tofâ 2020 pour l’Atlantique. Où en êtes-vous pour les préparatifs ?
Des réunions ont été faites, la date déjà fixée. Toutes les dispositions sont donc déjà prises au niveau de l’Adfat pour la tenue effective de l’évènement dans la commune d’Allada, à la place Toussaint Louverture, le samedi 28 décembre 2019. Les préparatifs vont donc bon train.
Par rapport aux éditions antérieures, la cinquième édition n’a-t-elle pas accusé de retard ?
Vous savez, quand les spécialistes d’un domaine se regroupent pour faire quelques choses ou fixer une date donnée, ils ont toujours les idées pour trouver la vérité. La vérité que l’Atlantique donne pour le Tofâ est exceptionnelle. Ce n’est pas pour signifier que c’est pour nous la meilleure mais ce sont des experts qui se regroupent au sein de l’Adfat. La consultation du Fâ suit le déplacement lunaire, elle va avec la lune. La nouvelle lune qui traversera l’année 2019 pour 2020 apparaitra le 26 décembre. Donc tout Tofâ fait avant cette date n’est pas Tofâ de 2020 mais plutôt de 2019. Nous voulons voir ce qui se passera en 2020, donc nous devons suivre ce déplacement lunaire. C’est ce que l’Adfat fait toujours. Comme c’est le 26 que la lune apparaitra, on lui laisse 3 jours et la consultation aura lieu. Donc ce retard est lié au déplacement lunaire.
Un appel ?
J’invite toute la population de l’Atlantique et d’ailleurs, les dignitaires de Fâ et chefs de culte Vodoun de nous accompagner parce que nous ne sommes pas à notre première édition. Ils savent tous et attendent ce que Tofâ va donner cette année avec l’Adfat. Ils sont à l’écoute et nous attendent pour la consultation de leur Xwéfâ. Ils attendent voir le signe de cette année pour savoir ce qu’ils feront à leurs enfants en matière de spiritualité. Donc je les invite à venir honorer de leur présence cette cérémonie le 28 décembre. Et de ne pas oublier la consultation Xwéfâ personnelle aussi pour l’année 2020.
