Face à la persistance de la mendicité des enfants dans le nord du Bénin, les autorités administratives, judiciaires, religieuses et traditionnelles entendent durcir la réponse. Réunies mardi 13 octobre à Parakou, à l’initiative du ministère de la Famille et de l’action sociale (Mfas), elles ont appelé à une application rigoureuse des lois et proposé un « Pacte de Parakou » pour coordonner les actions de lutte contre le phénomène.
« De façon ferme, il est temps d’aller à la répression. C’est de la traite d’enfants. Ne soyez pas complices. Dénoncez. » Le préfet du Borgou, Abdoul-Chakour Assouma Naro, a ainsi donné le ton de la rencontre consacrée à la mendicité des enfants. Pour les autorités réunies à Parakou, la sensibilisation ne suffit plus face à une pratique qui compromet les droits fondamentaux des enfants et les expose à de multiples risques.
Le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, Djibril Mama Cissé, a également plaidé pour un changement de méthode. « Nous avons fait assez de sensibilisation et il faut passer à la répression », a-t-il déclaré, réaffirmant la volonté du gouvernement de lutter contre l’exploitation économique des mineurs. « Chaque enfant qui se retrouve dans la rue est un échec pour notre société », a-t-il ajouté.
4 453 enfants recensés en près de sept ans
Les chiffres présentés par la ministre de la Famille et de l’action sociale, Véronique Tognifodé, donnent la mesure du défi. Entre janvier 2019 et juin 2026, 4 453 enfants en situation de rue et de mendicité ont été recensés dans les départements du Borgou, de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga. Un bilan qui appelle, selon les autorités, à une réponse plus coordonnée pour prévenir le phénomène, protéger les enfants et agir contre les pratiques qui les maintiennent dans la rue.
Au cours de la rencontre, la directrice générale des Affaires sociales, Nadège Ahoga, a exposé les causes et les conséquences de la mendicité des enfants dans le nord du pays. Elle a notamment attiré l’attention sur l’ampleur du phénomène à Kandi, Malanville et N’Dali, où de nombreux enfants en âge d’être scolarisés sont concernés. Les facteurs socio-économiques, socioculturels et religieux figurent parmi les éléments qui contribuent à la persistance de cette pratique.
Les leaders religieux interpellés
Les autorités religieuses et traditionnelles ont, de leur côté, condamné la mendicité des enfants. Plusieurs intervenants ont dénoncé le comportement de certains maîtres coraniques qui, au lieu de se consacrer à l’éducation des enfants, les exposeraient à la rue. Les leaders religieux ont également rappelé que l’islam interdit la mendicité et appelé à une mobilisation collective pour préserver les enfants de cette situation.
Le substitut du procureur près le Tribunal de Parakou a apporté un éclairage judiciaire sur la question, en exhortant les responsables religieux à intensifier la sensibilisation auprès des différents acteurs. Mais au-delà des discours, les autorités veulent désormais renforcer l’application des textes et la responsabilisation des personnes impliquées.
Le ministre de la Décentralisation et de la gouvernance locale, Janvier Yahouédéou, a rappelé le rôle des communes dans la protection des personnes vulnérables. « La décentralisation se mesure à ce que la commune fait pour chaque personne vulnérable », a-t-il souligné. Il a proposé qu’un point d’étape soit organisé dans six mois afin d’évaluer les avancées et les résultats des actions engagées.
Un « Pacte de Parakou » en perspective
Au terme des échanges, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique a exprimé le souhait de voir se concrétiser un « Pacte de Parakou ». Cette initiative réunirait les imams, les autres responsables religieux, les chefs traditionnels et les acteurs concernés autour d’un engagement commun contre la mendicité des enfants.
La ministre Véronique Tognifodé a, pour sa part, appelé les parents, les responsables religieux et traditionnels, les autorités locales et les communautés à conjuguer leurs efforts pour mettre fin au phénomène. L’objectif est de faire prévaloir une tolérance zéro à l’égard des pratiques qui exposent les enfants à la mendicité et à l’exploitation, tout en garantissant leur protection.
Reste désormais à traduire ces engagements en actions concrètes sur le terrain. L’application des lois, la mobilisation des communautés et le suivi des mesures annoncées seront déterminants pour que le « Pacte de Parakou » dépasse le stade de la proposition et contribue effectivement à protéger les enfants.
