Le Comité des rites Vodun a rencontré, ce jeudi 17 septembre, environ 400 fidèles et dignitaires des Vodun Thron et Atingali. La rencontre s’est tenue à la salle de conférence de la préfecture de Lokossa. Elle s’inscrit dans le cadre de la tournée nationale entamée par le Comité depuis dimanche 13 septembre dans la même localité.
Consacrée à la labellisation des rites et pratiques du Vodun, cette rencontre a permis au président Mahougnon Kakpo, accompagné d’autres membres dont le professeur Dodji Amouzouvi et l’artiste Bertin Sossa, de mettre les différentes obédiences face aux enjeux contemporains et aux exigences du tourisme religieux autour du Vodun.
La labellisation des rites du Vodun, a rappelé Mahougnon Kakpo, constitue un enjeu national. « Ce que nous faisons ici, c’est pour la République ». Car la diabolisation du Vodun depuis des siècles affecte négativement la perception du Bénin à l’étranger, mais aussi les expériences personnelles de chaque citoyen. « Quand on dénigre le Vodun, quand on traite systématiquement le Béninois de sorcier, c’est toute la République qui est meurtrie », a-t-il déclaré.
Une révolution des pratiques
Une véritable révolution des pratiques dans le Vodun est donc nécessaire. L’atelier a permis de débattre des usages qui ont cours afin de projeter des améliorations et des perspectives.
Lors de la phase interactive, de nombreux participants ont reconnu plusieurs attitudes peu valorisantes qui persistent dans la pratique quotidienne au sein des Vodun Thron et Atingali. Le dépôt des vô ou sacrifices sur l’espace public, l’exposition dégradante du sang, les contenus commerciaux de vente de grigri sur Tiktok au nom du Vodun sont autant de pratiques qui desservent l’image du Vodun.
Ces dérives prennent un relief particulier dans un contexte où le Bénin aspire à devenir la Mecque du Vodun. La labellisation apparaît dès lors comme une réponse stratégique pour offrir aux visiteurs et aux fidèles des rites authentiques, encadrés et valorisants, à la hauteur de l’ambition nationale.
« Toutes les religions évoluent dans leurs pratiques »
Le professeur Dodji Amouzouvi a inscrit cette démarche dans une logique universelle du changement. « Tout ce que l’homme touche est régi par la dynamique du changement et de l’évolution. Le Vodun n’y échappe pas : toutes les religions évoluent dans leurs pratiques. », a-t-il soutenu. Avant d’avertir : « Si on n’évolue pas, si une pratique fût-elle héritée des ancêtres ne se met pas au goût du jour, elle sera dépassée. » Un dignitaire venu de Bohicon a abondé dans le même sens : « Il y a des pratiques que nous devons faire avancer », a-t-il reconnu.
Extirper les symboles étrangers
Les dignitaires se sont mis d’accord pour extirper les symboles qui renvoient à des religions étrangères plutôt qu’au Vodun, de même que les doctrines et fêtes intruses. La célébration du ”christmas”, qui renvoie au christianisme, et le symbole de la lune, qui renvoie plutôt à l’islam, sont à proscrire au sein du Vodun Thron. Sans oublier les éléments de langage qui présente ce culte comme importé et ne relevant pas du Vodun.
Un Hounnon venu d’Abomey a, de son côté, invité le Comité des rites Vodun à se pencher sur l’usurpation des titres et rituels Vodun ou familiaux par d’autres religions étrangères. Des pratiques dites d’inculturation qui, a-t-il déploré, sèment la confusion et créent des tensions sociales.
