Home Actualité Dassa-Zoumè, Glazoué et Savè : Un mémoire de master révèle l’écart entre usage et appropriation des points numériques communautaires

Dassa-Zoumè, Glazoué et Savè : Un mémoire de master révèle l’écart entre usage et appropriation des points numériques communautaires

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Luc Tchaniga a soutenu avec succès, lundi 29 juin à l’École nationale des sciences et techniques de l’information et de la communication (Enstic) de l’Université d’Abomey-Calavi, son mémoire de master professionnel dans la spécialité Conception, gestion et évaluation des projets numériques de développement territorial. Sa recherche interpellante, montre que 50,5 % des usagers utilisent les points numériques communautaires, mais seuls 10,75 % les approprient vraiment.

« Appropriation des points numériques communautaires dans les Collines : une analyse comparative des communes de Dassa-Zoumè, Glazoué et Savè (Bénin) ». C’est le sujet défendu par l’impétrant devant un jury présidé par le professeur Géraud Ahouandjinou, enseignant à l’Enstic, et composé du Dr Junior Dokpo (rapporteur) et Dr Victor Kalu (Examinateur). Un travail salué par le jury qui a décerné à Luc Tchaniga, la mention Très bien avec la note 17/20.

La présence d’un point numérique communautaire suffit-elle à produire une appropriation numérique réelle dans les communes ? Pour répondre à cette question centrale, Luc Tchaniga a investigué 400 répondants — 155 à Glazoué, 133 à Savè et 112 à Dassa-Zoumè — et des entretiens semi-directifs avec les gérants des Pnc et les acteurs communaux.

Les résultats restitués au jury montrent que 50,5 % des répondants utilisent les Pnc, mais seuls 10,75 % les approprient réellement.

« Cet écart de près de 40 points n’est pas un accident statistique. Il révèle que la présence d’un Pnc favorise l’accès, mais ne génère pas automatiquement l’autonomie numérique », a déclaré l’impétrant.

Un constat, a-t-il déduit, confirme les analyses de Van Dijk et Warschauer sur la fracture numérique, et rejoint l’approche des capabilités d’Amartya Sen, laquelle postule que le développement ne dépend pas de la disponibilité des ressources, mais aussi de la capacité réelle des individus à les transformer en opportunités.

Des disparités significatives entre les trois communes

Trois communes sont au cœur de la recherche de Luc Tchaniga. Glazoué vient en tête comme la commune la plus performante avec 20 % d’appropriation. Elle est suivie de Savè, qui affiche le profil le plus contrasté avec 12 % d’appropriation. Ses usagers sont les plus anciens — 44,8 % fréquentent le Pnc depuis au moins un an — mais la durée d’exposition seule ne produit pas la montée en compétences. « Sans accompagnement, on peut rester des années dans un PNC sans progresser », avertit Luc Tchaniga.

Enfin, la commune de Dassa-Zoumè ferme la marche avec 11 % d’appropriation. C’est la commune où la connexion est la plus critiquée — 28 usagers lui ont attribué la note minimale. Pourtant, paradoxalement, c’est aussi là que le taux de recommandation est le plus fort. En effet, 58 % des usagers conseilleraient le Pnc à leurs proches. « Mauvaise connexion, mais confiance dans le service et bonne organisation », observe l’impétrant.

Le mémoire de Luc Tchaniga met en lumière, en outre, le rôle déterminant de la qualité de la connexion Internet. Savè se distingue positivement avec 29 réponses pour la note 4 et 33 pour la note 5. À l’opposé, Dassa-Zoumè concentre les notes les plus basses : 28 réponses pour la note 1 et 29 pour la note 2. Glazoué présente un profil plus hétérogène, avec une forte dispersion des appréciations.

Sur le plan des compétences numériques, le niveau Tic moyen s’établit à 3,02 sur 5 — un niveau modéré. 48 % des répondants ont bénéficié d’une formation aux Pnc, et la qualité de connexion moyenne n’atteint que 2,92 sur 5.

« Ce qui est remarquable, c’est que les compétences autonomes acquises sont relativement proches entre les trois communes. Pourtant, l’appropriation varie du simple au double. Cela confirme une chose fondamentale : une compétence technique isolée ne suffit pas. L’appropriation n’émerge que lorsque les quatre critères de l’indicateur composite sont réunis en même temps. Il en manque toujours au moins un », explique Luc Tchaniga.

Repenser la gouvernance

Le mémoire soulève également la question de la gouvernance du dispositif. L’architecture des Pnc repose sur une logique top-down portée par l’État, via l’Asin, avec une implication très limitée des communes.

« Les communes sont davantage des espaces d’implémentation que des acteurs de gouvernance — au sens de Ribot, une décentralisation incomplète », constate Luc Tchaniga. Cette situation constitue l’un des freins majeurs à l’appropriation durable des Pnc.

Fort de ces constats, le mémoire formule des recommandations à trois niveaux. Luc Tchaniga apelle l’État et l’Asin à déployer la fibre optique et des panneaux solaires pour pallier les coupures électriques, renouveler régulièrement les équipements, et adopter une stratégie nationale d’alphabétisation numérique ciblant spécifiquement les populations rurales.

Il invite, ensuite, les communes à intégrer les Pnc dans les plans communaux de développement pour en faire un outil de territoire et non un service extérieur. Passer d’un rôle passif d’hébergeur à un rôle décisionnel actif et mobiliser Ong, écoles et associations comme relais de sensibilisation.

Quant aux gestionnaires des Pnc, l’impétrant leur suggère d’organiser des formations régulières adaptées au niveau réel des usagers, assurer un accompagnement individualisé, et mettre en place un suivi des données d’usage pour ajuster les services en continu.

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