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Symbole du Vodun, théologie du Vodun : Un discours du dedans sur le Vodun

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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« La théologie du Vodun n’est pas une invention des intellectuels ou scientifiques béninois »

  • Le Vodun établit l’existence d’un Être suprême
  • Le Fa doit être perçu, non pas comme une parole dogmatique absolue, mais comme une aide à la décision.

Chaque année, la consultation publique du Fa n’est jamais une rivière tranquille. Après la solennité à Ouidah, les réseaux sociaux numériques s’emballent, brouillant l’horizon cognitif des populations. Nous avons interviewé le professeur Dodji Amouzouvi, membre du Comité des rites Vodun sur la possibilité d’une harmonisation des interprétations multiples avec celle officielle du Tofa. Il explicite également les notions de théologie du Vodun, le désormais symbole unique et transversal du Vodun et l’utilité du Tofa dans une République laïque.

Bénin Intelligent : De plus en plus, on entend parler de ”théologie du Vodun”. Est-ce une invention des intellectuels Béninois aujourd’hui ?

Pr Dodji Amouzouvi : Recevez également mes remerciements pour tout le travail que vous faites au quotidien pour faire avancer la connaissance et l’information.

La théologie du Vodun n’est pas une invention des intellectuels ou scientifiques béninois. La théologie est comme un concept générique, la science de Dieu, la science du divin, theologos. Le Vodun étant un divin, c’est sa science qui est établie par la théologie du Vodun. Donc, c’est la doctrine du Vodun qui intègre l’avant, le pendant et l’après. Ce n’est pas une invention, elle a toujours existé, mais c’est un effort actuel au Bénin. Cet effort-là existait dans d’autres pays. Des thèses ont été établies, ont été écrites en zone anglophone, par exemple. Beaucoup de travaux, de thèses, de masters, de mémoire ont toujours présenté des aspects de cette théologie.

L’effort que nous faisons aujourd’hui, aussi bien dignitaires, fidèles, scientifiques et officiels du Bénin, c’est cet effort de nous revoir, de nous unir, de nous réunir et de rendre beaucoup plus intelligible cette théologie, cette connaissance, cette doctrine, cette masse, afin que ce soit écrit, noir sur blanc, que ce soit établi et que ce soit diffusé à l’aune du monde, à la ville et au monde ce que c’est que le Vodun à partir du Bénin. Ce sera la voix officielle, la voix scientifique du Bénin sur le Vodun. Puisqu’elle est scientifique, elle sera discutée, elle est discutée par des collègues, par des pairs des sciences humaines et sociales à travers le monde.

Il ne vous aura pas échappé que nous avons organisé des colloques, des symposiums sur la théologie du Vodun. Nous avons mis en perspective la théologie du Vodun, la théologie chrétienne, la théologie musulmane, islamique pour pouvoir avancer dans une sorte de dialogue interreligieux sur ce qui est convenu d’appeler ”théologie du Vodun”, telle qu’établie, telle que construite ou co-construite par différents acteurs ayant, concernant ou étant concernés par la question.

Quelles sont les grandes articulations de cette théologie ?

La théologie du Vodun, telle que nous l’avons établie, a un certain nombre de respirations. Déjà l’appellation, la désignation des termes Vodun. Nous avons essayé de densifier, d’établir dans la langue Aja-Fon parlée au sud du Bénin.

Ensuite, le principe universel. La théologie du Vodun, comment établit-elle sa présence dans la théogonie, comment établit-elle sa présence, son rapport avec le Dieu suprême ? Et nous avons donc indiqué que le Vodun établit l’existence d’un Être suprême. Le Vodun établit l’existence d’un Être absolu qui est inappréhendable, et qui par la suite a eu des créatures et des émanations dans le règne animal, dans le règne végétal, dans le règne minéral. Le Vodun étant de l’ordre des créatures imperceptibles, comme les esprits, comme le souffle, tout ce qui est imperceptible.

En face, il y a tout ce qui est perceptible : l’homme, les animaux, les végétaux, etc. Donc, nous avons établi sa connexion au Dieu suprême et nous avons dit que le Vodun était une émanation, création, c’était un engendrement, émanation du Dieu suprême. Et en tant que tel, il devient un intermédiaire. Les humains que nous sommes, nous passons par le Vodun pour pouvoir porter nos sollicitudes au Dieu suprême qui est inappréhendable, qui est tellement loin de nous que nous ne pouvons pas directement l’approcher.

Nous avons un quatrième point dans la théologie du Vodun qui vient un peu nous établir les notions de grâce, de bienfaits et de dons. Une cinquième dimension qui est d’établir la notion de paradis ou la notion d’enfer qui sont deux notions complètement inconnues aux bataillons de la théologie du Vodun. Mais nous reconnaissons l’existence de temples familiaux où les personnes qui ont eu une vie de référence et qui ont eu une mort de bonne augure, à l’issue d’un ensemble de rites et de rituels, peuvent revenir dans ces temples familiaux que nous appelons le “AsɛnXɔ” ou des hôtels portatifs où nous pouvons les invoquer, les solliciter, leur donner à manger et à boire.

Ce processus de ”vodunïsation”, excusez le néologisme, permet de poser alors nos ancêtres méritants ayant suivi les rituels, ayant bénéficié des rituels, de devenir des Vodun et d’intercéder pour nous auprès du Dieu suprême. Après, nous avons congédié les notions de résurrection; le Vodun n’établit pas ça, ne reconnaît pas ça et il ne faut pas confondre donc résurrection et incarnation.

Puis la théologie du Vodun est revenue un peu sur l’universalité du Vodun. A Cuba, au Mexique, aux Etats-Unis, en Haïti, un peu partout, au Canada, le Vodun existe et prend d’orthographies différentes, de désignations, de prononciations différentes, quand bien même c’est le Vodun, la racine étant le Vodun. Ainsi, vous verrez cette réalité que recouvre le Vodun, il ne prend pas forcément le nom Vodun.

Au Bénin, on l’appelle ”Folè”, ”Dibor”, ailleurs on l’appelle Candomblé. Au Brésil, on l’appelle la ”Regla de Ocha” (ou Santeriá), etc. Donc, selon les zones territoriales, selon les nationalités ou les territoires à travers le monde, la réalité est la même, mais elle prend d’autres dénominations ou prononciations.

Voilà ce que, globalement, la théologie du Vodun a établi. Sans occulter les études, valeurs, principes, et puis de l’énergie, du caractère mystérieux et visible que le Vodun recouvre.

Le Vodun a désormais aussi un symbole graphiquement marqué par un cercle avec un point à l’intérieur, le tout en noir sur un fond blanc. Quelle est la genèse de ce symbole ?

La genèse de ce symbole, c’est l’ensemble des réflexions que les acteurs directs et indirects ont menées autour du Vodun, et ce que représente le Vodun pour nous qui a amené à avoir ce symbole : un grand cercle qui représente l’univers, qui représente le créateur, qui représente le Dieu suprême et l’univers, et un petit centre, un petit cercle, un petit point à l’intérieur qui représente le Vodun, qui est collé, qui est extrait, qui est une émanation du créateur. C’est le lien tenu entre le créateur, la créature, l’émanation, le Vodun, que nous avons représenté ainsi pour savoir que le Vodun, comme une émanation, un engendrement ou une créature imperceptible, vient directement du créateur dans une perfection de la rondondité. La perfection du Vodun renvoie à la perfection du Dieu créateur, du Dieu absolu qui est le grand cercle.

Tofa officiel et interprétations multiples

Après chaque Tofa officiel à Ouidah, d’autres interprétations, parfois contradictoires inondent les réseaux sociaux numériques. Ne faudrait-il pas harmoniser ?

Non, il n’y a pas d’harmonisation possible. Le Tofa ou le Fa, en général, a sa structure, sa colonne vertébrale, sa verticalité qui est une science. En tant que telle, en tant que science, en tant qu’art, en tant que connaissance, en tant que siège de la clairvoyance, il y a le minimum non négociable. Mais à partir de ce moment-là, il y a mille et une interprétations qui peuvent arriver. C’est en cela que le Tofa ou le Fa requiert tout son caractère divin, divinatoire, tout son caractère message de Dieu suprême.

Le messager qui est le Bokonon a une connaissance limitée, et le Fa qui est le siège de la clairvoyance, l’omniscience lui permet d’aller. Donc, chaque interprétation vient s’appuyer sur la connaissance générale, sur la culture générale du Bokonon. Le Bokonon, il peut bien oublier, il peut bien se tromper, il peut bien être mal formé.

Tel que ça se passe sur les réseaux sociaux, je fais beaucoup plus attention, parce que tous ceux qui interviennent sur les réseaux sociaux numériques, ce ne sont pas des Bokonon attitrés, nommés, consacrés, formés à cet effet. Il y a souvent ceux que avec les amis, j’appelle les ”WhatsABoko”, qui sont des Bokonon qui ont découvert leur science et leur art sur les WhatsApp, et qui disent tout et son contraire. Mais ça ne demeure pas moins que vous avez plus de 65 000 récits, légendes, dans l’escarcelle du Fa.

Vous n’imaginez pas qu’un seul et même individu puisse détenir toute cette connaissance, plus de 65 000 récits, et puisse les garder dans son petit cerveau. C’est pour cela que quand il s’agit du Fa, et des Fa importants comme le Tofa, ce n’est jamais une personne qui s’asseye, c’est tout un collège de Bokonon qui s’asseye, et qui ensemble réfléchit à l’interprétation la plus juste, la plus plausible, la plus proche de la réalité à donner.

Dans le cas du Tofa du Bénin, le collège des Bokonon a dû comprendre et a éliminé. En trois minutes, vous [le collège de Bokonon] devez rendre public quelque chose. Donc c’est forcément le discours que vous allez tenir afin que chaque citoyen et chaque citoyenne puissent se retrouver, se positionner.

«Le Fa doit être perçu, non pas comme une parole dogmatique absolue, mais comme une aide à la décision »

Le Fa doit être perçu, non pas comme une parole dogmatique absolue, mais comme une aide à la décision, comme une aide à la compréhension. Une fois que le citoyen reçoit cette parole, même s’il reçoit plusieurs de plusieurs sources, c’est à chacune et à chacun de le prendre, de faire le tri, de séparer le bon grain de l’ivraie, et maintenant de ramener ça à son propre niveau, à sa propre intelligence, à sa propre conscience, pour pouvoir tirer le miel qu’il y a dans ce qu’il aura reçu et larguer les contradictions à son niveau, propre à lui, et puis dégager sa voie et suivre.

Le Fa dans ses multiples fonctionnalités et fonctions reste et demeure un outil d’aide à la décision. Ce n’est pas un outil dogmatique, il ne prononce pas des paroles dogmatiques, mais il prononce des paroles qui éveillent, qui orientent, qui aident. Puisque nous sommes dans le registre de l’interprétation, dans le registre de la probabilité, chacun ramène ses informations à ce qu’il vit au quotidien et en tire le meilleur pour sa conduite ici sur terre.

Voici ce qu’écrit un internaute : « Dans une République cartésienne, le Fa n’a sa place qu’au laboratoire des évènements passés. On ne peut pas exclure la divination dans une société, mais en faire un pilier, c’est de la pire tricherie » Qu’en pensez-vous ?

Cette phrase est à jeter à la poubelle de l’histoire. D’abord, nous ne sommes pas dans une République cartésienne, nous sommes dans une République laïque. Et de tout temps, qu’on soit en République ou qu’on soit en royauté, la spiritualité, la pensée précède toujours l’action. Le cartésianisme est une rationalité, elle n’est pas la rationalité, et même si elle était la rationalité, on comprendrait que « je pense, donc je suis », la pensée précède toujours l’action. Donc c’est une courte vue, c’est une vue erronée et fausse que de vouloir dire ce que professe cette phrase.

Aucun homme normal ne peut vivre, exister, travailler sans la pensée, réfléchir avant d’agir, penser avant de parler, c’est ce qu’on a dit, et le Fa relève de la pensée, relève de la réflexion, relève de l’invisibilité. Même les sciences les plus modernes, les plus cartésiennes qui existent aujourd’hui ont déjà établi, en tout cas la philosophie l’enseigne, que dans le cas de l’entendement humain, la pensée précède toujours l’action, il n’y a pas de science cartésienne qui puisse exister sans le réfléchir, sans le spirituel, sans la pensée, sans le divin.

Donc je ramasse, je froisse cette phrase et je la jette dans la poubelle de l’histoire parce qu’elle n’est pas vraie, elle est fausse verticalement, elle est fausse horizontalement.
Ce n’est pas parce que nous sommes dans une République laïque que nous allons évacuer le spirituel, nous allons évacuer la foi, nous allons évacuer la religion, nous allons évacuer la tradition, nous allons évacuer la culture; au contraire, c’est pour renforcer la République laïque que nous regardons à gauche et à droite dans nos traditions, nous puisons ce qu’il y a de plus merveilleux, de plus positif pour avancer, donc définitivement, recusez cette phrase et vous vous en porterez mieux dans la République.

Merci.

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