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Justice menstruelle : Grâce à Filles en actions et à l’Inf, le Bénin pose les bases d’une politique publique nationale

Par Koladé Raymond FALADE
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Cotonou a abrité, du mardi 16 au vendredi 19 décembre, le tout premier Colloque scientifique national sur la santé, la justice et la dignité menstruelles (Cosdim). Une rencontre inédite qui marque une étape décisive dans la reconnaissance de la menstruation comme enjeu de droits humains et de gouvernance publique.

Organisé par l’Ong Filles en actions, en partenariat avec l’Institut national de la femme (Inf), le colloque a réuni plus d’une centaine de participantes et participants issus des universités, des institutions publiques, de la société civile, des communautés, des partenaires techniques et financiers ainsi que des médias, venus de plusieurs communes du pays.

Placés sous le thème, « Affiner les politiques, développer les savoirs, valoriser les bonnes pratiques pour la dignité menstruelle, l’autonomie corporelle et l’égalité de genre au Bénin », les travaux ont ambitionné de sortir la menstruation du silence et d’en faire une véritable question de politique publique.

À l’ouverture des travaux, la présidente de Filles en actions, Brian Sossou, a livré un discours empreint d’émotion et de détermination. Revenant sur le parcours militant ayant conduit à ce colloque, elle a rappelé que parler publiquement des menstruations reste, dans de nombreux contextes, un acte courageux.

S’appuyant sur une enquête nationale menée en 2022 auprès de plus de 600 filles et jeunes femmes, elle a dénoncé une réalité persistante : la honte menstruelle. « Une honte omniprésente, intériorisée dès les premières règles et transmise de génération en génération », a-t-elle regretté. Pour elle, rendre visible le sang menstruel n’est pas qu’une question sanitaire, mais un acte politique et féministe.

Un enjeu de droits humains et de justice sociale

Présent au nom de la cheffe de file du Groupe thématique genre et protection sociale, Ouattara Ali a souligné que la santé menstruelle est indissociable de la justice sociale et de la gouvernance inclusive. Il a rappelé que les tabous et la stigmatisation affectent directement la scolarisation, le bien-être et l’autonomie des filles, réaffirmant l’engagement des partenaires à soutenir les actions en faveur de l’accès à l’information, aux services et aux produits menstruels.

Dans la même dynamique, la présidente de l’Institut national de la femme, Me Huguette Bokpè, a posé les bases d’un plaidoyer fort. « La dignité menstruelle signifie pouvoir vivre ses règles sans honte ni exclusion », a-t-elle déclaré, estimant que l’absence de politiques publiques transforme un phénomène biologique naturel en injustice sociale. Son message est sans équivoque. « Ce n’est pas le sang qui est le problème, c’est le silence » a-t-elle dénoncé.

La communication inaugurale présentée par Omontola Onibon a mis en lumière l’ampleur des défis. Selon les données issues de l’enquête de Filles en actions, seules 4,5 % des filles interrogées dans certains départements étaient préparées à leurs premières menstruations. Témoignages de moqueries à l’école, absence de toilettes adaptées, manque d’eau et précarité menstruelle illustrent une réalité qui favorise l’absentéisme et le décrochage scolaire.

Représentant le ministre de la Santé, Blaise Guézo Mèvo a reconnu que, malgré les efforts du gouvernement, les menstruations continuent, dans certains contextes, de brimer les femmes et les filles par l’exclusion et la stigmatisation. Il a appelé à une approche globale intégrant santé, éducation et transformation des normes sociales.

Quatre jours de réflexions et de propositions

Durant quatre jours, les participantes et participants ont analysé la gestion menstruelle sous plusieurs angles : socioculturel, économique, juridique, féministe, sanitaire, technologique et environnemental. Les travaux ont mis en évidence le poids des tabous, l’insuffisance de données, le sous-financement du secteur et la nécessité d’intégrer la dignité menstruelle dans les politiques publiques, les budgets nationaux et le cadre juridique.

Parmi les résolutions phares figurent la reconnaissance de la dignité menstruelle comme droit fondamental, la subvention ou la gratuité des produits menstruels, l’éducation menstruelle dès le plus jeune âge, l’adaptation des infrastructures scolaires et sanitaires, ainsi que le soutien à la recherche et aux innovations locales.

Faire du Bénin un modèle de justice

À la cérémonie de clôture, la secrétaire générale adjointe du ministère des Affaires sociales et de la microfinance Sakinatou Adegoute Sakinatou Imorou Gambari, représentant la ministre, a salué la qualité des travaux et l’engagement des organisateurs. Elle a réaffirmé la volonté du gouvernement de renforcer les actions en faveur de la gestion de l’hygiène menstruelle, à travers des programmes ciblés, la promotion de kits réutilisables et l’appui aux filles vulnérables.

Rappelant que la dignité menstruelle est un droit et non un privilège, elle a appelé à une co-construction des politiques publiques avec les filles et les femmes, actrices à part entière de leur avenir.

En déclarant clos les travaux, les participants ont exprimé une vision commune : faire du Bénin un modèle de justice menstruelle en Afrique, où aucune fille ne sera privée d’école, de dignité ou d’opportunités à cause de ses règles.

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