Après trois années de mise en œuvre du projet « Nos droits, Notre Vie », porté par le mouvement Billi Now Now, les acteurs impliqués se sont retrouvés vendredi 12 décembre à l’Institut national de la femme (Inf) pour un atelier de capitalisation et de co-analyse des enjeux et perspectives en matière de droits et santé sexuelle et reproductive (Dssr).
Organisée sous la bannière de l’Ong Filles en actions, la rencontre a réuni des responsables communaux de l’Atlantique et du Littoral, des institutions nationales, des organisations de la société civile, des partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs économiques engagés dans le projet.
Cet atelier territorial constitue la première étape d’un processus devant conduire à un dialogue national sur la gouvernance et le financement des Dssr. Il vise à examiner collectivement les acquis, les défis et les perspectives du projet, à partir de l’expérience pilote menée dans la commune de Tori-Bossito. « Il ne s’agit pas de se féliciter, mais d’échanger, de discuter et de poser les bonnes questions », a souligné la présidente de l’Ong Filles en actions Brian Sossou à l’ouverture des travaux, insistant sur la nécessité de sortir des approches classiques de financement par projets.
Depuis 2023, le projet a permis à Tori-Bossito de devenir un laboratoire de gouvernance locale des Dssr. Les acteurs ont notamment procédé à la reconstruction du cadre communal de concertation Dssr/Vbg, à l’élaboration d’un plan quinquennal et à la mise en place d’un pacte public-privé inédit pour le financement domestique des actions. « Une commune peut être un espace d’innovation sociale », a déclaré le maire de Tori-Bossito, président de l’Association des maires des communes de l’Atlantique et du Littoral Rogatien Akouakou, saluant l’engagement des entreprises locales. Selon lui, « le secteur privé est prêt à s’engager dès lors qu’on lui propose une vision claire et un cadre sécurisé ».
Le défi du financement domestique
Les échanges ont mis en lumière un enjeu central : la raréfaction progressive des financements extérieurs et la nécessité de développer des mécanismes endogènes durables. « On ne peut plus considérer les Droits en santé sexuelle et reproductive comme une faveur accordée quand les moyens le permettent », a martelé la représentante du ministre des Affaires sociales et de la microfinance Bibiane Edwige Dassi. Elle a appelé à reconnaître les Dssr comme « un droit fondamental engageant la responsabilité de tous les acteurs ».
Pour l’Institut national de la femme, cette expérience démontre que le financement domestique des Dssr est possible, à condition de renforcer les partenariats public-privé et la responsabilité sociétale des entreprises. « Investir dans les Dssr, c’est investir dans le capital humain et la stabilité de nos communautés », a fait savoir la secrétaire exécutive de l’Inf Flore Dandjinou.

Le projet « Nos droits, Notre Vie » s’inscrit dans une dynamique africaine visant à transformer l’accès des adolescent.es et des jeunes à l’information, aux services et aux droits en matière de santé sexuelle et reproductive. Au Bénin, cette ambition repose sur une coalition d’organisations complémentaires, notamment l’Ong Filles en actions, l’Association des blogueurs du Bénin, Iléwa et Jeunes volontaires pour la santé.
Chargée de l’axe plaidoyer, l’Ong Filles en actions œuvre à créer des passerelles entre territoires, institutions publiques et espaces de décision afin que les priorités locales soient intégrées aux politiques nationales.
Des recommandations pour le passage à l’échelle
Les travaux de groupe, conduits sous la supervision de la députée Natacha Kpochan, ont débouché sur plusieurs recommandations visant à renforcer la prise en compte des Dssr dans les initiatives publiques et privées.
Félicitant l’Ong Filles en actions, la parlementaire a salué « une dynamique innovante et inclusive », estimant qu’« il est rare de voir une initiative de cette nature mobiliser à la fois collectivités locales, entreprises privées et société civile autour des Dssr ».

À l’issue de l’atelier, les participants ont convenu de porter les contributions issues de cette rencontre au niveau national, avec l’ambition de faire du financement des Dssr une question de souveraineté, de justice sociale et de responsabilité collective.
