Comblés au bout du désespoir grâce à la découverte de la rivière sacrée !
L’existence humaine est souvent faite de moments de désespoir profond, où toute lumière semble éteinte. Et pourtant, il arrive que la solution surgisse d’une source inattendue. Le récit que voici, tiré du signe “Di-Gouda”, nous plonge dans l’univers mystique du Fâ pour illustrer comment notre destinée, faite de douleurs et de joies, peut être influencée par les forces invisibles qui nous entourent. Il est conté par Bokonon Kponinfô.
Un couple de vendeurs — elle de tabac, lui de potasse — longtemps accablé par la perte répétée de leurs enfants en bas âge, accueille enfin une nouvelle naissance, une fille. Mais cette enfant, avant même de naître, avait choisi ce foyer, convaincue qu’elle pourrait cette fois vivre jusqu’à l’âge adulte. Elle espérait ainsi rompre la chaîne des décès précoces qui frappait ses aînés.
Avant son départ pour le monde des vivants, elle s’entretient avec Dan, le piroguier mystique qui assure la traversée entre les deux mondes, celui des vivants et celui des morts. Alors qu’elle racontait son futur, un témoin inattendu écoutait, c’était Lègba, perché sur un arbre, au bord de la rivière-frontière. Grand client du couple, Lègba découvrait pour la première fois l’existence de cette rivière sacrée.
Rôle déterminant de Lègba
À son retour, il annonça au couple qu’une fille naîtrait sous peu, et qu’elle serait sa future épouse. Un mois plus tard, la femme tomba enceinte, comme prédit. À la naissance de la fille, le couple fut partagé entre joie et inquiétude, redoutant un autre départ prématuré. Mais Lègba, déterminé, veilla personnellement sur l’enfant. Elle grandit en beauté, attirant tous les regards.
Pourtant, à l’âge adulte, alors qu’il pouvait l’épouser comme prévu, Lègba choisit de renoncer à son engagement et lui permit de choisir librement son mari. Ce qu’elle fit. Hélas, peu après la dot, la jeune fille fut mordue par une vipère et succomba. Ainsi s’accomplit le funeste vœu qu’elle avait jadis formulé auprès de Dieu.
Informé du drame, Lègba retourna aussitôt à la rivière sacrée des esprits. Là, il retrouva la fille sur le point de rejoindre l’au-delà. Du haut de sa cachette, il l’interrompit, provoquant la surprise de Dan, le piroguier, qui cherchait l’origine de cette voix étrangère. Lègba descendit de l’arbre et plaida la cause du couple, brisé par la perte répétée de ses enfants.
Touché par sa demande, Dan accepta de renvoyer la fille à la vie, usant de coups de fouet rituels pour repousser son esprit. Il remit à Lègba des feuilles sacrées, nécessaires à la complétion du rituel de retour. Grâce à cette intervention, la jeune fille revint à la vie. Et c’est ainsi que Lègba défia le destin et sauva une lignée promise à la douleur.
Leçon
Ce Fâgléta nous montre combien nos vies sont liées à des forces invisibles. Lègba, figure de médiation et d’intercession, incarne cet espoir capable de renverser le cours du destin. Même lorsque tout semble perdu, des portes insoupçonnées peuvent s’ouvrir.
Notre destin, bien que tracé, n’est pas toujours immuable. Par nos choix, nos prières, et par la puissance de l’amour, nous pouvons influencer notre existence. La foi, la détermination et le lien aux ancêtres — symbolisé ici par Lègba — sont des ressources précieuses dans notre cheminement terrestre.
Enfin, ce Fâgléta résonne aussi comme un appel à conscience, une mise en garde adressée à ceux qui, après avoir rendu service ou apporté leur aide, pensent avoir acquis un droit sur le corps ou la vie de l’autre. Il rappelle avec force que le bienfait n’est pas un contrat de domination, encore moins une excuse pour imposer une relation non désirée.
Le renoncement de Lègba à épouser la jeune fille, malgré sa promesse initiale, incarne une leçon puissante sur la liberté et le respect du libre arbitre. Même les entités spirituelles, pourtant empreintes de pouvoir, n’ont pas vocation à contraindre une âme incarnée. Ce choix met en lumière la noblesse de l’amour désintéressé, laisser l’autre libre de ses choix, même lorsque cela contredit nos propres attentes.
C’est dans cette liberté offerte que se révèle la véritable sagesse. Le pouvoir authentique ne réside pas dans la possession, mais dans la capacité à guider sans contraindre, à aimer sans dominer. En renonçant, Lègba n’est plus un prétendant frustré, mais un protecteur éclairé. Son geste ouvre la voie à un destin plus juste, fondé sur la dignité et le respect mutuel.
Par Yélian KINTOHOU

