Après trois années de mise en œuvre dans six pays, le projet « Pour des agendas féministes Paix et sécurité en Afrique de l’ouest et au Sahel, solidaires pour la paix » s’achève. À Cotonou, jeudi 5 novembre, les organisations bénéficiaires et les partenaires du consortium ont présenté les résultats de cette initiative, qui a accompagné 67 organisations de femmes, de jeunes et de la société civile. Les échanges ont également permis d’identifier les défis à relever pour préserver les acquis et poursuivre les actions engagées.
Renforcer la capacité des organisations de femmes et de jeunes à participer aux mécanismes de prévention des conflits et de consolidation de la paix. C’est l’ambition du projet « Pour des agendas Féministes paix et sécurité en Afrique de l’ouest et au Sahel, Jeunesse, paix et sécurité » (Fps-Jps), mis en œuvre pendant trois ans dans six pays africains. Portée par un consortium composé d’Equipop, de Fad Niger, de Diakonia et de Gorée institute, avec le soutien financier de l’Agence française de développement (Afd), à travers le Fonds de soutien aux organisations féministes (Fsof), cette initiative a permis d’accompagner 67 organisations.
La rencontre de clôture organisée à Cotonou après trois jours de travaux régionaux, a été l’occasion de dresser le bilan des interventions et de partager les expériences des organisations bénéficiaires. Présentant le projet, Fatim Diallo, responsable du programme Empowerment à Equipop, en a rappelé les principales orientations. L’accompagnement visait à renforcer l’appropriation des agendas Femmes, paix et sécurité (Fps) et Jeunesse, paix et sécurité (Jps), notamment leurs différents piliers, tout en soutenant le développement organisationnel des acteurs engagés sur ces questions.
L’intervention ne s’est pas limitée aux structures formellement constituées ou déjà familiarisées avec ces agendas. Le consortium a également voulu soutenir de petites organisations, des médias, des réseaux de journalistes et des groupes informels de jeunes, notamment dans les régions frontalières du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire.
Selon Fatim Diallo, l’accompagnement a combiné appuis technique et financier, renforcement des capacités et mise en réseau aux niveaux local, national et régional. Certaines organisations ont ainsi pu participer à des conférences internationales ou intégrer des réseaux régionaux.
« Le mérite des résultats obtenus revient avant tout aux organisations de la société civile et aux partenaires », a souligné la représentante d’Equipop, en laissant aux bénéficiaires le soin de présenter les réalisations de leurs interventions.
Des avancées confrontées aux réalités du terrain
Les témoignages des organisations participantes ont mis en évidence des expériences diverses, mais aussi des difficultés communes. Au Niger, Safiatou a notamment évoqué les initiatives visant à transformer les rapports entre les femmes et les hommes. La mise en place de groupes d’échanges réunissant les deux catégories a favorisé le partage d’expériences et renforcé leur implication dans les actions en faveur de la paix. Elle a toutefois relevé les contraintes liées à l’insécurité, qui entrave les déplacements et limite parfois la réalisation des activités. Malgré ces obstacles, les formations, l’accompagnement et l’appui technique ont contribué au renforcement des capacités des organisations.
Au Burkina Faso, Annick a insisté sur la complémentarité entre les acteurs engagés dans cette dynamique. Pour illustrer la nécessité de travailler collectivement, elle a utilisé l’image d’un véhicule dont le moteur représente l’engagement commun, les roues symbolisent les organisations et les réseaux mobilisés, tandis que le carburant renvoie à la solidarité et aux ressources indispensables à la poursuite des actions. « Notre volonté est de ne laisser personne au bord de la route », a-t-elle affirmé, en soulignant l’importance de l’inclusion de toutes les femmes dans les processus de décision et de consolidation de la paix.
En Côte d’Ivoire, Mafélina a présenté une analyse des forces, faiblesses, opportunités et menaces du projet. Son intervention a notamment fait ressortir l’insuffisance des engagements formels des autorités, les contraintes de temps et les difficultés liées au contexte sécuritaire.
Dans la région du Bounkani, au nord-est du pays, certaines activités ont même dû être suspendues en raison de l’insécurité. À ces difficultés s’ajoutent les résistances communautaires et les pesanteurs socioculturelles qui continuent de limiter la participation effective des femmes aux instances de décision.

Malgré ces contraintes, les organisations ont relevé plusieurs acquis, notamment la complémentarité entre les agendas Fps et Jps, le renforcement des capacités des bénéficiaires et la mise en réseau des acteurs. Ces expériences constituent, selon les participants, un socle sur lequel les organisations peuvent s’appuyer pour poursuivre leurs interventions, y compris dans les environnements les plus difficiles.
Pérenniser les acquis au-delà du financement
Au Bénin, Alida Delou a présenté les principales recommandations formulées par les organisations nationales en vue d’une éventuelle deuxième phase. Elle a notamment insisté sur la nécessité de maintenir les bénéficiaires au centre des interventions, particulièrement les jeunes filles et les jeunes femmes. Leur consultation et leur implication dans les initiatives qui les concernent doivent, selon elle, demeurer des principes fondamentaux.
La représentante béninoise a également plaidé pour une plus grande implication des médias, notamment des médias féministes, dans la visibilité des actions et la promotion des causes défendues. La poursuite du plaidoyer auprès des autorités, la mobilisation de nouveaux partenaires et le renforcement de la communication figurent également parmi les priorités évoquées.
Ces recommandations rejoignent une préoccupation exprimée tout au long des échanges : éviter que les avancées obtenues ne s’arrêtent avec la fin du financement du projet. Les organisations souhaitent notamment obtenir des engagements institutionnels plus structurés et mobiliser de nouveaux partenaires techniques et financiers afin de maintenir les dynamiques engagées.
Présent à la cérémonie, le représentant du ministère de la Famille et de l’action sociale a, pour sa part, salué les initiatives menées par les organisations de la société civile et les plateformes en matière de promotion du genre et de prévention des Violences basées sur le genre. Il a exprimé la reconnaissance du ministère à leur endroit et réaffirmé l’engagement de son institution à leurs côtés.
Au terme de ces trois années, le projet laisse ainsi un réseau de 67 organisations accompagnées et des collaborations établies au-delà des frontières nationales. Mais la consolidation de ces acquis dépendra désormais de la capacité des acteurs à maintenir leurs alliances, à poursuivre leur plaidoyer et à mobiliser les ressources nécessaires. Pour les organisations participantes, la clôture du projet ne doit donc pas marquer la fin de la mobilisation en faveur d’une participation effective des femmes et des jeunes aux décisions qui engagent la paix et la sécurité de leurs communautés.
