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Tourisme mémoriel : Une association prépare un voyage immersif sur les 111km de la route des esclavisés

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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L’association de droit français, ”Itinéraire et mémoire de l’esclavage” a dévoilé, vendredi 16 octobre à l’Université d’Abomey-Calavi, son projet intitulé « La Route des esclavisés » face à un parterre de professionnels et d’acteurs institutionnels. Une initiative de tourisme mémoriel de plus de 111 km, qui vise à reconnecter la diaspora aux racines de son histoire.

Des chaînes, une marche forcée, et au bout de l’horizon, l’océan et la porte du non-retour. L’association franco-béninoise « Itinéraire et mémoire de l’esclavage », en partenariat avec le Larred du professeur Dodji Amouzouvi, entend transformer ce pan sombre des relations entre l’Afrique et le reste du monde en un parcours de mémoire, mais aussi en un levier de développement économique.

Le projet « La Route des esclavisés » ne se résume pas à une simple visite guidée. Selon Hugues Mensah, président de l’association, il s’agit de reconstituer, de manière quasi-chronologique, le trajet effectué par les esclavisés depuis Abomey, l’un des foyers de départ, jusqu’à Ouidah. Un périple de plus de 111 km qui traverse trois départements (le Zou, le Couffo et l’Atlantique) et huit communes : Abomey, Agbangnizou, Zogbodomey, Lalo, Toffo, Allada, Tori Bossito et Ouidah.

Sur ce tracé, l’équipe a répertorié pas moins de 20 sites historiques. Des lieux de mémoire comme la Maison Houinato à Abomey, le marché Kinta Danli, la place Ninsouxwé à Ouidah, ou encore le célèbre ”marché de vente d’esclaves”. « Ce trajet est parsemé de plusieurs escales qui permettaient aux esclaves de bivouaquer, de se désaltérer, de prendre des forces, de manger ou même de dormir », explique Hugues Mensah. L’association promet « mettre les touristes dans les mêmes conditions que leurs illustres ascendants », en s’appuyant sur une documentation détaillée de chaque étape.

Cette initiative s’inscrit dans l’ambition touristique portée par le gouvernement depuis 2016. Laquelle propulse le tourisme, la culture et les arts comme catalyseur de développement socio-économique avec un investissement de près de 2 milliards d’euros. Le projet « route des esclavisés », qui cible particulièrement les Afro-descendants, vient donc enrichir l’écosystème touristique actuel déjà marqué par l’initiative des Vodun Days, la réinvention de la cité lacustre de Ganvié.

« Vu l’idée du projet il y a différents axes, différents prismes qui peuvent être appréhendés pour se greffer sur des choses qui se font déjà. Peut-être qu’un ou deux événements peuvent permettre d’aller dans une globalité pour pouvoir donner une vision plus précise. », a d’ailleurs suggéré Suzanne Delaunay, membre du Comité des rites Vodun.

Appel à mobilisation

Au-delà de la dimension éducative et de la politique mémorielle, ce projet contribuera au « soft power » du Bénin. « Il y a la question de la connexion interne et externe des Béninois de la diaspora avec leur famille d’origine », souligne le président de l’association. Le projet vise également à créer des emplois et à insérer cette offre unique dans la boucle des circuits touristiques nationaux.

Si le rêve est grand, les défis le sont tout autant. Les initiateurs du projet l’admettent : les obstacles sont d’ordre administratif, socio-économique, technique et financier. L’aménagement du circuit à certains endroits nécessitera de gros investissements. La mobilisation des ressources financières reste le plus grand défi, tout comme la réussite de la mobilisation sociale autour du projet pour en faire une initiative communautaire.

Rallier les locaux

Jean-Marie Anigle, le directeur départemental de la Culture accueille ce projet avec enthousiasme. « Celui qui a initié ce projet, il faut le féliciter. Il faut le féliciter tout simplement parce qu’il est en train de faire renaître la mémoire de notre pays, la mémoire de tout ce que nos ancêtres avaient vécu. » Il y voit, en outre, une opportunité de booster le tourisme local.

« Nous-mêmes qui sommes là, qu’on fasse ce trajet avec ceux qui viennent de l’extérieur pour vivre cet événement. Que le jour où il y aura réellement le rendu de ce projet, qu’on puisse surtout se rendre disponible, sensibiliser la population pour qu’elle soit présente, pour qu’on puisse aller jusqu’à Abomey, marcher dans les lieux du possible pour aller jusqu’à Ouidah, pour montrer que nos ancêtres ont souffert et grâce à eux nous avons aujourd’hui la liberté. »

L’association a prévu de conduire la première vague de volontaires sur « les traces des ancêtres esclavisés » en décembre prochain.

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