Le patriarche Séfou Fagbohoun a été conduit à sa dernière demeure dimanche 23 août à Adja-Ouèrè, sa commune natale, au lendemain de son décès à l’âge de 80 ans. La disparition de l’ancien député et fondateur de l’ex parti politique, Mouvement africain pour le développement et le progrès (Madep) a suscité de nombreux hommages dans les milieux politique, économique et social.
La nouvelle de son décès, survenu samedi 22 août, a rapidement provoqué une vague de réactions. Le président de la République, Romuald Wadagni, le vice-président du Sénat, Louis Vlavonou, ainsi que le président de l’Assemblée nationale, Joseph Djogbénou, ont notamment salué la mémoire de celui qui a marqué la vie publique béninoise pendant plusieurs décennies.
Né et profondément attaché à Adja-Ouèrè, Séfou Fagbohoun s’est d’abord illustré dans le monde des affaires avant de devenir une figure importante de la politique béninoise. Il fonde en 1997 le Madep, formation politique dont il restera longtemps le président. Le parti s’impose notamment dans le département du Plateau et participe à plusieurs échéances électorales.
Séfou Fagbohoun a siégé à plusieurs reprises à l’Assemblée nationale. Il a été élu député au titre des première, cinquième et sixième législatures. Son influence politique s’est particulièrement exercée dans le Plateau, où Adja-Ouèrè constituait l’un de ses principaux bastions.
Son parcours a également été marqué par l’affaire Sonacop. Homme d’affaires et dirigeant de la Continentale des pétroles et d’investissements (Cpi), il avait été interpellé en juin 2006 dans le cadre d’une procédure portant notamment sur la gestion de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop). La Cour suprême a ensuite confirmé sa mise en liberté provisoire en 2008.
Sur le plan politique, Fagbohoun s’était également illustré par son implantation locale et son influence dans le Plateau. Il avait par ailleurs présidé le club des Dragons de l’Ouémé, autre dimension de son parcours public.
La reconnaissance de ceux qu’il a accompagnés
Au-delà des fonctions occupées, les témoignages publiés après sa disparition mettent en avant le rôle de mentor qu’il a joué auprès de plusieurs personnalités politiques. Dans son hommage, Louis Vlavonou revient notamment sur leur relation et situe en 2003 le début de ce qu’il considère comme une étape déterminante de son parcours politique.
Selon le vice-président du Sénat, Fagbohoun lui avait alors accordé sa confiance en le portant sur une liste de candidats aux élections législatives. Vlavonou estime que cette confiance initiale a compté dans la construction de son parcours public. Il évoque également leur dernière rencontre, en décembre 2025 au domicile du patriarche à Adja-Ouèrè, et le présente comme un « mentor » politique.
Le témoignage de Landry Adélakoun apporte une autre illustration de l’influence personnelle de Fagbohoun.
Le juriste raconte avoir été invité, en avril 2023, à intervenir sur la radio du patriarche pour analyser la gouvernance de Patrice Talon.
Selon son récit, Fagbohoun avait suivi l’émission et, après s’être renseigné sur son invité, avait pris contact avec sa famille. Adélakoun dit avoir ensuite entretenu avec lui des échanges réguliers, notamment à l’occasion de ses anniversaires.
Ces témoignages dessinent le portrait d’un homme dont l’influence ne se limitait pas aux responsabilités électives ou partisanes. Pour plusieurs acteurs de sa région et de la vie politique nationale, Séfou Fagbohoun était aussi un aîné dont les conseils, les relations et la capacité à accompagner les parcours ont laissé une empreinte.
Le dernier hommage à Adja-Ouèrè
À l’annonce de sa disparition, les messages de condoléances se sont multipliés. Romuald Wadagni a présenté Fagbohoun comme une « grande figure de la vie politique, économique et sociale » du Bénin et a rappelé que son parcours avait traversé plusieurs décennies de l’histoire contemporaine du pays.
La cérémonie d’inhumation s’est tenue ce dimanche à Adja-Ouèrè, conformément aux rites musulmans. Elle s’est déroulée au domicile du défunt, au quartier Oké-Odan, dans l’arrondissement central de la commune.
À 80 ans, Séfou Fagbohoun laisse derrière lui une trajectoire marquée par l’engagement politique, les affaires, les épreuves judiciaires, mais aussi par une forte implantation locale et des relations personnelles avec plusieurs générations d’acteurs de la vie publique béninoise.
