L’icône du panafricanisme radical, Kemi Seba, incarcéré en Afrique du Sud, devait comparaître ce lundi 20 avril devant la justice de Pretoria. Mais au-delà des charges officielles – facilitation de déplacements illégaux et demande d’extradition par le Bénin pour apologie du terrorisme –, un détail des circonstances de son arrestation interroge, et ébranle profondément le discours qu’il martèle depuis des années.
Ce n’est pas seul, ni même avec un simple avocat ou un garde du corps, que l’activiste béninois a été interpellé le 13 avril dans un centre huppé de Brooklyn, à Pretoria. Il était accompagné de François van der Merwe, figure médiatique des Bittereinders, un groupuscule sud-africain d’extrême droite qui revendique fièrement son « suprémacisme blanc » et sa nostalgie de l’apartheid.
Compagnon de route qui prône la haine raciale
Pour mémoire, les Bittereinders – dont le nom rend hommage à une faction de Boers ayant combattu les Britanniques à la fin du XIXe siècle – ne se contentent pas de discours théoriques. Ils multiplient les manifestations violentes, arborent le drapeau du Transvaal et défendent la thèse conspirationniste d’un prétendu « génocide blanc » en Afrique du Sud. Une rhétorique reprise récemment par Donald Trump, mais qui, sur le terrain, se traduit par des appels à la haine raciale et des condamnations judiciaires.
François van der Merwe, en particulier, est un habitué des tribunaux sud-africains pour violences à l’encontre des forces de l’ordre et incitation à la haine. Son combat : affirmer, contre toute évidence historique, la supériorité de l’homme blanc et la légitimité d’une ségrégation raciale.
Et c’est cet homme que Kemi Seba a choisi comme compagnon de route, à quelques heures d’une tentative présumée de traversée illégale de la frontière vers le Zimbabwe. Selon la police sud-africaine, Van der Merwe devait toucher 250 000 rands (environ 12 500 euros) pour servir de « facilitateur » à ce projet.
De l’antisémitisme à l’alliance avec les suprémacistes blancs : un parcours cohérent ?
À première vue, l’alliance entre un activiste se réclamant du panafricanisme et un militant pro-apartheid pourrait sembler incompréhensible. Elle ne l’est pourtant pas tant si l’on observe la trajectoire idéologique de Kemi Seba.
Dès ses débuts à la tête de la Tribu Ka, en France, l’homme avait déjà été condamné pour incitation à la haine raciale et antisémitisme, notamment après une action d’intimidation dans la rue des Rosiers à Paris, haut lieu de la mémoire juive. Son organisation fut dissoute par le ministère français de l’Intérieur.
En 2008, on le retrouvait manifestant aux côtés de la Droite socialiste, un groupuscule français se revendiquant « nationaliste-socialiste » – autrement dit, ouvertement néonazi.
Aujourd’hui, c’est avec un suprémaciste blanc sud-africain qu’il est arrêté. Coïncidence ? Non. Constance idéologique d’un homme qui, sous des dehors de lutte anti-impérialiste, n’a cessé de fréquenter les franges les plus radicales de l’extrême droite, pourvu qu’elles partagent son principal ennemi : la République, l’État de droit, et tout ce qui incarne l’ordre démocratique.
Un discours de façade, une réalité opportuniste
Dès lors, que reste-t-il du grand discours panafricaniste de Kemi Seba ? De sa dénonciation vibrante de l’exploitation occidentale ? De sa défense de la dignité noire ?
Lorsqu’on accepte l’argent et la complicité d’un homme qui considère, sans ambages, que le Blanc est supérieur au Noir, on ne peut plus raisonnablement parler de « lutte de libération ».
On bascule dans l’opportunisme le plus cru. Ou pire : dans une stratégie où toutes les alliances sont permises, y compris avec ceux qui, hier encore, justifiaient l’esclavage et l’apartheid au nom de la race.
Kemi Seba n’est pas un militant sincère. Il est un caméléon idéologique, capable d’embrasser la cause noire devant les caméras tout en pactisant, dans l’ombre, avec ceux qui nient l’humanité des Noirs. Ses fidèles, souvent de jeunes militants sincères mais peu informés, devraient aujourd’hui ouvrir les yeux.
Ce n’est pas un hasard si le Bénin, par la voix de la justice, le poursuit pour apologie du terrorisme. Ce n’est pas un hasard si l’Afrique du Sud l’a arrêté en compagnie d’un suprémaciste blanc. Ce n’est pas un hasard si la Russie de Malofeev et Douguine – autre terre d’accueil des idéologues d’extrême droite européens – a été l’un de ses principaux soutiens financiers.
La vraie nature du personnage
L’homme qui prétend défendre l’Afrique flirte avec ceux qui ont opprimé l’Afrique. Celui qui vitupère contre la domination occidentale tend la main aux héritiers des bourreaux de l’apartheid. Celui qui se veut guide spirituel d’une génération panafricaine voyage avec un nostalgique du Transvaal.
À l’évidence, son combat n’a jamais été celui de la dignité noire. Il a toujours été celui de la rébellion pour la rébellion, de l’alliance contre nature avec tous les ennemis de la démocratie, qu’ils soient blancs suprémacistes, dictateurs africains ou oligarques russes.
Kemi Seba n’est pas un martyr. Il est l’exemple parfait d’un opportunisme politique déguisé en idéal. Et son arrestation aux côtés d’un suprémaciste blanc révèle, mieux que tous les mandats d’arrêt, la vérité qu’il espérait cacher : son discours n’a jamais été qu’une arme de séduction massive pour esprits non avisés. La réalité, elle, est bien plus sombre.
