Home Actualité De la télé à la consultance et la formation : La discrète reconversion de Hermès Gbaguidi

De la télé à la consultance et la formation : La discrète reconversion de Hermès Gbaguidi

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Il fut l’une des voix et des visages les plus admirés du paysage audiovisuel béninois. Présentateur vedette de LC2, il couvrait les sommets africains et les visites présidentielles. Quelques mois avant la crise qui a frappé la chaîne, lui a choisi de se réinventer. Après une parenthèse dans l’administration publique, il revient dans l’ombre des plateaux, d’où il forme désormais ceux qui font la télévision et la politique.

Novembre 2025. Dans une salle de cours à l’Université d’Abomey-Calavi, un homme d’une quarantaine d’années, apparence très soignée, entretient un parterre d’auditeurs en master Communication et relations publiques. L’attention est totale, le bourdonnement des brasseurs-plafond à l’œuvre. Il parle de posture, de regard, de gestion du stress et du choix des mots. « Un orateur est d’abord vu, ensuite entendu, avant d’être compris. (…) Le discours, au sens le plus large, commence donc dès que l’orateur apparaît aux yeux de l’auditoire », dit-il, en citant Bertrand Périer (in ‘’La parole est un sport de combat, JCLattès, 2017, 216 p.

Né en novembre 1976, Hermès Gbaguidi a d’abord été un homme de droit. Titulaire d’une maitrise en droit, option carrière judiciaire et droit des affaires à l’Université d’Abomey-Calavi, il aurait pu devenir avocat ou magistrat. Il effectua même un stage pratique en Droit au cabinet de Me Balle, en 2002 ; mais la radio l’a rattrapé. D’abord sur les ondes de Radio Univers (collaborateur puis, membre et ensuite chef programme en 2000), puis sur Radio Cité de Savalou où il officie jusqu’en 2003 comme correspondant basé à Cotonou. Ces expériences lui permettent de faire ses armes en techniques d’animation et de journalisme. Cette vocation le conduira, en 2005, à rejoindre LC2 Télévision.

Le programme ‘’Mes vacances à la télé’’, de la télévision nationale, ex Ortb, programme alors sous encadrement de Claude da Silva et M. Kiniffo, sera l’aubaine vers la porte LC2. « J’avais une rubrique de 30 minutes. Ma première invitée était Mme Aguessy, gynécologue. Pour m’avoir vu sur cette émission, j’ai été invité au casting de LC2. Sur une vingtaine de candidats, nous avons été deux sélectionnés. »

Pendant près de dix ans, il sera l’un des visages de la chaîne. « J’ai été un couteau suisse à LC2 : j’ai touché à tout », se rappelle-t-il. Présentateur du journal télévisé, il a notamment commencé par l’édition de 7h, il est passé au 13h et ensuite 20h. Hermès Gbaguidi a interviewé de « grosses pointures » dont le président mondial de la JCI, le camerounais Roland Kwemain et le gabonais Jean Ping alors président de la Commission de l’Ua.

Animateur de plateaux politiques, Hermès Gbaguidi a couvert aussi les grands rendez-vous de l’actualité. Entre autres, le sommet de l’Union africaine à en Guinée Équatoriale, des sommets de la Cedeao, la fête du Trône (Maroc), la visite privée du président Kérékou à Tripoli, celles du français Nicolas Sarkozy à Libreville et de l’américain Georges W. Bush à Cotonou ainsi que la messe pontificale de Benoît XVI, le 20 novembre 2011, laquelle coïncidait avec ses 35 ans. En 2011, il est sacré meilleur journaliste de télévision par l’Union des professionnels des médias du Bénin (Upmb). « J’ai retenu une leçon : le travail bien fait ouvre vraiment des portes », dit-il.

Virage décisif et engagement militant

En 2013, la télévision qu’il incarnait vacille, Hermès Gbaguidi ne sombre pas avec elle. Désormais titulaire d’un master international en management des médias obtenu au Centre africain de formation et de perfectionnement des journalistes (Cafpj), il s’offre une seconde carrière.

En janvier 2014, il devient Directeur général du développement des médias au ministère de la Communication et des Tic. Il y coordonne la réfection du bâtiment, la couverture médiatique des fêtes nationales, élabore des plans de communication, forme des professionnels et participe à la régulation du secteur. « J’ai travaillé sur le projet de ce qui est devenu le code de l’information et de la communication ».

Le virage décisif de Hermès Gbaguidi s’opère en 2016. Il quitte l’administration et se lance comme consultant en communication et management. Il crée alors son cabinet. L’ancien journaliste devient formateur en communication, prise de parole en public et en média training. Des formations en groupe, « qui ne permettent pas de prendre en compte les besoins spécifiques des participants », il est passé aux accompagnements personnalisés. Son cœur de cible couvre des cadres d’entreprises, femmes politiques, dirigeants de fondation, stars de la musique ainsi que des acteurs politiques.

Hermès Gbaguidi a ainsi animé des formations en prise de parole en public et en média training au profit de plusieurs partis politiques de même que le Caucus des femmes parlementaires du Bénin. Il dispense des enseignements en média training, gestion de la communication, communication interne et externe, communication opérationnelle, écriture journalistique et gestion de projets de productions audiovisuelles dans plusieurs écoles au Bénin.

Discrètement, Hermès Gbaguidi s’est imposé comme un référent de la prise de parole publique. Par ailleurs, il s’est aussi construit en dehors des médias. Ancien directeur exécutif de l’Association béninoise contre la drépanocytose (Abcd), il est un militant engagé pour la santé publique. Il pratique la gymnastique, le handball mais il est également un musicien percussionniste et chanteur. Il est, dans l’ombre, un collectionneur d’arts plastiques. Hermès Gbaguidi se réjouit de la prise de conscience en cours.

« Par le passé, les sollicitations étaient moins fréquentes. De plus en plus, les dirigeants ont conscience de soigner leur image et leur prise de parole publique. Il y a ceux qui sont surpris par une promotion et ceux qui anticipent et se forment. Les femmes sont les plus portées vers la professionnalisation de leur parole publique ».

Hermès Gbaguidi a conçu et enseigne, pour le bonheur des dirigeants, la méthode G.A.C.H.E. – tiré des initiales de son nom et de ses prénoms – qui permet de : Gouverner son image ; Affirmer sa présence ; Convaincre avec impact ; Harmoniser sa communication et Élever son influence.
Si on ne voit donc plus Hermès Gbaguidi à l’écran, son empreinte est quand même partout : dans la manière dont certains députés s’adressent à la caméra, dans la façon dont les communicants politiques construisent leurs discours, dans les plans de communication des institutions qu’il accompagne.

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