Le numérique peut-il réellement transformer le destin économique des artisans béninois ? Dans un mémoire de master soutenu à l’Enstic-Uac, René Atcha apporte une réponse fondée sur des données de terrain.
Le travail de René Atcha a reçu un accueil enthousiaste : mention très bien, une note de 17/20 décernée par le jury présidé par le professeur Raphaël Yebou, directeur-adjoint de l’Enstic Uac, avec comme membres Dr Laurent de-Laure Faton et Jean-Claude Kouagou.
René Atcha s’est intéressé aux effets concrets du programme BeniBiz sur les artisans de Bohicon. Il y aborde les réalités quotidiennes de femmes et d’hommes qui tentent de faire grandir leurs activités grâce au numérique. Ces artisans, parfois sans aucune maîtrise préalable des outils digitaux, ont appris à promouvoir leurs produits sur les plateformes numériques.
Pour conduire son étude intitulée « Contribution du programme BeniBiz au développement socio-économique des artisans de Bohicon de 2019 à 2025 », l’impétrant a adopté une approche méthodologique mixte. Son enquête a mobilisé 115 artisans bénéficiaires du programme, complétée par des entretiens avec plusieurs acteurs impliqués dans sa mise en œuvre. Ce croisement des données quantitatives et qualitatives lui a permis d’évaluer avec précision les changements intervenus dans les pratiques professionnelles des bénéficiaires.
Les résultats présentés devant le jury montrent que les formations dispensées dans le cadre du programme ont permis à de nombreux artisans de s’approprier des outils tels que WhatsApp Business, Facebook, TikTok ou Canva. Désormais, certains exposent leurs créations en ligne, communiquent directement avec leurs clients, développent leur visibilité et enregistrent une progression de leur clientèle. Pour beaucoup, le téléphone portable n’est plus seulement un moyen de communication. Il est devenu un véritable outil de travail et un levier de croissance économique.
Mais le mémoire met également en évidence les fragilités qui menacent la pérennité de ces acquis. Par exemple, l’absence d’un véritable mécanisme de suivi après les formations réduit progressivement les effets du programme. À cela s’ajoutent les difficultés d’accès à certains équipements numériques, les disparités dans les niveaux d’alphabétisation ainsi que les contraintes liées au genre, qui empêchent encore plusieurs bénéficiaires d’exploiter pleinement les compétences acquises.
René Atcha arrive donc à la conclusion que la transformation digitale ne peut produire des effets durables si elle s’arrête au simple transfert de connaissances. Selon lui, former un artisan sans l’accompagner dans la durée revient souvent à interrompre un processus qui venait à peine de commencer..
Face à ce constat, l’impétrant a formulé plusieurs recommandations. Il préconise la mise en place d’un accompagnement post-formation renforcé, le développement d’un système de mentorat, un suivi personnalisé des bénéficiaires ainsi qu’un renforcement des actions de proximité afin de consolider durablement l’utilisation des outils numériques dans les activités artisanales.
Au-delà de la commune de Bohicon, l’étude de René Atcha ouvre une réflexion plus large sur les politiques d’accompagnement des micros, petites et moyennes entreprises au Bénin. Elle rappelle que la compétitivité des entrepreneurs ne dépend pas uniquement de l’accès aux technologies, mais aussi de la qualité du suivi qui accompagne leur appropriation. Le jury a justement salué « un sujet d’intérêt et d’actualité » et souligné « une maîtrise du sujet » ainsi que « des résultats très satisfaisants ».
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