Le Centre culturel de rencontres internationales (Ccri) John Smith de Ouidah a accueilli, mardi 6 janvier 2026, la projection du film documentaire « Jean-Jacques Dessalines, le vainqueur de Napoléon Bonaparte », consacré à l’un des plus grands héros de l’histoire haïtienne. Une soirée forte en émotions, marquée par la mémoire, la réflexion et un vibrant appel à la conscience collective africaine et diasporique.
Réalisé par le cinéaste haïtien Arnold Antonin, absent pour des raisons de santé et en raison de la situation sécuritaire en Haïti, le documentaire retrace le parcours exceptionnel de Jean-Jacques Dessalines, figure centrale de la révolution haïtienne et Père fondateur de la première République noire indépendante. À travers des images d’archives, analyses historiques et des témoignages, le film éclaire son combat contre l’armée de Napoléon Bonaparte et sa vision d’un peuple libre et souverain.

Avant la projection, l’activiste canadienne d’origine haïtienne, Darlène Lozis dit Manze Choublak, initiatrice du projet et présidente de l’association 3R international, a livré une intervention profondément habitée. Prenant la parole pieds nus, dans un geste hautement symbolique, elle a appelé à un retour à l’essentiel : l’héritage des ancêtres, la dignité, la souveraineté et l’unité des peuples noirs. « Nous ne regardons pas ce film comme un simple rappel historique, mais comme un appel au réveil », a-t-elle déclaré. Elle a particulièrement invité les jeunes à s’approprier cette histoire, à questionner les récits dominants et à corriger les « cahiers de l’histoire ».
Engagée dans la défense des communautés africaines et afrodescendantes, l’association 3R international porte ce projet comme un acte de résistance intellectuelle et mémorielle, face aux mécanismes contemporains de domination et de confiscation de souveraineté.
Dessalines, une vision qui dépasse Haïti
Lors de la présentation du documentaire, les intervenants ont salué la collaboration entre le Ccri John Smith de Ouidah et l’association 3R international, soulignant l’importance de ce pont culturel entre l’Afrique et les Caraïbes.
Invitée à prendre la parole, Suzanne Delaunay, membre du comité des rites Vodun du Bénin, a insisté sur la portée universelle de l’héritage de Dessalines. Pour elle, l’ancien empereur haïtien portait une vision qui allait bien au-delà de Saint-Domingue : celle de la grandeur et de la liberté du peuple noir sur toutes les terres de déportation des Amériques.
« Nous avons été dispersés par la colonisation, mais nous restons une seule et même famille », a-t-elle rappelé, interrogeant la capacité des peuples africains et afrodescendants à « faire peuple » aujourd’hui, dans l’unité et avec une vision commune.
Un hommage et une invitation à l’action
Dans une salle attentive et émue, la projection a donné lieu à des silences chargés de sens, suivis d’échanges nourris. Plus qu’un hommage à Jean-Jacques Dessalines, la soirée s’est imposée comme un espace de réflexion sur la liberté, le courage, le sacrifice et la responsabilité des générations actuelles face à l’héritage des ancêtres.
À Ouidah, Dessalines n’a pas seulement été projeté à l’écran. Il a été convoqué comme une conscience, un rappel et un appel pressant à l’unité, à la dignité et à la souveraineté des peuples.
